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Rachid Guerraoui : créer une cryptomonnaie “verte” est possible

Rachid Guerraoui estime que la création d’une cryptomonnaie qui consommerait moins d’énergie par rapport au bitcoin, entre autres, est possible. Un projet de recherche dans ce sens est d’ailleurs en cours à l’université Mohammed VI Polytechnique (UM6P).

Rachid Guerraoui : créer une cryptomonnaie “verte” est possible
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Le 8 novembre 2021 à 13h02 | Modifié 8 novembre 2021 à 13h44

Dans le cadre de la première édition de la Semaine de la science, organisée à l’université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) de Benguerir, Rachid Guerraoui, professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, a animé une première conférence intitulée "Démystifier le bitcoin", puis une seconde sous le thème "L’ère de l’internet", lors de laquelle il a décortiqué la notion d’intelligence artificielle et présenté les bienfaits, mais aussi les limites, d’internet.

Créer une cryptomonnaie "verte" est possible

Dans un entretien à Médias24, Rachid Guerraoui estime que "dans le futur, les cryptomonnaies feront sans aucun doute partie de nos portefeuilles". Concernant le Maroc, cet enseignant pense que "l’État devrait s’ouvrir aux technologies sous-jacentes aux bitcoins et les maîtriser pour être prêt le jour où il décidera de s’ouvrir aux cryptomonnaies".

Rachid Guerraoui a également rappelé, avant toute chose, la différence entre la cryptomonnaie et la monnaie virtuelle : la monnaie virtuelle désigne l’absence de billets de banque, tandis que la crypto-monnaie désigne à la fois l’absence de billets de banque et de la banque.

Suite à la crise financière de 2008, Rachid Guerraoui a aussi rappelé la publication de l’article de "Nakamoto", le créateur du bitcoin dont l’identité demeure inconnue à ce jour, dans lequel ce dernier conteste les banques et présente un algorithme. Nakamoto y déclare que 21 millions de bitcoins sont disponibles et que 19 millions ont déjà été gagnés ("mined"). Il en reste donc encore deux millions à l’heure actuelle. 

"N’importe qui pouvait alors télécharger l’algorithme de Nakamoto et devenir banquier (miner)", a poursuivi Rachid Guerraoui. Un banquier, ou un "miner", désigne celui qui réussit à résoudre un problème algorithmique dans un processus ("mining") d’une durée de 10 minutes, gagnant de ce fait des bitcoins.

"Aujourd’hui, vu que le cours de bitcoin est élevé, on gagne environ 6,25 bitcoins par transaction. Ce chiffre est divisé par deux tout les quatre ans", déclare la même source. On précise que le cours du bitcoin était ce jour-là, jeudi 4 novembre 2021, de 66.000 dollars.

"Ceux qui tentent de devenir banquier insèrent dans leur ordinateur des fonctions randomisées, aléatoires, qui essaient de résoudre le problème et continuent d’essayer jusqu’à réussir. Ainsi, lorsque ces gens mettent en place des fermes d’ordinateurs pour résoudre ce problème et gagner des bitcoins, cela émet de la chaleur. C'est pour cette raison que l’on dit que le bitcoin consomme énormément d’énergie", fait savoir Rachid Guerraoui.

"Aujourd’hui, l’énergie déployée pour devenir LE banquier, soit le gagnant (de 6,25 bitcoins), équivaut à l’énergie utilisée par tout un pays industrialisé comme le Danemark ou la Suède", ajoute-t-il. 

Comment créer une cryptomonnaie sans devoir résoudre un problème pour avoir un consensus ? Rachid Guerraoui montre qu’il faut passer au principe du "banquier qui gagne" à celui de la "discussion démocratique", qui doit permettre de faire le suivi des transactions en obtenant une cryptomonnaie et ce, sans devoir résoudre un problème algorithmique.

Il a annoncé qu’un projet de recherche est en cours à l’UM6P pour étudier cette possibilité. Il s’agirait donc d’une cryptomonnaie "verte",  qui "consommerait beaucoup moins d’énergie", précise l’enseignant.

"Lire sur internet devrait être enseigné dans nos écoles"

Toujours dans le cadre de son entretien avec Médias24, Rachid Guerraoui a défini lintelligence artificielle comme étant la capacité dune machine à résoudre un problème que seuls les Hommes pensaient être capables de résoudre. Dautre part, il estime que le Maroc peut, selon lui, devenir leader dans l’intelligence artificielle vu que "le numérique nexige pas dinvestissements  majeurs, mais des esprits bien formés".
En face, lintelligence naturelle est donc la capacité à résoudre ce que la machine ne peut résoudre. "Cest ce que jappelle penser ; la capacité à être créatif", a déclaré Rachid Guerraoui lors de sa conférence sur l’ère d’internet. 
"Internet permettrait de mieux penser ; de nous sortir des ténèbres et de rattraper un retard de développement", affirme la même source, précisant quil sagit là d’un scénario "optimiste".
Internet joue certes le rôle de prophète du savoir, mais en face, des plateformes et géants du numérique encouragent le "charlatanisme", déplore le professeur, soulignant la tendance naturelle de lHomme à aller vers les choses simples qui parlent à ses instincts.
"On peut regarder du contenu de charlatans virtuels par paresse intellectuelle", sauf que les algorithmes présents sur ces différentes plateformes ne nous proposent que des contenus similaires. Les plateformes que nous utilisons sur internet aujourdhui encouragent d’ailleurs ce type de contenu.
Par "charlatans", le professeur se réfère aux personnes mal informées qui s’érigent en "spécialistes" sur internet et induisent en erreur une grande partie de la population. "Internet est aussi, malheureusement, une arme dabrutissement", reconnaît le professeur.
Que faire face à ce dilemme ? Rachid Guerraoui indique que plusieurs laboratoires travaillent pour mettre en place un "Internet citoyen". Ce qui ne suspendra pas les charlatans sur internet, mais permettra en tout cas à linfrastructure de moins les encourager.
"Rien nempêche d'avoir des institutions qui jouent un rôle de modérateur. On pourrait, par exemple, avoir besoin dune certification pour se présenter en tant que médecin sur internet", propose Rachid Guerraoui. Et d’ajouter enfin : "Il faut apprendre à nos jeunes à lire sur internet. Il faut avoir un esprit critique. Lire sur internet devrait être enseigné dans nos écoles."

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