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Coronavirus

Des experts marocains réagissent à l'avis du comité britannique sur la vaccination des 12-15 ans

Le comité supervisant la vaccination anti-Covid au Royaume-Uni a recommandé, vendredi 3 septembre dernier, de ne pas vacciner les enfants en bonne santé de 12 à 15 ans, à contre-courant de plusieurs autres pays, notamment le Maroc, où la vaccination des 12-17 ans a démarré le 31 août. Trois experts marocains reconnus se prononcent à ce sujet pour rassurer les parents d'élèves, inquiets depuis cette annonce.

Des experts marocains réagissent à l'avis du comité britannique sur la vaccination des 12-15 ans
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Le 5 septembre 2021 à 19h04 | Modifié 6 septembre 2021 à 16h46

Le Joint committee on vaccination and immunisation (JCVI) a expliqué, dans un avis publié vendredi sur son site, que « les preuves disponibles indiquent que les bénéfices pour la santé individuelle de la vaccination contre le Covid-19 sont faibles chez les personnes âgées de 12-15 ans, qui n’ont pas de problèmes de santé sous-jacents qui les exposent à un risque de Covid-19 sévère ».

Un avis qui survient alors que de nombreux pays ont démarré la vaccination des adolescents, en raison des inquiétudes liées à la rentrée scolaire. Tel est le cas du Maroc, dont la compagne de vaccination des 12-17 ans a démarré mardi 31 août.

Afin de rassurer de nombreux parents, inquiets depuis cette annonce, trois experts marocains reconnus se sont exprimés à ce sujet. Il s’agit du Pr. Lahcen Belyamani, Chef de service des urgences à l’hôpital militaire de Rabat, du Dr. Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé, et de Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech et chef de l'un des services de réanimation de la ville ocre.

"Parfois, l'inaction est égale à la mort"

Sur sa page Facebook, Pr. Belyamani estime que « la décision du JCVI a mis en lumière beaucoup de ce qui n'allait pas dans la pensée britannique depuis longtemps. Les incertitudes des preuves ont souvent été utilisées pour justifier l'inaction. La vérité est qu'il y a toujours de l'incertitude ».

"La plus grande erreur est de ne pas bouger et la vitesse l'emporte sur la perfection », a-t-il ajouté, appuyant ses propos par l'exemple de la décision relative au port de masques de protection.

«Alors que presque toute l'Asie du Sud-Est supposait une transmission aéroportée [du Covid, NDLR] et imposait l'utilisation de masques très tôt durant la pandémie, le Royaume-Uni y est venu des mois plus tard. Ils ont attendu que les preuves deviennent de plus en plus claires et, entre-temps, ils ont perdu un temps précieux - un temps pendant lequel des vies auraient pu être sauvées. Ils ont supposé une infection par gouttelettes, alors que le coût de ne pas considérer la transmission par voie aérienne était beaucoup plus élevé».

Et d'ajouter: « il y avait une certaine incertitude dans les preuves quant à l'efficacité exacte des masques. Mais le coût du temps perdu était beaucoup plus important, étant donné qu'il s'agissait d'une simple précaution qui ne coûtait pas cher à prendre."

« En tant que médecins, nous prenons des décisions très claires face à l'incertitude au quotidien. Lorsqu'une personne se présente aux urgences avec un état de choc, de la fièvre, ou un pouls élevé, nous n'en connaissons pas la cause, mais nous commençons par des liquides intraveineux, de l'oxygène et une hémoculture, et lui donnons des antibiotiques en cas de sepsis suspecté ».

« Bien que nous ne sachions pas ce qu'elle a, ce que nous devons faire est assez clair. Nous savons que le coût de ne pas traiter la septicémie le plus rapidement possible est bien plus élevé que le coût de l'administration d'une dose d'antibiotiques à une personne dont on découvrira peut-être plus tard qu'elle n'en a pas besoin. Dans ce cas, l’inaction est égale à la mort ».

"Nous devons éviter autant que possible l'exposition des enfants au Covid-19"

« Dès le début de la pandémie, il était clair que si les maladies graves chez les enfants étaient moins fréquentes que chez les adultes, c'était quelque chose qui pouvait les affecter, avec un impact à long terme. Il était clair que les enfants pouvaient contracter le virus et le transmettre ».

« Le MIS-C, un syndrome multi-inflammatoire apparu plusieurs semaines après Covid-19, a été décrit très tôt et était associé à une atteinte de nombreux organes chez les enfants, ainsi qu'à des complications neurologiques. Peu de temps après, il est devenu clair que certains enfants présentaient des symptômes à long terme".

En effet, "il y avait de l'incertitude. Nous ne savions pas combien de fois les enfants ont eu des symptômes à long terme? pourquoi ont-ils eu ces symptômes? combien de temps ont-ils duré? et si ces symptômes sont associés à des dommages aux organes, y compris au cerveau?"

« Nous n'en savons toujours pas grand-chose, mais cela signifie-t-il que la politique pour les enfants et les écoles devrait être floue ? Non pas du tout. La politique est claire : nous devons éviter autant que possible l'exposition des enfants à ce virus, car le coût d'une suraction est bien plus élevé que celui d'une sous-action".

« Malheureusement, l'inaction a toujours été basée sur des hypothèses optimistes qui étaient toutes fausses. Nous avons découvert la transmission d'aérosol, l'adaptation rapide du virus, la dégradation de l'immunité contre les infections et les vaccins, l'impact à long terme chez les adultes et les enfants, et que les enfants peuvent être infectés et transmettre efficacement ce virus».

