Développement durable : “On a accordé trop d’intérêt à l’économie” (Daniel Nahon)
Daniel Nahon, professeur de géochimie à l’Université Aix-Marseille, estime que le focus attribué à la croissance du PIB a contribué à la dégradation des milieux naturels.
L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) organise, mercredi 9 et jeudi 10 mars, la 12e édition des Tables rondes de l’Arbois, tenue sous le thème "Nourrir le monde : les enjeux, les limites". L’événement s’articule autour de thématiques liées à la sécurité alimentaire en tant qu’enjeu de développement durable.
Les Tables rondes de l’Arbois sont une grand-messe internationale de la science ; un think tank de près de 40 personnalités issues du monde de la recherche. Elles sont régulièrement tenues en France, à l’Université Aix-Marseille. Cet événement vise à nourrir la réflexion sur les dernières innovations scientifiques.
Cette 12e édition se tient au Maroc et, pour la première fois, en dehors de la France, traduisant la volonté de ses organisateurs de s’ouvrir au continent africain, où la nutrition durable demeure un objectif majeur de développement.
Hicham El Habti, président de l’UM6P, a déclaré : "Le continent africain dispose de terres arables toujours pas utilisées, les plus importantes au niveau mondial. L’Afrique se veut être l’avenir de la sécurité alimentaire mondiale. Pour ce faire, il faut désormais intégrer les résultats de la recherche et de l’innovation afin d’améliorer la productivité des sols africains, tout en respectant les enjeux de développement durable et en intégrant les questions liées au changement climatique."
Daniel Nahon, professeur émérite à l’Université Aix-Marseille et à l’Institut universitaire de France, également co-organisateur de l’événement, affirme de son côté à Médias24 que la recherche scientifique doit être acceptée et admise par les populations. "Il y a une distance entre, d’un côté, la recherche scientifique et l’innovation et, de l’autre, l’acceptation par la société de ces innovations. Les populations doivent savoir ce qui est fait au niveau scientifique. Les Tables rondes de l’Arbois ont été créées il y a près de douze ans pour inviter l’opinion publique à écouter les plus grands scientifiques", affirme-t-il. "Même si cela dérange, et surtout si cela dérange."
Des solutions de l’Afrique
Pourquoi organiser cette édition au Maroc ? "Nous voulions traiter les défis alimentaires en Afrique où l’alimentation est l’un des problèmes numéro 1. Sa population va doubler d’ici 2050 alors que partout dans le reste du monde, il y a une décrue de la démographie. Nous sommes en plein désarroi face aux questions de l’alimentation durable et de la dégradation des sols dans le monde", déclare Daniel Nahon.
"L’humain dégrade un tiers des sols dans le monde et, en Afrique subsaharienne, près d’un cinquième. Il est donc urgent de s’occuper de l’Afrique. Il s’agit du continent dont on devra prendre soin demain", ajoute Daniel Nahon, qui précise toutefois que les solutions liées aux problématiques africaines ne doivent émaner que de l’Afrique elle-même.
La croissance économique à l’origine de la dégradation des ressources naturelles
"Jusqu’à présent, nous avons accordé trop d’intérêt à l’économie, au produit intérieur brut (PIB). L’augmentation du PIB est en étroite relation avec la consommation des énergies fossiles. Ce qui signifie qu’il s’agit d’un modèle économique qui a entraîné la dégradation de toutes nos richesses naturelles, qui sont pourtant un bien commun", déplore Daniel Nahon.
Pour y remédier, le professeur suggère de "donner un prix à la nourriture, à l’eau, à la qualité de l’air et aux forêts, et de l’introduire dans le calcul du PIB. C’est le seul moyen de repartir sur des bases saines et de parvenir à un nouveau modèle économique dans les vingt ans qui arrivent".
"Pas trop tard"
"Il n’est jamais trop tard pour un scientifique de trouver des solutions à ces défis (liés au réchauffement climatique et à l’alimentation durable, ndlr)", nuance cependant le Pr Daniel Nahon, mettant le doigt sur la résilience des milieux naturels qu’il juge "formidable". Et d’ajouter : "Il faut être optimiste, on peut y arriver !"
Selon lui, les problématiques relatives à la nourriture et aux ressources naturelles sont "certes complexes", mais l’être humain est également doté d’une intelligence "exceptionnelle". "On ne peut y parvenir seul ; on doit travailler en groupe, scientifiques et citoyens main dans la main."
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