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Round up. Maroc-Espagne : la victoire de la raison et des intérêts mutuels

La feuille de route pour le règlement de la crise maroco-espagnole a abordé tous les sujets de tension entre les deux pays. Un dénouement heureux qui est passé par la prise en compte des intérêts mutuels.

Round up. Maroc-Espagne : la victoire de la raison et des intérêts mutuels
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a été reçu, en avril 2022, par le Roi Mohammed VI.
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Le 8 avril 2022 à 17h20 | Modifié 8 avril 2022 à 18h09

La visite de Pedro Sánchez au Maroc, du jeudi 7 au vendredi 8 avril 2022, et sa rencontre avec le Roi Mohammed VI, signe la fin d’une crise majeure entre les deux pays, qui a duré près d’un an, et le début d’une nouvelle étape fondée sur "le respect, la confiance, la concertation et la coopération".

La première journée de cette visite a été marquée par l’adoption d’une feuille de route, ainsi que la déclaration conjointe, où l’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend du Sahara.

En plus de la fin du bras de fer diplomatique autour du Sahara, la feuille de route prévoit aussi la résolution de la plupart des points de tension ayant marqué cette crise comme les liaisons maritimes de passagers, les problèmes relatifs à la migration, la délimitation de l’espace maritime entre les deux pays, ou encore la libération des échanges humains et commerciaux, y compris par voie terrestre. 

Elle marque également le retour de la coopération dans les domaines de l’économie, le commerce, l’industrie, l’énergie, l’éducation et la culture. En outre, un comité chargé de la mise en œuvre de cette feuille de route sera désigné par les deux chefs d’Etat, dans un délai de trois mois. 

Pedro Sánchez a été reçu par le Roi Mohammed VI, peu après son arrivée au Maroc, et a été convié à un ftour dans une ambiance conviviale.

L’Espagne adopte une nouvelle posture sur l’affaire du Sahara

La crise entre les deux pays s'est déclenchée en mai 2021, à la suite de l’hospitalisation de Brahim Ghali, entré secrètement en Espagne sous un nom fictif. Cet événement a eu lieu au moment où le Maroc, fort de la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara, cherchait à convaincre les Européens de s'impliquer dans cette nouvelle dynamique pour la résolution du conflit

Même s’il n’est pas le seul élément à l’origine des tensions entre les deux pays, cet épisode a provoqué une rupture de la confiance entre les pays voisins, surtout de la part du Maroc. La crise s’est ensuite manifestée sous plusieurs formes, y compris dans des aspects diplomatiques, sécuritaires, économiques et médiatiques.

La réception du chef du gouvernement espagnol Sánchez à Rabat, pour acter la réconciliation maroco-espagnole, comme l’expression de cette évolution positive de la position concernant le Sahara, permet ainsi d’amorcer une nouvelle étape qui s'inscrit dans un respect et une confiance renouvelés entre les deux pays. Auparavant, l'Espagne citait certes la proposition marocaine d'autonomie comme une solution possible, mais pas comme LA solution. Avec ce simple passage de l'article indéfini à l'article défini, l'Espagne a créé l'événement... et la réconciliation.

Une feuille de route pour régler les problèmes en suspens

Dans son allocution lors de la conférence de presse qui a suivi le ftour offert en son honneur, Pedro Sánchez a précisé que la normalisation de la circulation des personnes et des marchandises comprendrait les villes de Sebta et Melilia, indiquant que c’était "l’un des premiers objectifs de cette nouvelle étape".

Si Sánchez a insisté sur le rétablissement de la circulation des biens et des marchandises au niveau des points de passage avec Sebta et Melilia, c’est en raison de la crise économique que vivaient ces deux villes occupées, après une série de mesures marocaines qui visaient notamment à lutter contre la contrebande.

Ce vendredi 8 avril au matin, cette question de la circulation des hommes et des marchandises avec les deux enclaves, faisait les gros titres, notamment de la presse locale, où des analystes estimaient que le rétablissement de la situation antérieure ne serait pas immédiat, car des délais techniques sont nécessaires.

Le chef du gouvernement espagnol peut présenter ce dénouement comme une victoire à même de contrebalancer l'évolution sur la question du Sahara auprès de l’opinion publique espagnole, dont une partie reste influencée par la propagande des extrémistes de gauche et de droite, hostiles au Maroc.

Le peuple espagnol, sensible sur les sujets de l’immigration et du terrorisme, pourra également apprécier le retour de la coopération en matière sécuritaire. L’accord de sécurité entre les deux pays a d’ailleurs été publié au Bulletin officiel espagnol le jour même de la visite de Sánchez au Maroc. Le manque de coopération sécuritaire durant la crise avait été fortement ressenti du côté espagnol, notamment en ce qui concerne la gestion des flux migratoires. 

La reprise des liaisons maritimes des deux côtés du détroit et la préparation de l’opération Marhaba devraient également être appréciées du côté de l'Andalousie, où le passage chaque année des Marocains résidant à l’étranger génère une manne financière non négligeable. La suspension de cette opération durant les deux années précédentes, en raison du Covid, avant sa reprise à partir des ports de Sète (France) et de Gênes (Italie), avait représenté un manque à gagner considérable pour les opérateurs espagnols.

Par ailleurs, le réchauffement des relations permettra, comme le prévoit la feuille de route, la réactivation du groupe de travail sur la délimitation des espaces maritimes sur la façade atlantique. Des avancées sur ce dossier pourraient notamment ouvrir la voie à l’exploitation, de part et d’autre, des richesses naturelles dont regorgeraient certaines de ces zones disputées.

Finalement, on ne peut que se réjouir de voir enfin l'intérêt mutuel et le bon sens l’emporter sur la démagogie et le discours de la haine. Un modèle de compromis et de construction de la paix dont devraient s’inspirer d’autres voisins pour régler leurs différends avec le Maroc. Pour des raisons de politique intérieure, Sánchez et son gouvernement seront, au cours des prochains mois, soumis à une forte pression d'une partie de l'opposition… C'est pourquoi il affirme vouloir s'impliquer avec les Etats-Unis dans la recherche d'une solution à ce différend régional. A moins que d'autres reconnaissances de la solution d'autonomie et de la marocanité du Sahara n'interviennent rapidement... 

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Le 8 avril 2022 à 17h20

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