Maroc, résilience, développement, priorités, humanité... Cinq questions à Jacques Attali
Au micro de Médias24, l’économiste Jacques Attali est revenu sur l’artificialisation de l’humain et sur des thèmes d’actualité comme la gestion de la crise Covid et les relations entre le Maroc et l’Algérie.
L’écrivain, économiste et haut fonctionnaire Jacques Attali était présent à la 2e édition de la Semaine de la science, organisée par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Le colloque central a été placé sous le thème "Transhumanisme : humain augmenté".
Son intervention a notamment porté sur l’éthique de l’artificialisation de l’humain. Dans un échange avec Médias24, il a également partagé sa lecture sur le rôle du Maroc dans la région et sa gestion de la pandémie.
L’un des pays ayant "le mieux géré la pandémie de Covid"
"Le Maroc et la Corée du Sud ont été les pays les plus exemplaires dans leur capacité à répondre à la pandémie, leur prudence et en matière d’innovation", a déclaré Jacques Attali, soulignant que le Royaume a été l’un des meilleurs gestionnaires de la pandémie au monde.
Le Maroc a vocation à être un leader africain ; leader de la francophonie et d’une société d’émergence, selon l’économiste. Dans ce sens, il a recommandé de lutter "contre la corruption, pour le maintien de la règle de droit de la justice sociale et pour une plus grande place accordée aux femmes". "Je trouve que le Maroc va dans la bonne direction", a-t-il souligné.
Selon lui, "beaucoup de choses dépendront à l’avenir de la relation du Maroc avec l’Algérie et de la capacité à créer un environnement de coopération". Et d’ajouter : "Il est tragique que le Maroc et l’Algérie ne s’épaulent pas mutuellement. Si cette situation perdure, le Maroc se développera vers le Sud et non vers l’Est. Ce sera bien plus dommage pour l’Algérie que pour le Maroc."
"L’humanité n’investit pas sur l’essentiel"
Dans un registre plus large, Jacques Attali estime que l’humanité a mis l’accent "sur ce qui permet de croître le plus vite possible, mais sans penser au long terme ni se préoccuper de l’impact que cela aura sur les générations futures".
"Nous consacrerions plus d’argent à l’éducation si l’on prenait en considération cet impact. L’humanité alloue environ 3,5% seulement de son PIB à ce domaine, c’est dérisoire", a-t-il déploré. "A l’échelle mondiale, de moins en moins d’argent est dépensé en faveur de la qualité de la nourriture, et finalement en faveur de l’essentiel", a ajouté l’économiste. "On se nourrit de poison", a-t-il alerté, soulignant que "l’espérance de vie était ainsi en train de diminuer".
"On consacre parallèlement plus d’argent aux distractions, à l’armement et aux énergies fossiles, c’est-à-dire à des choses moins prioritaires par rapport à la santé, l’éducation, l’alimentation saine et la démocratie", a-t-il constaté.
Le naturel presque entièrement mêlé à l’artificiel
Concernant son intervention sur l’éthique de l’artificialisation de l’humain, Jacques Attali a expliqué que "nous [étions] actuellement en train d’artificialiser l’humain dans le but d’atteindre une immortalité individuelle".
"Grâce aux artefacts, l’humain a multiplié ses moyens. En même temps, le naturel est aujourd’hui mêlé à l’artificiel. L’artificialisation de l’humain s’inscrit dans un processus qui a couplé à la fois l’artificialisation de la nature et l’accompagnement progressif de l’Homme par des artefacts, c’est-à-dire des moyens de nous nourrir, de nous vêtir et de nous transporter, mais aussi l’art, la musique, la littérature, la science, etc."
Pour atteindre "cet humain augmenté", des "progrès incroyables" ont été réalisés, a reconnu Jacques Attali, estimant que "la génétique [allait] pouvoir éliminer un grand nombre de maladies, ce qui va augmenter l’espérance de vie".
Et d’ajouter : "Les neurosciences vont permettre de dialoguer avec le cerveau pour améliorer l’apprentissage, la mémoire et la réaction de l’humain au stress. Cela sera utile pour la pratique de plusieurs métiers où le facteur stress est davantage présent."
Enfin, Jacques Attali a expliqué que pour éviter les risques liés à l’artificialisation de l’Homme, "il [fallait] cesser l’artificialisation des sols, réduire les conséquences de l’urbanisation et protéger la durabilité de l’agriculture. C’est grâce à l’éducation que l’on pourra avoir une population qui travaillera davantage dans l’intelligence au lieu de la matière".
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