img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
CULTURE

Rendez-vous culturel : le SIEL 2022 vu par Mohamed Tozy

À l’occasion de la 27e édition du Salon international de l’édition et du livre, Médias24 a interrogé plusieurs intellectuels, comme Mohamed Tozy, sur leur perception de ce rendez-vous culturel. Critique, le chercheur n’hésite pas à dénoncer un glissement, depuis quelques années, du SIEL vers une foire du livre qui dénature sa vocation première de lieu d’exposition du savoir.

Rendez-vous culturel : le SIEL 2022 vu par Mohamed Tozy
Par
Le 9 juin 2022 à 18h19 | Modifié 10 juin 2022 à 16h15

Habitué à analyser les phénomènes sociaux, l'universitaire a décortiqué pour Médias24 l’évolution du Salon international de l’édition et du livre, en revenant sur les trois périodes qui ont marqué son histoire depuis sa création en 1995.

Les années 2000 marquées par un raz-de-marée de littérature islamiste

Régulièrement invité au SIEL comme conférencier ou pour ses écrits, Mohamed Tozy se souvient d’un lieu marqué à ses débuts par des luttes idéologiques avec un véritable raz-de-marée de livres islamistes, parrainés par une Arabie Saoudite qui pesait de tout son poids pour inonder le marché de littérature de type wahhabite.

Fortement relayé par des intervenants locaux, le phénomène avait d'ailleurs, selon lui, pris une telle ampleur que le ministre de la Culture de l’alternance, Mohammed Achaari, avait décidé de ne laisser exposer que des publications récentes avec l’objectif assumé que le SIEL garde sa vocation de salon et ne devienne pas une foire aux livres.

Une réaction qui aurait généré une passe d’armes entre des acteurs qui s’affrontaient autour d’un enjeu idéologique sur la place de la littérature islamiste au SIEL, et qui perdure encore aujourd'hui avec moins d'intensité.

Une brève période où le SIEL a été un véritable salon

Dans un deuxième momentum, le salon avait brièvement évolué pour se transformer en un espace de rencontre entre les écrivains et les éditeurs où le grand public pouvait découvrir les nouveautés littéraires, d'histoire, de sciences humaines, universitaires...

Un lieu de culture et d’échanges intellectuels qui n’aurait pas duré, en raison d’un mélange des genres qui a fini par fausser la vocation d'un salon où l’interaction entre écrivains, éditeurs, libraires et public aurait dû être la norme.

Plus récemment, notamment sous l’impulsion du CNDH et du CCME, le salon est devenu l’occasion pour différentes institutions publiques, voire gouvernementales, d’aller à la rencontre des administrés par le biais de stands, avec des publications visant à promouvoir un certain nombre de causes.

Certains exposants publics n’ont pas leur place dans ce lieu de culture

Cette ouverture a permis à un grand nombre d’administrations d’être présentes, au point que les stands d'institutions représentent désormais plus de 50% de l’espace du salon.

Au risque, selon Tozy, de perturber l’équilibre entre les institutions qui effectuent un véritable travail d’édition (CNDH, CCME, Habous…) et celles qui se limitent à faire de la promotion gouvernementale dans un lieu dont ce n’est pas la vocation.

Déplorant ces arrivées massives qui ont changé l’identité du salon, le politologue n’a pas hésité à le qualifier, à l’instar de l’intellectuel Driss Khrouz dans un récent article, de foire aux livres certes utile pour un certain public, mais qui n’a plus rien à voir avec l’esprit d’un salon des nouveautés du savoir.

Multiplier les salons dans chaque région du Royaume

En réalité, le dépassement actuel du rôle historique d’un salon, transformé depuis quelques années en foire, cacherait une demande très forte du public qui doit être satisfaite autrement par le ministère de la Culture, à travers une diversification des formats de rencontre.

Souhaitant dépasser la polémique sur l’éventuel déménagement à Rabat du SIEL, historiquement casablancais, l’intellectuel plaide pour une multiplication des salons à l’échelle nationale, en invitant chacune des douze régions du Maroc à participer à leur organisation et financement aux côtés du ministère.

L’occasion pour lui de rappeler la brève existence d’un « très beau Salon du livre à Tanger » porté par des libraires de bonne volonté, qui se distinguait de ce que Tozy appelle "la culture du moussem".

Dépasser le côté moussem qui transforme le SIEL en foire

Très critique sur « l’organisation kafkaïenne » du SIEL, Tozy dénonce pêle-mêle une insonorisation absente, une signalétique approximative, des groupes d’enfants qui n’ont rien à faire dans certains stands réservés aux adultes…

Le tout donnant l’impression d’être dans une foire ou dans un moussem, avec un mélange de publics inopportun dans un événement culturel de cette importance.

Se défendant d’être élitiste, Tozy reconnaît que le SIEL a évolué en termes de design et d’engouement du public, mais que sa vocation professionnelle ne doit plus être contaminée par une promotion propre aux foires ; celles-ci ont toute leur place dans la vie culturelle du Maroc, mais dans un endroit distinct.

En conclusion, l’intellectuel indique que la balle est dans le camp du ministère et des régions ; car si les foires ont également leur raison d'être pour un certain public, les autorités doivent faire en sorte de pérenniser les salons qui permettent de garder le contact physique avec les écrits exposés.

Sur le même thème :

Rendez-vous culturel: Le SIEL 2022 de Driss Khrouz

Rendez-vous culturel : le SIEL 2022 de Driss El Yazami

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : Mohamed Tozy
Par
Le 9 juin 2022 à 18h19

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité