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Addou : « La RAM sur les starting-blocks pour arriver à zéro émission de carbone en 2050 »

ENTRETIEN. Au lendemain d’une réunion de l'IATA, qui s’est engagée à ce que ses membres parviennent à zéro émission de carbone en 2050, Médias24 a interrogé le président de la RAM qui était présent à Boston. Abdelhamid Addou nous confie que sa compagnie se prépare à relever le défi de la décarbonation du ciel pour être prête avant cette échéance.

Addou : « La RAM sur les starting-blocks pour arriver à zéro émission de carbone en 2050 »
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Le 5 octobre 2021 à 19h56 | Modifié 5 octobre 2021 à 21h32

     Médias24 : Étiez-vous présent à Boston pour la réunion de l'IATA consacrée à la réduction programmée de l’empreinte carbone du ciel international par les aéronefs de la planète ?

Abdelhamid Addou : Sachant que j’ai été élu membre du Conseil des gouverneurs de l’Association internationale du transport aérien (IATA), j’ai été invité pour discuter puis voter la résolution en question.

Depuis mai dernier, je fais en effet partie du gouvernement de l'IATA qui est constitué d’une vingtaine de gouverneurs, issus d’autres compagnies aériennes, qui défendent les intérêts des 295 membres de notre association.

     - En quoi la résolution adoptée par l'IATA est-elle vraiment importante ?

- Parce qu’elle vise à ce que les 295 compagnies aériennes,  membres de l'IATA parviennent, d’ici 2050, à une émission nette de zéro en termes de CO2, et que leurs avions ne dégagent plus du tout d’empreinte carbone.

     - Comment rendre possible cet objectif très ambitieux ?

- Pour y arriver, il y a plusieurs technologies énergétiques sur lesquelles le monde entier est en train de travailler.

     - Le fameux carburant vert d’aviation durable SAF (Sustainable aviation fuel)...

- En effet, tout le monde aspire à utiliser ce biocarburant qui ne pollue pas du tout et réduit l’empreinte carbone de 80% par rapport au kérosène

Mais le problème actuel est que le SAF est produit à des prix extrêmement élevés et en quantités beaucoup trop faibles pour satisfaire la demande mondiale.

L'IATA a donc demandé à ses producteurs et aux États de fournir les efforts nécessaires pour réviser, à la baisse, les prix de revient et, à la hausse, l’offre.

En dehors de ce carburant vert, il y a aussi des technologies de capture de carburants qui sont en phase de test.

Ainsi, des constructeurs comme Airbus ou Boeing essayent de mettre au point des moteurs à hydrogène pour des avions de ligne.

     - Des avions qui voleront donc avec le carburant utilisé pour propulser les fusées.

- Exactement.

     - Est-ce que le prix de l’hydrogène sera plus abordable que le carburant vert SAF ?

- Je ne peux pas vous donner une idée du coût de revient de l'hydrogène car ces nouveaux moteurs pour des avions commerciaux ne seront pas prêts avant dix ou quinze ans.

Airbus a annoncé la date de 2035, mais aujourd’hui, les constructeurs sont toujours en phase de test.

     - Que compte faire la RAM durant la prochaine décennie ?

Toutes les compagnies aériennes, y compris la nôtre, sont en train de travailler de manière à ce que, progressivement, on puisse remplacer des réacteurs traditionnels vers ce type de moteurs à hydrogène.

Mais entre-temps, il va falloir utiliser davantage de carburants SAF pour commencer le plus rapidement possible à réduire notre empreinte carbone durant les trajets aériens.

     - Mais les constructeurs Boeing et Airbus ont récemment déclaré que tous leurs moteurs ne seraient alimentés à 100% en carburant SAF que d’ici 2030 ?

- En réalité, nous n’avons pas besoin d’attendre 2030, car il faut savoir que tous les moteurs des avions actuels peuvent déjà être alimentés à 50% en carburant SAF.

     - Est-ce que la RAM a déjà commencé à voler avec ce type de carburant ?

Nous n’avons pas pu le faire pour la bonne raison que nous ne disposons pas de biocarburant au Maroc.

En fait, la RAM a déjà fait voler un de ses avions, en 2019, avec du biocarburant, mais ce n’était qu’un test.

     - Il vous faudra donc obligatoirement importer du SAF...

Oui, mais encore une fois, la vraie difficulté est que la production mondiale est tellement insuffisante qu’elle rend son prix automatiquement prohibitif pour les compagnies.

