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Étude : marocanisation des postes de DG au sein des filiales des multinationales

Les cabinets de recrutement observent, ces dernières années, un phénomène de marocanisation des postes de directeur général au sein des filiales des multinationales implantées au Maroc. Tendance de fond ou cas isolés ? Réponse.

Étude : marocanisation des postes de DG au sein des filiales des multinationales
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Le 1 mars 2022 à 17h49 | Modifié 1 mars 2022 à 17h54

Le cabinet de recrutement IBB Executive Search vient de publier une étude sur le phénomène. Réalisée auprès de 152 filiales de multinationales, celle-ci a couvert la période allant de 2010 à 2022.

Nombre de nationalités d’entreprise (USA, France Allemagne, Espagne, Angleterre, Suède, Danemark, Chine, Japon et Corée du Sud…) et de secteurs d’activité (industrie automobile et aéronautique, industrie pharmaceutique, distribution de biens de consommation, services financiers et It & Télécoms) ont été analysés.

En 2022, 51% des DG des filiales locales de multinationales sont marocains

"Depuis les années 1950, l’internationalisation des entreprises s’est accélérée avec l’implantation de nombreuses filiales à l’étranger, notamment au Maroc. Les entreprises ont alors dû composer avec des systèmes de valeurs et des normes de comportements différents, tout en essayant de standardiser les pratiques de gestion", indique l’étude consultée par Médias24.

"Dans ce contexte, le choix des directeurs généraux de filiales devenait stratégique, et les multinationales désignaient dans la majorité des cas des DG expatriés à la tête de leurs filiales."

"Le Maroc n’a pas fait exception à cette mesure, d'autant plus que ce choix offrait plusieurs avantages à ces entreprises : garder le contrôle de la filiale, assurer plus facilement la coordination avec la maison mère, maintenir une cohérence d’ensemble avec les autres pays, veiller au respect des standards et des procédures globales, sécuriser la culture d’entreprise, dupliquer des 'success stories' ou encore former et fidéliser les futurs dirigeants. D’ailleurs, le recours fréquent aux expatriés se justifiait parfois par la rareté, voire l’absence de la compétence recherchée dans le pays d’accueil."

"A partir de 2018, les cabinets de recrutement au Maroc ont assisté à la marocanisation des postes de DG au sein des filiales de multinationales implantées dans le Royaume", lit-on sur le document.

En janvier 2022, 51% des DG de filiales de multinationales établies au Maroc sont des Marocains et Marocaines, alors qu’ils n’étaient que 30% en 2010.

Selon le cabinet IBB Executive Search, ce changement de posture progressif s'explique par le fait que :

  • A compétences égales, le coût d’une recrue locale est plus compétitif que celui d’un expatrié.
  • Les multinationales tendent à créer des hubs en mutualisant certaines fonctions au niveau régional, pour favoriser l’émergence de "country managers" davantage concentrés sur l’activité locale.
  • Les multinationales veulent assurer la stabilité et la continuité des activités en optant pour des profils locaux, car les départs fréquents d’expatriés créent souvent des ruptures.
  • Les multinationales cherchent des profils disposant d’un carnet d’adresses au Maroc.
  • Le recours à des nationaux permet une meilleure compréhension des attentes des consommateurs, plus exigeants et désireux de consommer davantage de produits 'made in Morocco'.
  • L’amélioration de la maîtrise de l’anglais et leur ouverture à la mobilité internationale facilitent l’intégration des profils locaux.

Les entreprises américaines pionnières de la tendance

L’étude indique toutefois que ce phénomène de marocanisation des postes de DG de filiales de multinationales s’effectue à des moments différents selon la nationalité des entreprises.

"Les multinationales américaines ont été pionnières, puisqu’en 2014 déjà, les DG marocains étaient plus représentés que leurs homologues expatriés", nous apprend le cabinet.

"En 2022, on compte près de 70% de DG marocains contre 30% d’expatriés, les entreprises américaines ayant amené la culture de 'Country manager' disposant d’une plus grande proximité avec les clients locaux."

