BTP : une PME marocaine élabore un entrevous durable et entièrement sécurisé pour les ouvriers
La société Sodibet a conçu un entrevous dont la résistance assure une sécurité totale aux ouvriers sur les chantiers. Ce produit se veut également plus respectueux de l’environnement car il dégage moins de CO2 qu’un entrevous classique. C’est, entre autres, ce que nous explique Amine Maachi-Haddou, directeur de l’entreprise.
C’est une innovation dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. La société Sodibet, une PME familiale qui opère dans l’industrie de la préfabrication de produits en béton au Maroc, a mis au point un nouveau type d’entrevous. Baptisée SodiArch, cette solution se veut "plus légère, plus durable et assurant une sécurité totale sur les chantiers".
Voilà pour la brève présentation. Mais concrètement, qu’est-ce qu’un entrevous ? "L’entrevous est l’un des composants du plancher préfabriqué. Il s’agit d’un bloc de béton qui sert de coffrage pour le béton que l’on coule sur le chantier. L’ouvrier installe les poutrelles et insère des entrevous entre ces poutrelles pour combler le vide. Il place alors ses aciers et coule une dalle de béton dessus. Une fois que la dalle est coulée et que le béton a pris, le plancher fonctionne parfaitement", explique Amine Maachi-Haddou, directeur général de Sodibet, joint par Médias24.
Mais voilà, dans la solution classique, "une fois que le plancher fonctionne, les entrevous qui ont été placés ne servent plus à rien. C’est là où le bât blesse : on utilise des blocs de béton très lourds, qui consomment une énergie grise considérable et qui ne servent qu’à deux choses : servir de coffrage et assurer la sécurité des ouvriers", poursuit Amine Maachi-Haddou.
Plus de sécurité et moins d’impact environnemental
L’idée, selon cet ingénieur de formation, c’était de pouvoir réaliser deux choses : réduire la masse de ces blocs et faire en sorte que le nouveau produit ait une valeur ajoutée par rapport à l’ancien, avec une contrainte qui est celle de l’adaptabilité. "Autrement dit, il ne fallait pas toucher au process de fabrication de telle sorte à ce qu’il soit adaptable partout dans le monde, que ce soit en Afrique ou en Europe", précise-t-il.
La valeur ajoutée réside dans sa légèreté et sa durabilité par rapport aux entrevous classiques : selon les informations communiquées par l’entreprise, ce produit enregistre 2 kg de moins en moyenne par bloc et émet 1.5 kg de CO2 en moins. Il ne génère pas de débris – "même cassés, les entrevous SodiArch restent utilisables" – et assure une "sécurité totale sur chantier". Car lorsqu’ils ne sont pas suffisamment résistants, les entrevous peuvent causer des accidents, en l’occurrence un effondrement brutal des ouvriers. Une vidéo de présentation et de démonstration peut permettre de se faire une idée plus concrète du produit.
Sur la soixantaine de prototypes mis au point par l’entreprise, sept ont été sélectionnés. A l’issue d’une étude scientifique réalisée au sein de son laboratoire interne, et qui a fait l’objet d’une publication dans la revue CPI World Wilde, spécialisée dans l’industrie du béton, Amine Maachi-Haddou est parvenu à la conclusion suivante : le produit est parfaitement sûr en termes de sécurité car, même brisé en deux, il ne rompt pas. Autrement dit, il n’y a pas de risque de chute.
"C’est le principe des arches, à l’image des vieux ponts qui sont construits avec de gros blocs de pierre : ces gros blocs n’en forment pas qu’un seul. Ce sont plusieurs blocs qui sont assemblés. C’est le même principe avec l’entrevous que nous avons élaboré : qu’il soit cassé en deux, en trois, en quatre ou en cinq, dès que l’on remet en place le bloc, toute la chaîne de transmission de la masse, du poids, des efforts, se remet en route. Il est donc impossible de chuter avec cet entrevous", explique le chef d’entreprise.
Et de préciser que "lorsqu’une personne marche sur un entrevous, le béton peut travailler de deux manières : soit il est comprimé, soit il est étendu. Le béton résiste parfaitement lorsqu’il est comprimé, lorsque l’on appuie dessus, mais pas lorsque l’on tire dessus. L’idée pour nous, c’était de chercher une forme géométrique qui nous permette de faire en sorte que le béton ne travaille plus qu’en compression, c’est-à-dire seulement en appuyant dessus, sans tirer dessus pour ne pas réduire sa capacité de résistance".
La crise sanitaire a eu un effet accélérateur
Ce produit s’adresse aux professionnels du bâtiment et des travaux publics. Il peut également être utilisé par des particuliers, explique encore Amine Maachi-Haddou. "Cet entrevous permet de gagner jusqu’à 10 centimètres de hauteur sous plafond. En utilisant un faux plafond, avec une solution classique, il faut laisser au moins entre 12 et 15 cm entre le faux plafond et la dalle afin que l’électricien puisse faire passer ses mains et les fils d’électricité. Désormais, avec cet entrevous-là, deux centimètres suffisent."
La solution SodiArch, brevetée et certifiée norme marocaine par l’Institut marocain de normalisation (IMANOR), est commercialisée sur le marché depuis cette année. Son concepteur annonce avoir déjà livré 30.000 m² de surface construite. Elle devrait également être commercialisée en Afrique et en Europe.
Amine Maachi-Haddou explique que la pandémie de Covid-19 a eu un effet accélérateur sur le lancement de ce produit. "Le marché du BTP, notamment celui du plancher préfabriqué, est très concurrentiel. Il y a une très forte concurrence déloyale et de l’informel. Les sociétés ont beaucoup de difficultés, je ne vous le cache pas. Le seul moyen de combattre le secteur informel et de susciter l’intérêt des acteurs du BTP, c’est l’innovation. Ce produit nous a permis d’avoir des marchés et des clients que nous n’avions pas auparavant."
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