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Environnement

La Méditerranée pourrait devenir une mer tropicale, s’inquiète le WWF

L’ONG de défense de l’environnement constate que la mer Méditerranée est de plus en plus prisée par des espèces marines tropicales portées jusqu’à la Méditerranée via le canal de Suez. Elle s’inquiète ainsi de la présence d’espèces hautement invasives qui menacent les espèces déjà présentes.

La Méditerranée pourrait devenir une mer tropicale, s’inquiète le WWF
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Le 24 juin 2021 à 17h49 | Modifié 25 juin 2021 à 12h06

Ce ne sont pas des prévisions que le WWF présente dans une récente étude, mais bien « ce qui se passe actuellement » en Méditerranée. Dans un rapport publié le 8 juin dernier, à l’occasion de la Journée mondiale des océans, l’ONG spécialisée dans la protection de l’environnement s’inquiète des conséquences du réchauffement climatique dans le bassin méditerranéen.

« Le changement climatique est la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés en tant qu’espèce, et dans la Méditerranée, les températures augmentent 20% plus vite que la moyenne mondiale. Cela a déjà des conséquences réelles et graves sur l’ensemble du bassin [méditerranéen], et celles-ci s’accroîtront au cours des prochaines décennies ; l’élévation du niveau de la mer devant dépasser un mètre d’ici 2100, affectant ainsi un tiers de la population de la région », prévient le WWF en introduction.

« Des études récentes ont montré que plus de 90% du réchauffement observé entre 1971 et 2010 a eu lieu dans l’océan ; la Méditerranée atteignant des niveaux records en termes de réchauffement le plus rapide », ajoute l’ONG, précisant que cette mer est aussi la plus salée de toutes. « Dans l’ensemble, la résilience écologique de la région a considérablement diminué en raison d’un développement non durable », souligne encore l’organisation.

La Méditerranée, une mer bientôt tropicale ?

Dans son rapport, le WWF explique concrètement les effets du changement climatique sur l’écosystème marin méditerranéen. A commencer par les 1.000 espèces non-indigènes désormais présentes en Méditerranée, « dans des eaux trop chaudes pour les supporter », et qui s’étendent chaque année vers le nord et l’ouest. Une espèce non-indigène désigne « toute espèce animale ou végétale dont la présence hors de son aire de répartition naturelle est avérée ». Elles constituent une menace importante pour l’équilibre de la biodiversité marine.

D’autres espèces, indigènes quant à elles, « déplacent leurs aires de répartition au nord, à la recherche d’eaux plus froides, tandis que certaines espèces endémiques sont quasiment au bord de l’extinction. (…) Pendant ce temps, l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes fait des ravages dans des habitats marins déjà fragiles, et l’élévation du niveau de la mer menace les villes et les littoraux. Des écosystèmes entiers changent et les moyens de subsistance disparaissent », s’inquiète le WWF.

L’ONG déplore également « la tropicalisation de la Méditerranée orientale ». Elle évoque un « processus de tropicalisation bien amorcé dans la partie la plus chaude du bassin, la Méditerranée orientale (Grèce, Turquie, Chypre, Syrie, Liban, Israël, Égypte et Libye, ndlr) ». « Cela nous donne un avant-goût de ce que nous sommes susceptibles de voir se développer dans toute la région, alors que le changement climatique fait augmenter la température de la mer. »

Cette « tropicalisation » s’explique par l’arrivée « envahissante », depuis le canal de Suez, d’espèces tropicales qui, en raison de la hausse des températures, peuvent désormais étendre leur répartition sur d’autres territoires marins.

« En termes écologiques, la tropicalisation est une catastrophe en cours pour la Méditerranée. Au fur et à mesure que les espèces d’herbivores tropicaux se sont déplacées dans des eaux qui étaient auparavant plus fraîches, des zones de récifs autrefois dominées par une biodiversité riche et complexe ont été transformées. Le poisson – surtout le poisson-lapin – avait l’habitude d’évoluer dans la végétation, mais est depuis incapable de se régénérer car il a été remplacé par des algues tropicales envahissantes, formant des sortes de « gazons » ou de « terres stériles » », décrit le WWF. Ces « gazons » couvrent désormais plus de 50% des récifs peu profonds du sud-est de la Méditerranée.