Celles-ci ont également "rapidement mis la diversité et la méritocratie au centre de leur politique RH, permettant aux Marocains les plus talentueux d’être préparés assez tôt aux postes de DG de filiales".

En 2e place arrivent les entreprises françaises, mais ce n’est qu’en 2020 que le nombre de DG marocains a dépassé celui des expatriés. L’étude précise toutefois que le nombre de Marocains à la tête de filiales de multinationales françaises a doublé entre 2010 et 2022, passant de 26% à 56%.

Pour les multinationales d’autres pays, les DG expatriés restent encore majoritaires à ce jour. C’est le cas des multinationales espagnoles, italiennes, allemandes, suisses et britanniques. En 2010, les DG de leurs filiales étaient à 96% des expatriés. En 2022, elles comptent 58% d'expatriés et 42% de Marocains. "Au regard de la nette augmentation des DG marocains, tout porte à croire qu’ils seront bientôt majoritaires", observe le cabinet.

"Pour les multinationales asiatiques, le rapport est stable depuis 2014 : 55% sont expatriés et 45% sont marocains. Un retournement de situation n’est pas pour si tôt", signale le cabinet de recrutement. Une situation qui s'explique par les différences culturelles, l’éloignement géographique et la forte centralisation de la prise de décision.

La majorité des entreprises IT & Télécoms sont dirigées par des Marocains

D'après ladite étude, la marocanisation des postes de DG de filiales de multinationales a également été déterminée par le secteur d’activité.

"Depuis 2010, la majorité des entreprises du secteur IT & Télécoms sont dirigées par des Marocains. Ce secteur a été avant-gardiste dans la nomination de Marocains à la tête de leurs filiales, car il est dominé par des entreprises américaines", lit-on sur le document. "De plus, les compétences IT sont plutôt bien représentées au Maroc."

"Le deuxième secteur à être dirigé par davantage de Marocains que d’expatriés est le secteur financier (banque, assurances et leurs filiales), mais ce n’est qu’en 2018 que cette tendance a commencé. Alors que de 2010 à 2017, on dénombrait quatre DG marocains pour six expatriés, ces chiffres sont passés à sept DG marocains pour trois expatriés en 2022."

"Les multinationales du secteur recherchent désormais des DG locaux, introduits dans les milieux des affaires et dans la sphère publique", explique l’étude.

"Au sein du secteur de la distribution de biens de consommation, l’inversion de la tendance s’est produite en 2019. Alors qu’en 2010, on comptait encore trois DG marocains pour sept expatriés, on dénombre, en 2022, cinq Marocains pour autant d’expatriés. La part des DG marocains à la tête de ces entreprises a donc presque doublé. Cela est notamment motivé par une volonté de mieux répondre aux attentes locales dans un Maroc pluriel (culture, éducation, langue…), dont les usages de consommation évoluent très rapidement."

Par ailleurs, dans le secteur pharmaceutique, la situation s’est inversée en 2018. "En 2010, on dénombrait trois DG marocains pour sept expatriés. En 2022, le rapport est passé à sept DG marocains pour trois expatriés. La réduction des coûts et la recherche de proximité avec le marché local y ont contribué", d’après le cabinet IBB.

"La tendance s’est tardivement inversée dans les secteurs de la production d’énergie (2020), et de l’industrie automobile et aéronautique (2021). Cela s’explique par la durée nécessaire du transfert des compétences qu’il a fallu opérer pour préparer les DG locaux."

Ces constats laissent entendre que "la compétence est aujourd’hui mieux représentée au Maroc dans tous les secteurs d’activité, même si certains sont moins fournis que d’autres", conclut l'étude, notant que "les Marocains ont acquis une expérience suffisante dans les multinationales de référence pour être nommés à leur tête".

"Au cours des vingt dernières années, nous avons également assisté à un retour massif de Marocains de la diaspora, renforçant ainsi le vivier de talents disponibles. La confiance est désormais scellée entre les cadres dirigeants marocains et les maisons mères des multinationales. La tendance à la marocanisation des directions générales va sans nul doute se renforcer dans les années à venir."

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Le 1 mars 2022 à 17h49

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