HCP : 8 femmes sur 10 restent en dehors du marché de travail
La plupart sont des femmes au foyer, des élèves ou des étudiantes. Les femmes dans cette situation se consacrent essentiellement à la garde des enfants et aux tâches domestiques.
Le haut-commissariat au Plan (HCP) a organisé, jeudi 10 mars, une rencontre à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, sur le thème "L’égalité de genre, impératif du développement durable".
Ahmed Lahlimi Alami, haut-commissaire au Plan, a partagé plusieurs constatations et réflexions émanant des travaux réalisés par le HCP.
Il a d’abord rappelé que la transformation économique et sociale du Maroc était pénalisée par une double contrainte : la baisse tendancielle de notre croissance potentielle et la cyclicité de son taux en fonction de la pluviométrie.
"La transposition de cette situation sur les activités économiques et sociales nous renvoie l’image d’un paysage humain morcelé en une économie domestique piégeant 58% de femmes, un marché de l’emploi avec son double versant, une offre peu diversifiée et une demande de main d’œuvre faiblement qualifiée et peu productive", explique-t-il.
En milieu rural, la succession des cycles de sécheresse sévère poussait les femmes actives occupées à l’inactivité, alors que les hommes s’orientaient vers des emplois vulnérables et précaires dans les villes pour surmonter les effets de la sécheresse. En revanche, le retour des conditions climatiques pluvieuses incitait de nouveau les femmes à renouer avec des emplois, avance-t-il.
Dans ce contexte, la demande de main d’œuvre reste peu diversifiée, avec une prédominance de l’agriculture (31% d’actifs occupés) et une faible présence dans l’industrie (12%). L’offre se caractérise quant à elle par une population active faiblement qualifiée et peu productive (53% d’actifs occupés ne sont pas diplômés ; 31% ont un diplôme moyen ; 16% un diplôme supérieur).
La demande sociale est aussi défavorable pour les hommes que pour les femmes, mettant au chômage 11% des premiers et 17% des secondes. La situation des femmes est beaucoup plus problématique, notamment pour les diplômées du supérieur qui rencontrent de grandes difficultés à accéder à l’emploi (33% contre 22% parmi les hommes).
Un écart salarial de 30% en défaveur des femmes
En plus de la sous-valorisation du potentiel féminin dans le marché du travail, la qualité de l’emploi des femmes reste faible. Lorsqu’elles accèdent à l’emploi, celui-ci est dominé par l’emploi non rémunéré et une inégalité forte dans sa rémunération, précise Ahmed Lahlimi Alami, qui énumère d’autres chiffres sur la situation des femmes sur le marché de l'emploi.
Ainsi, 64% des femmes actives occupées ont un emploi rémunéré, contre 91% pour les hommes. En outre, la quasi-totalité des branches présente un écart salarial significatif de l’ordre de 30% en défaveur des femmes.
Un taux d’activité des femmes en baisse
Dès lors, la tendance baissière du taux d’activité des femmes est l’une des caractéristiques structurelles de la situation des femmes au Maroc. Ce taux, qui s’élevait à 30% au début des années 2000, est aujourd’hui de près de 21%, dénotant d’une faible valorisation du potentiel que constituent, en particulier, les femmes inactives.
La contribution des femmes à la croissance économique est passée de 22% durant la première décennie des années 2000, à une contribution négative de 33% durant la deuxième décennie. Une perte due en grande partie à l’augmentation de l’inactivité des femmes, qui a enregistré une contribution négative de presque 16% à la croissance économique.
8 femmes sur 10 restent en dehors du marché du travail
Compte tenu de la faible transformation des structures économiques et sociales, 8 femmes sur 10 restent en dehors du marché du travail. La plupart d’entre elles sont des femmes au foyer (73,7%), des élèves ou des étudiantes (15,1%). Les femmes dans cette situation se consacrent essentiellement à la garde des enfants et aux tâches domestiques (54%).
1,7 million de femmes inactives pourraient devenir salariées
Dans les conditions actuelles des structures économiques et en prenant en considération leurs caractéristiques individuelles et socioéconomiques, les estimations du potentiel féminin montrent que près de 1,7 million de femmes inactives pourraient devenir des actives occupées en situation de salariat, selon Ahmed Lahlimi Alami.
La mobilisation de ce potentiel permettrait d’élever le taux d’activité des femmes à 34,8% et d’augmenter la valeur ajoutée totale de 13%.
Plus de la moitié des inscrits dans l’enseignement supérieur sont des femmes
Il estime que "malgré sa situation sur le marché du travail, les femmes ont une capacité plus grande de valoriser les capacités qu’elles ont acquises dans le système d’enseignement et de formation".
Aujourd’hui, plus de la moitié (57%) des inscrits en instituts et écoles supérieurs sont des femmes, 13% dirigent des entreprises organisées et 19% des institutions sans but lucratif.
Par ailleurs, les femmes représentent 40% des cadres supérieurs, membres de professions libérales et cadres moyens. Dans l’administration publique, elles occupent le quart des postes de responsabilité.
Ce leadership des femmes marocaines se déploie progressivement et induit aussi des changements fondamentaux au niveau social, économique et demain, sûrement, politique et institutionnel.
L’entrée de la femme dans la vie active ne la libère pas de ses charges familiales
Dans ces conditions, les femmes sont responsables de 84% de la création de la valeur ajoutée des activités domestiques, principalement les services de préparation des repas et d’entretien du logement. Aussi sont-elles engagées dans la scolarité de leurs enfants, en leur consacrant 70% des services de soutien à l’enseignement.
Au total, les femmes consacrent, en moyenne, 5 heures par jour aux travaux domestiques, soit presque 7 fois plus de temps consacré par les hommes. L’entrée des femmes dans la vie active ne les a pas libérées de leurs charges familiales. En exerçant un emploi professionnel, les femmes continuent à consacrer 4h 17mn aux travaux domestiques.
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