Désignation de Liz Truss : “Une opportunité pour le Maroc” selon d'anciens diplomates
Après l’élection de Liz Truss à la tête du parti conservateur qui fait d'elle la nouvelle Première ministre de Grande-Bretagne, Médias24 a sollicité la lecture de deux anciens diplomates. Ils s’accordent sur le fait que cette désignation pourrait constituer à terme une véritable opportunité pour le Maroc afin de faire évoluer ses échanges commerciaux bilatéraux et la position du Royaume Uni sur la cause nationale.
Le changement à la tête du gouvernement britannique est perçu par plusieurs diplomates comme une occasion unique de l'orienter sur les traces des Etats-Unis, ou a minima sur celles de l’Espagne ou de l’Allemagne.
Deux années de continuité politique pour activer les réseaux marocains et opérer un rapprochement plus fort
Souscrivant à cette nouvelle approche assumée, Abdeslam Aboudrar, ancien ambassadeur du Maroc en Grande-Bretagne (2016-2021) nous confie que la désignation de cette proche de Boris Johnson pour lui succéder va s’inscrire dans la continuité en termes de politique étrangère, et notamment d’échanges commerciaux après la signature d’un accord d’association entre les deux pays, fin 2019.
« Si sa priorité sera certainement plus orientée vers les dossiers économiques, il convient de préparer le terrain et d’entamer des actions concrètes pour faire en sorte que ses deux années au pouvoir, avant les législatives de 2024, deviennent une vraie opportunité pour les intérêts marocains, aussi bien pour booster ses échanges économiques post-Brexit que sur la question du Sahara marocain.
« En effet, au début d’un changement de dirigeant, il y a toujours un potentiel à exploiter mais en réalité, c’est l’action qui sera entreprise par l’une des parties, en l’occurrence le Maroc, qui fera d’un changement une opportunité », explique le diplomate.
Un nécessaire travail de sensibilisation pour faire évoluer le Royaume-Uni sur la question du Sahara
Selon lui, les actions devront être menées en direction de Westminster (parlement), du gouvernement, des partis politiques, de la société civile et des médias, mais ce travail devra se faire aussi bien au Maroc qu'en Grande-Bretagne.
Tout en préférant rester prudent sur une évolution rapide de la position du nouveau gouvernement de Liz Truss sur la cause nationale, Aboudrar pense que le maintien au pouvoir du parti conservateur des Tories est une opportunité, sachant que l’opposition travailliste est idéologiquement plus marquée à gauche.
Le contexte international incite à se tourner vers le monde anglo-saxon
Même optimisme chez Ahmed Faouzi, ex-ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire et diplomate à Londres pendant huit ans, pour qui l’élection, puis la désignation de Liz Truss comme Première ministre est « un événement qui va dans le sens de l’évolution diplomatique du Maroc et du monde ».
« Entre le Brexit qui constitue une belle opportunité pour le Maroc de développer ses marchés avec le marché anglais et la détérioration des relations entre le Maroc et la France, le temps est venu de renforcer nos liens politiques avec la Grande-Bretagne », préconise l’ex-chargé d’affaires à Londres.
Sachant que le Royaume-Uni a un régime parlementaire, il convient, selon lui, de développer en priorité des visites des élus marocains et britanniques dans les deux sens pour essayer d’étendre son influence.
Une dirigeante qui n'hésite pas à faire évoluer certaines de ses positions politiques
« Signataire de l’accord d’association avec son homologue Nasser Bourita, Truss connaît bien le dossier du Sahara marocain, abordé lors de leurs discussions, et pourra donc jouer un rôle important dans l’évolution de la position britannique en faisant reconnaître, dans un premier temps, par son Parlement que la solution marocaine de l’autonomie est le seul moyen de résoudre le conflit.
« En effet, bien qu’issue d’une famille de gauche, elle a rejoint dans les années 1990 les Tories qui sont au pouvoir depuis douze ans, et a également su faire évoluer sa position sur l’Europe, en défendant d’abord l’intégration européenne avant de voter pour la sortie de la Grande-Bretagne du marché de l’Union européenne », explique Faouzi. Il ajoute que la balle est dans le camp du Maroc pour engager ce partenaire à s'aligner sur la position de son allié américain ou a minima sur celles de l’Espagne ou de l’Allemagne.
Un Brexit qui profitera au Maroc
« Sur la question nationale, c’est d’autant plus une belle opportunité pour convaincre ce membre du Conseil de sécurité quand on sait que le Brexit a permis au Royaume-Uni de se libérer de Bruxelles qui décidait de toutes les orientations diplomatiques de ses membres.
« Idem pour nos échanges commerciaux qui profiteront de la sortie de ce partenaire de la lourdeur administrative au sein de l’Union européenne », conclut Faouzi. D'après l'ancien diplomate, l’avenir passera nécessairement par un renforcement des liens avec le monde anglo-saxon, par-delà la galaxie francophone qui se sent de plus en plus menacée par les succès économiques du Maroc en Afrique.
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