Dr Mouad Merabet : cette semaine sera décisive
ENTRETIEN. Connu et apprécié du grand public marocain pour les résumés quotidiens qui étaient diffusés en vidéo à une certaine période, très suivi sur LinkedIn où ses analyses et parfois prévisions sont toujours confirmées par les événements, Dr Merabet répond aux questions de Médias24.
Dr Mouad Merabet est médecin coordonnateur du Centre national d'opérations d'urgence de santé publique, président de l'Association nationale d'épidémiologie de Terrain-Maroc (ANET) et médecin spécialiste en épidémiologie de santé publique.
Médias24 : Omicron est-il plus contagieux que le variant Delta, et si oui, combien de fois est-il plus transmissible ?
Dr Mouad Merabet : Si on analyse la courbe épidémiologique en Afrique du Sud, Omicron est plus contagieux. Mais il n'y a pas encore de réponse scientifique précise. Il faut attendre. L'Afrique du Sud est, à ce stade là, mieux placée pour répondre à cette question.
Ceci dit, plusieurs rapports confirment la transmissibilité élevée d’Omicron par rapport à Delta, qui est jusqu’à présent le plus contagieux des variants du SARS-CoV-2.
À titre d’exemple, dans son dernier rapport du 15 décembre 2021, l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, ndlr) a précisé qu’Omicron affiche un avantage de croissance significatif par rapport à Delta. Selon les données britanniques, Omicron présente un risque de transmission domestique accru, un taux d'attaque secondaire accru et un taux de croissance accru par rapport à Delta. À partir de ces données préliminaires, avec bien sûr plusieurs limites des études menées, le risque (calculé par ce que l’on appelle en épidémiologie OR Ajusté) pour la transmission à domicile pour Omicron par rapport à Delta, a été estimé à 3,2. Le taux d'attaque secondaire des ménages au Royaume-Uni a été estimé à 21,6% pour Omicron, contre 10,7% pour le COV Delta.
J'ajoute qu'au vu de la courbe sud-africaine, la tendance est désormais baissière. Cette vague Omicron en Afrique du Sud a été fulgurante ; elle est montée très vite et est redescendue très vite. C'est une vague plus rapide et plus courte que les précédentes.
Il faut dire aussi que c’est très difficile d’estimer un R0 (taux de reproduction de base) dans une population où des mesures restrictives sont mises en place, des mesures barrières en vigueur, et où une bonne partie de la population est immunisée naturellement et par la vaccination. Nous savons très bien que le R0 est le nombre de cas contaminés en moyenne par une personne contagieuse dans une population entièrement susceptible et n’ayant pas mis en place des mesures de riposte.
- Le variant Omicron est-il plus létal que les autres variants ? Une opinion répandue voudrait que lorsqu'un virus est plus transmissible, il est toujours moins létal.
- Il n'y a pas suffisamment de données concernant Omicron. Mais les chiffres limités disponibles laissent penser qu'Omicron est moins virulent que les autres variants.
De façon générale, et puisque les virus sont des parasites intracellulaires obligatoires – c’est-à-dire qu’ils dépendent strictement de leurs hôtes – et que leur transmissibilité est en partie due à la survie de ces hôtes, ce que l’on peut dire alors, c’est que les virus les moins graves se donnent plus d’opportunités de transmission.
- Comment se comporte le Rt (taux de reproduction du virus) au Maroc en ce moment ?
- Actuellement, le Rt augmente à une allure lente. Le nombre de nouveaux cas n'est pas élevé et chaque changement semble tout de suite être significatif.
Nous y verrons plus clair cette semaine. Certaines régions vont probablement passer en vigilance orange.
Je note que les 427 cas enregistrés ce mercredi 22 décembre correspondent au chiffre le plus élevé de cette période inter-vagues. De plus, tout le monde a remarqué que 33 nouveaux patients ont été admis en réanimation ou en soins intensifs mardi 21 décembre. Mais au cours de ce même laps de temps, 29 patients ont quitté la réanimation.
Il faut plus que jamais mettre en place les barrières qui empêchent le virus de se transmettre.
- Comment sera la prochaine vague au Maroc ?
- On ne le sait pas encore. Mais on peut supposer qu'elle pourra être comme en Afrique du Sud, très rapide et courte, avec une gravité probablement moindre que lors des précédentes vagues. On parle ici de gravité proportionnelle. En termes de valeur absolue, si le nombre de cas qui sera enregistré est plus important que la vague Delta, il y aura automatiquement une élévation des cas graves et des décès. C’est pour cela qu'il faut plus que jamais mettre en place les barrières qui empêchent le virus de se transmettre : masque, hygiène, distanciation et isolement des cas actifs, en plus d'augmenter le niveau immunitaire de la population à travers la vaccination, y compris la troisième dose.
Le Covid-19 se transformera en une maladie endémique saisonnière habituelle ou en une maladie ré-émergente comme le SARS-1 2002-2004.
- Vous avez dit que des régions pourraient passer en vigilance orange. Quels critères surveillez-vous pour décider du degré de gravité de l'épidémie dans une région ?
- Le nombre de nouvelles contaminations, l'évolution hebdomadaire, l'incidence hebdomadaire par 100.000 habitants, le nombre de cas graves, le taux de reproduction effectif, le taux de positivité, le ratio nombre de décès rapporté au nombre de cas enregistrés pour extrapoler le nombre de cas réels.
- A terme, cette pandémie évoluera-t-elle vers une maladie endémique comme la grippe et avec laquelle nous allons cohabiter ? Comment voyez-vous 2022 ?
- Le constat global, c'est que, de plus en plus, nous avons des vagues plus courtes et des périodes inter-vagues plus courtes aussi ; de plus en plus également des variants préoccupants avec un nombre de mutations plus élevées : Alpha, Delta, Omicron, sans parler des deux autres qui n’ont pas connu une très grande diffusion mondiale ; de plus en plus de variants plus transmissibles, et avec Omicron, espérons que le constat de bénignité du tableau clinique se confirme. À mon avis personnel, la fin se rapproche Incha'Allah : le Covid-19 se transformera en une maladie endémique saisonnière habituelle, ou en une maladie ré-émergente comme le SARS-1 2002-2004.
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