« Les effets à long terme inconnus du vaccin sont très improbables, la plupart de ces événements étant observés très tôt. Pour que ces effets futurs théoriques possibles l'emportent sur les avantages, ils devraient l'emporter sur les bénéfices connus en réduction des hospitalisations, admissions en soins intensifs et décès, ainsi que ceux connus de la réduction des longs Covid".

« N'utilisons donc pas de vagues déclarations sur 'l'incertitude' pour justifier l'inaction en cas de pandémie. Décrivons clairement les certitudes et les incertitudes, afin que nous puissions définir des politiques basées sur les coûts potentiels, et d'agir par rapport à ne pas agir, car l'attente n'est pas 'prudente'", conclut-il.

"La décision du JCVI est basée sur un seul facteur, contrairement à celle du Maroc"

Dr. Tayeb Hamdi explique, quand à lui, qu'au "Royaume-Uni, 80% des enfants âgés de 16 et 17 ans sont déjà vaccinés. Dans son avis, le JCVI parle des 12-15 ans, en bonne santé. Ceux souffrant de problèmes de santé sont vaccinés depuis longtemps contre le Covid-19."

Par ailleurs, "il ne s'agit à ce stade, que d'une recommandation adressée au gouvernement britannique. Pour l'instant, aucune décision n’a encore été prise. Le JCVI a également recommandé au gouvernement britannique de voir d'autres avis, puisque le sien ne prend en considération qu'un seul facteur, qui est la balance bénéfice-risque pour la vaccination de cette catégorie, en reposant sur le fait que les 12-17 ans ne développent pas de formes graves de la maladie, et sur les effets indésirables rapportés de la vaccination".

"Ce qu'il faut savoir, c'est que de nombreux pays vaccinent, depuis plusieurs semaines, les adolescents de 12- 17 ans, sans aucun problème. Certains pays vaccinent également les enfants de moins de 12 ans atteints de comorbidités".

"Comme expliqué ci-haut, l’avis du JCVI est basé sur un seul point : la balance bénéfice-risque de la vaccination de cette catégorie. Or, nous savons qu'avec le variant Delta, le nombre d’enfants infectés a augmenté, et certains ont même été hospitalisés. Le comité n'a pas non plus pris en considération les syndromes qui apparaissent après l'infection, comme le syndrome de MIS-C, ni le risque du long Covid, le rôle de la vaccination des élèves dans l'immunité collective, et dans la rentrée scolaire. Le variant Delta est très contagieux, ce qui représente un risque et pour les enfants et pour leurs familles".

"Chaque pays dispose de sa propre stratégie de gestion de la pandémie. Le Royaume-Uni dispose par exemple d'une grande capacité de testing, et prévoit de tester les enfants jusqu'à 2 fois par semaine", mais ce n'est pas le cas de tous les pays.

"Au Maroc, la décision de vacciner les 12-17 ans prend en compte plusieurs facteurs, notamment le risque d'infection de cette catégorie, le risque d'hospitalisation, du développement de syndromes graves après l'infection, et de faire du long Covid. Elle prend également en considération la rentrée scolaire, et l'atteinte de l'immunité collective...".

Dr. Hamdi estime que "cet avis sera revu, et que le Royaume-Uni finira par rejoindre les autres pays dans le monde, vaccinant les enfants, puisque la balance bénéfice-risque est largement en faveur de la vaccination des enfants".

Rappelons que la campagne de vaccination des 12-17 ans au Maroc connaît un grand engouement. Au samedi 4 septembre, 265.000 élèves ont déjà reçu la première dose.

"Le Royaume-Uni est capable d'absorber les cas graves pédiatriques sans aucun problème"

Pr. El Adib a pour sa part ajouté trois points importants, qui expliquent, selon lui, cet avis britannique. Le premier est que "le système de santé britannique est capable d'absorber les cas graves pédiatriques sans aucun problème (la gravité reste encore moindre chez l'enfant, 'pour le moment et pour ce variant')", estime cet expert, rappelant qu'au "Maroc, on a moins de 100 lits de réanimation pédiatrique dans au maximum dix services, tous secteurs confondus".

"Si une prochaine vague arrive (et c'est plus que probable) avec un variant encore plus transmissible ou plus virulent pour la population pédiatrique, comme l'a été Delta pour les femmes enceintes, notre système sera dans l'incapacité de répondre de façon optimale".

Par ailleurs, "le Royaume-Uni a des stocks majoritairement AstraZeneca, un vaccin non encore testé et encore moins validé pour les moins de 17 ans. Les deux vaccins adoptés par le Maroc (Sinopharm et Pfizer, NDLR), sont validés et largement utilisés de par le monde chez la population pédiatrique. L'un d'eux, par sa technologie, sa sécurité indéniable à court et à long terme, et sa balance bénéfice-risque désormais largement prouvée, est même déjà utilisé à partir de l'âge de 3 ans dans plusieurs pays."

En troisième lieu, Pr El Adib explique que "la vague Delta est pratiquement derrière eux (les britanniques, NDLR) et ils ont pratiquement levé presque toutes les restrictions, mais malgré cela, ils ont très peur de reprendre les écoles et ne l'ont pas fait jusqu'à maintenant", conclut-il, notant que "l'école est vitale à l'échelle individuelle et collective, à court et à long terme. Elle doit ainsi reprendre le plus normalement possible".

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Le 5 septembre 2021 à 19h04

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