Des espèces hautement invasives

Parmi les autres effets du changement climatique observés dans la Méditerranée, la propagation d’espèces destructrices hautement invasives, comme le poisson-lapin et le poisson-lion. Un désastre pour certains écosystèmes, grandement perturbés par l’interaction, souvent difficile, avec ces nouveaux arrivants. « La Méditerranée détient une distinction particulièrement fâcheuse : c’est la mer la plus envahie au monde. Au cours des dernières décennies, il y a eu une explosion du nombre d’espèces exotiques s’établissant à travers le bassin, avec des conséquences catastrophiques pour la biodiversité. »

La plupart de ces espèces viennent de la mer Rouge ou de l’océan Indien et sont portées jusqu’à la Méditerranée via le canal de Suez. Ainsi, 986 espèces exotiques (dont 126 espèces de poissons) sont devenues des « migrants lessepsiens », en référence à la migration lessepsienne, qui désigne un type de migration animale émanant de la mer Rouge vers la mer Méditerranée par le biais du canal de Suez.

« Le changement climatique aggrave le problème. La hausse des températures de la mer signifie que les nouveaux arrivants peuvent survivre dans des zones de plus en plus vastes de la Méditerranée dont les eaux, quelques décennies plus tôt, auraient été trop froides pour eux. Et beaucoup font plus que survivre : ils prospèrent au détriment des espèces. Par exemple, dans la baie de Gökova en Turquie (considérée comme une aire marine protégée, ndlr), 98% de l’ensemble de la biomasse des poissons herbivores est composé de poissons-lapins exotiques, et les 2% restants sont composés de poissons-perroquets (une espèce tropicale) élargissant leur étendue vers le nord, dans les eaux qui se réchauffent. Ce n’est pas seulement une communauté modifiée ; c’est une toute nouvelle communauté d’espèces qui y est aujourd’hui installée. »

Le poisson-lion est considéré par certains chercheurs comme « l’espèce envahissante la plus nuisible connue par la science ». Lui aussi a fait une arrivée très remarquée, et malheureusement très réussie, dans la Méditerranée : « Un seul spécimen a été capturé pour la première fois dans un chalut en Israël en 1991, mais deux décennies plus tard, le poisson-lion avait été repéré au Liban, à Chypre, en Turquie, en Grèce, en Tunisie, en Syrie, en Italie et en Libye. Aujourd’hui, cet envahisseur très agressif est bien établi dans les régions méridionales et orientales de la Méditerranée, et se dirige vers l’ouest et le nord, vers les mers Égée et Ionienne. Constitué d’épines vénéneuses, le poisson-lion mange de grandes quantités de petits poissons et de crustacés. Son estomac peut se dilater jusqu’à 30 fois son volume pour les accueillir », indique l’ONG. Face à cette nouvelle espèce dans l’écosystème méditerranéen, ses proies ne savent pas comment l’éviter.

Quelles recommandations pour l’avenir ?

« Compte tenu de l’interdépendance du climat, de la biodiversité et de l’océan, il est de la plus haute importance que les pays du bassin méditerranéen établissent des solutions fondées sur [le respect de] la nature pour atténuer les impacts du changement climatique, notamment en développant les réseaux des aires marines protégées (AMP) », recommande le WWF.

Pour permettre le rétablissement des écosystèmes marins et atténuer les impacts du changement climatique, au moins 30% de la Méditerranée doit être protégée efficacement et équitablement, estime encore l’ONG.

Parmi les autres recommandations formulées, améliorer la résilience des écosystèmes marins et restaurer leur biodiversité naturelle ; protéger et restaurer les écosystèmes de « carbone bleu » (c’est-à-dire le dioxyde de carbone carbone absorbé, contenu et rejeté par les écosystèmes côtiers et marins) pour assurer la protection des côtes, le stockage du carbone et la résilience de la biodiversité ; protéger les habitats vitaux des grands animaux marins, y compris les poissons et les mammifères marins, qui accumulent du carbone dans leur corps pendant leur longue vie (car une fois morts, leur biomasse et le carbone accumulé retombent souvent dans les profondeurs de la mer).

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