Ce que l’on sait du suicide du médecin résident Yassine Rachid
Cet étudiant en chirurgie urologique a été retrouvé mort le jeudi 25 août à son domicile à Chartres, en France. Des investigations au CHU Ibn Rochd sont en cours. La famille du défunt annonce qu'elle va porter plainte.
Yassine Rachid était médecin résident au service urologie du CHU Ibn Rochd à Casablanca. Depuis mai 2022, il effectuait un stage de spécialité en chirurgie urologique à l'hôpital Louis Pasteur à Chartres, en France.
Selon l'un de ses collègues de stage joint par Médias24, le corps de cet étudiant de 32 ans a été retrouvé sans vie à son domicile, dans la journée du jeudi 26 août 2022. Selon les premières constatations du médecin interne qui l'a découvert, son suicide remontait à 48 heures. Les funérailles de Yassine Rachid ont eu lieu vendredi 2 septembre à Casablanca.
Le lendemain du drame, “la faculté de médecine de Tours, dont Yassine Rachid dépendait pendant son stage, a ouvert une enquête sur les causes de son décès”, révèle notre source. L'hôpital Louis Pasteur a également mis en place une cellule d'écoute pour soutenir les collègues du défunt et s'assurer que son stage s'est déroulé dans de bonnes conditions”, ajoute-t-elle. De son côté, le directeur de l'hôpital Louis Pasteur, contacté par notre rédaction, nous a décrit “un jeune homme sans problème et apprécié de tous ses collègues”.
Sur les réseaux sociaux, le décès de Yassine Rachid a provoqué colère et indignation. Des internautes ont immédiatement fait référence à des accusations de harcèlement subi par l'étudiant et qui, selon eux, l'ont conduit à mettre fin à ses jours. D'après ces témoignages, le jeune homme était “harcelé quotidiennement” par l'un de ses supérieurs hiérarchiques à l'hôpital Ibn Rochd. C'est pour fuir ces abus qu'il a selon eux décidé d'effectuer en France son stage de spécialité en chirurgie urologique.
La famille du défunt, quant à elle, accuse un employé du CHU Ibn Rochd d'avoir poussé leur fils au suicide. Dans un communiqué diffusé par le frère de Yassine Rachid et reçu par Médias24, la famille annonce qu'elle usera des moyens juridiques et administratifs à sa disposition pour faire toute la lumière sur les causes de ce drame.
Pression au quotidien, des cas de harcèlement ?
De son côté, la Commission nationale des médecins internes et résidents (CNIR) appelle à l'ouverture d'une enquête. “Nous n'accusons personne. Nous appelons simplement à l'ouverture d’une enquête approfondie sur les conditions et les causes de la mort de Yassine Rachid”, déclare à Médias24 Abdessamad Ait Brik, vice-président de la CNIR.
Dans un communiqué conjoint daté du lundi 5 septembre, le CNIR et la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie (CNEMEP), évoquent “certaines pratiques intimidantes et provocatrices subies par les étudiants en médecine sur leurs lieux de travail et de formation”. Le comportement critiquable de certains mandarins des hôpitaux publics est une réalité dans tous les pays du monde.
D'après l'une des sources sollicitées par Médias24, Yassine Rachid aurait pu avoir d'autres raisons, médicales, de se suicider.
Pour l'heure, il n'y a pas de lien formellement établi entre le décès de Yassine Rachid et le harcèlement dont il aurait été victime. Son suicide a délié les langues, et un mouvement de dénonciation des conditions de travail s'en est ensuivi avec des témoignages parfois poignants. Quel qu'en soit le motif, ce suicide aura levé le voile sur une réalité méconnue : le harcèlement professionnel dans la santé publique.
Cette problématique n'est pas spécifique au Maroc. Selon une enquête réalisée au Canada, “33% des médecins résidents sondés ont admis avoir eu des idées suicidaires pendant leur résidence, 18% ont avoué qu’ils avaient planifié la façon dont ils mettraient fin à leurs jours et 2,9% ont fait une tentative de suicide pendant leur résidence”.
Selon nos informations, le ministère de la Santé a lancé des investigations pour déterminer les circonstances qui ont conduit Yassine Rachid à mettre fin à ses jours. Ce mercredi 7 septembre, les étudiants en médecine, médecins internes et résidents au Maroc tiendront un sit-in en hommage à leur confrère dans tous les hôpitaux universitaires du pays.
À découvrir
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.