La campagne agricole affectée par la hausse des prix des engrais azotés
Pour remédier à l’augmentation constante, ces derniers mois, des prix des engrais azotés, les agriculteurs utilisent les engrais blends, au risque de subir des pertes en termes de calibrage et de tonnage.
"Les prix internationaux de référence des engrais ont augmenté ces derniers mois, atteignant des niveaux record. Les hausses les plus notables concernent les engrais azotés", constate l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Les engrais azotés sont essentiels à la production d’oléagineux et de blé tendre. Ils sont fabriqués à partir de gaz naturel. Une ressource stratégique qui pèse plus de la moitié du coût de production des engrais azotés.
Or, la guerre en Ukraine a eu un effet négatif sur le prix et la disponibilité de ces intrants agricoles, principalement l’ammonitrate et l’urée, dont les tarifs ont quasiment triplé. Les fabricants d’engrais azotés ont diminué leurs productions en réaction à l’envolée des prix du gaz naturel.
Une hausse de plus de 300% au Maroc
Les agriculteurs marocains n’ont pas été épargnés par cette augmentation significative. "Les prix des engrais azotés ont également triplé au Maroc", affirme Ilyas Lakhdar, ingénieur agricole. "Par exemple, un quintal d’ammonitrate coûtait entre 350 et 370 DH. En février dernier, il a atteint les 1.500 DH. Il y a une semaine, son prix a quelque peu baissé pour s’établir à 1.100 DH. Mais encore faut-il le trouver !"
Echaudés par cette situation, des agriculteurs ont décidé de s’en passer. "Les engrais blends (NPK) se sont substitués aux engrais azotés", observe Ilyas Lakhdar.
Les engrais blends (NPK) apportent également les besoins nutritifs nécessaires à la croissance des plantes. Leurs prix n’ont pas connu une progression importante en raison de leur faible teneur en unités d’azote (15), en comparaison aux engrais azotés (33).
Mais cette alternative, qui permet d’atténuer a minima le manque d’azote dans les cultures, présente des inconvénients, notamment lors du tallage des céréales, un phénomène naturel qui permet d’obtenir plusieurs tiges à partir d’une seule. C’est la quatrième étape après les semis, la germination et la levée. Plus il y aura de talles, plus il y aura d’épis et de grains de blé.
"En utilisant les engrais azotés dans les cultures céréalières, une graine peut donner quatre ou cinq épis. En l’absence de ces intrants, le tallage n’est pas favorisé et la graine ne donne qu’un seul ou deux épis, même si les engrais blends sont épandus", explique notre interlocuteur. "Le calibrage des fruits est également impacté et leur taille a diminué", poursuit-il.
Quid de la prochaine campagne agricole ?
La Banque mondiale prévoit que les prix des engrais azotés demeurent élevés pendant une longue période. "Cette hausse risque de provoquer d’importantes baisses de rendements et d’amplifier la diminution de la production alimentaire et de sa qualité", complète la FAO.
Actuellement, la baisse des rendements est quelque peu atténuée par l’utilisation des engrais blends. L’indisponibilité des engrais azotés est quasiment passée au second plan à cause de la sécheresse qui sévit dans le pays. "L’efficacité des engrais azotés épandus à la surface du sol dépend de la pluie après leur apport", décrypte Ilyas Lakhdar.
"Cependant, si les conditions climatiques sont favorables lors de la prochaine campagne agricole, avec une bonne pluviométrie, l’absence d’engrais azotés à des prix abordables sera plus regrettable encore", conclut-il.
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.