D’ailleurs, la plupart utilisent à peine 1% de ce carburant contre 99% d’énergie fossile.

En d'autres termes, sur 100 litres de carburant d’un avion, elles vont mettre à peine 1 litre de biocarburant.

     - N’y a-t-il pas de projet en cours visant à créer une industrie du biocarburant au Maroc ?

Nous n’avons aucune visibilité à ce sujet, mais il faut préciser que la décarbonation aérienne est une initiative très récente.

Cela ne nous empêche pas de travailler de manière à réduire notre empreinte carbone qui, dans le cadre du secteur aérien, ne représente que 2% à 3% du total des émissions de CO2 au Maroc.

Ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’y attaquer dans le cadre d’un effort général.

En effet, s’il est vrai que la pollution en CO2 de l’aviation commerciale est plus visible et que, du coup, ce sujet nous stigmatise depuis des années, il faut préciser que les autres industries qui émettent dix fois plus de carbone ne font pas toutes autant d’efforts.

     - La création d’un nouvel écosystème local de production de carburant vert serait donc la solution...

Tous les écosystèmes sont les bienvenus, mais pour produire de la biomasse, il faut avoir suffisamment de matière verte, et cela devrait normalement être plus simple pour les grands pays agricoles comme le Maroc.

     - Entre difficultés d’approvisionnement et prix prohibitif, quel avenir a ce biocarburant pour la RAM ?

L’avenir passera par une hausse de sa production, afin que les producteurs de biocarburant arrivent à faire baisser son prix de revient pour qu’il soit proche de celui du kérosène.

Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons bifurquer petit à petit vers ce type de carburant.

     - Y a-t-il un agenda pour y arriver ?

Au niveau mondial, l'IATA a placé la barre à 2050, mais nous avons d’ores et déjà commencé à travailler dès aujourd’hui pour atteindre cet objectif.

     - N’est-ce pas un luxe de vouloir décarboner l’empreinte de vos avions alors que la crise sanitaire limite vos finances, notamment d’investissement ?

- C’est une initiative nécessaire, qui va finir par s’industrialiser en termes de quantité et de prix.

     - Avant 2050 comme le prévoit l'IATA ?

- Selon moi, nous commencerons à obtenir de bons résultats, avec une accélération de la production du biocarburant, à partir de 2023 ou 2024.

     - Au regard de votre optimisme, est-ce que la RAM pourra utiliser du carburant vert dans dix ans ?

- Tant que les études de faisabilité n’ont pas abouti, je préfère ne pas me prononcer, mais aujourd’hui, il y a un véritable élan mondial pour la décarbonation de tous les secteurs d’activité polluants.

Ainsi, pour tout ce qui concerne l’aérien, plusieurs acteurs devront se mobiliser : les transporteurs, les constructeurs d’avions, les gouvernements, les producteurs de carburant, les fabricants de moteurs…

Chaque élément de cette chaîne devra s’investir pour commencer à obtenir des résultats petit à petit, mais encore une fois, pour l’instant, les compagnies les plus mobilisées en SAF sur la décarbonation l'utilisent à raison d'à peine 1% de leurs besoins, c’est dire qu’il y a encore du chemin à parcourir.

     - Est-ce que la RAM fait du lobbying auprès du gouvernement marocain ?

- C’est plutôt l'IATA qui le fait à l’échelle mondiale, mais c’était justement le rôle de notre conférence, qui s'est tenue à Boston, de sensibiliser tous les acteurs concernés, dont bien évidemment le gouvernement marocain.

En effet, l’annonce à l'international de cet objectif de décarbonation d’ici 2050 va nous permettre de commencer à accélérer notre lobbying pour que l’État et les producteurs se mobilisent.

     - Pour conclure, y a-t-il selon vous une vraie volonté politique au Maroc pour respecter l’objectif de décarbonation de l'IATA ?

- Absolument, car la stratégie de décarbonation a été initiée par Sa Majesté bien avant l’initiative de l'IATA.

En effet, si aujourd’hui nous sommes très en avance sur le monde dans plusieurs secteurs de l’énergie verte, comme par exemple le solaire et l’éolien, c’est avant tout grâce à la volonté royale.

En tant que bras armé de l’État sur l’aérien, nous allons donc tout faire pour rendre nos émissions de carbone les plus faibles possibles et, pour cela, nous utiliserons toutes les technologies existantes ou en cours de développement.

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