Dépréciation du dirham, cours de change : les explications de Bank Al-Maghrib
Notre article sur la cherté actuelle des devises par rapport au dirham, en comparaison avec la même période de l’année dernière où le marché évoluait dans des conditions de liquidité similaires, a fait réagir la Banque centrale. Le responsable par intérim de la Direction des opérations monétaires et de change à Bank Al-Maghrib nous apporte des explications complémentaires pour mieux éclairer le marché et l’opinion publique.
Dans un article publié le mardi 21 septembre, Médias24 a fait la lumière sur la situation du marché de change et la dépréciation du dirham par rapport au dollar et à l’euro.
Nous notions précisément le décalage de 3% à 4% qui est affiché actuellement entre les prix pratiqués par les banques et le cours de référence de la Banque centrale. Une situation qui suscite des interrogations auprès des acteurs économiques, qui ne comprennent pas comment les banques peuvent traiter à ces niveaux de prix alors que leur position de change est pratiquement la même que celle de l’année dernière.
A la même période de septembre 2021, les banques avaient une position de change similaire, mais elles pratiquaient une décote aux alentours de 4,90% par rapport au cours de référence de Bank Al-Maghrib.
Après la publication de notre article, la Banque centrale a réagi à cette problématique qui inquiète les opérateurs. Dans un échange avec Médias24, Younes Issami, responsable par intérim de la Direction des opérations monétaires et de change à Bank Al-Maghrib, a précisé que “le décalage du prix (décote/surcote) dont on parle n’est pas en rapport avec le cours de référence, ou ce que l’on appelle le cours virement de Bank Al-Maghrib, mais par rapport au cours central de la bande de fluctuation du dirham”.
Il y a une différence entre le cours central et le cours de référence. “Le cours central de la bande de fluctuation est déterminé à partir du panier de devises composé de l’euro et du dollar américain à hauteur, respectivement, de 60% et 40%, selon la formule publiée sur le site de la Banque. Ce cours central est écarté de 5% de part et d’autre pour fixer quotidiennement, à l’ouverture du marché, les cours limites de la bande de fluctuation du dirham contre le dollar américain (USD/MAD). Bank Al-Maghrib impose aux intervenants sur le marché de change de réaliser toutes leurs opérations à l’intérieur de cette bande”, explique notre interlocuteur.
“Quant au cours de référence, il est calculé sur la base des cotations des banques ‘teneurs de marché’ (Market Makers) sur le marché interbancaire, et ce, selon la méthodologie fixée par Bank Al-Maghrib et publiée sur son site internet. Il s’agit d’un cours de change moyen qui est publié à 12h30, et qui sert à la valorisation des avoirs et engagements en devise des banques. L’écart entre le cours de référence et le cours central peut évoluer entre -5% et +5%, en fonction des conditions de liquidité sur le marché et des anticipations des intervenants”, ajoute Younes Issami.
Les banques ne font pas des marges de 3% à 4%, selon Bank Al-Maghrib
Ainsi, cet écart actuel (3% à 4%) ne correspond pas à la marge que dégagent les banques sur leurs opérations de change avec la clientèle. Selon les explications de Younes Issami, “cette marge correspond plutôt à la différence entre le cours de change appliqué par la banque à son client et le cours de référence de Bank Al-Maghrib. Autrement dit, pour calculer le gain ou la perte de change, les banques se basent sur le cours de référence et non sur le cours central. Si une banque vend au cours de référence, elle ne gagne rien donc. Le gain de la banque correspond à la différence entre le cours de vente et le cours de référence”.
Et d’ajouter que Bank Al-Maghrib assure, depuis le début de la réforme, un suivi rigoureux et quotidien des conditions appliquées aux opérations de change de la clientèle, en particulier les TPME et les particuliers. Il en ressort que la majorité des transactions sont réalisées à des niveaux proches du cours de référence de Bank Al-Maghrib, d'après notre source.
Cette précision apportée par Younes Issami sur la différence entre le cours de référence et le cours central lève ainsi une éventuelle confusion du fait que les banques réalisent des marges élevées sur le change.
Dépréciation du dirham : Bank Al-Maghrib prête à intervenir en cas de resserrement des conditions de liquidité
Reste la question des prix élevés des devises ou de la dépréciation du dirham, alors que la position de change des banques est pratiquement la même que celle de l’année dernière. Une période où le dirham était plutôt proche de la bande inférieure…
Là, notre responsable confirme que le dirham s’est récemment déprécié, particulièrement contre le dollar américain. Et explique cette situation par le creusement du déficit de la balance commerciale, lié à la nette augmentation des importations, notamment énergétiques et céréalières qui ont plus que doublé, en raison du renchérissement des cours des matières premières consécutif au déclenchement de la guerre en Ukraine.
“Le contexte n’est pas le même que l’année dernière. Tout d’abord, la position de change des banques est inférieure au niveau enregistré un an auparavant. Aussi, il ne faut pas oublier l’impact des flux futurs anticipés et intégrés par les opérateurs dans les cours de change, comme les opérations importantes de rapatriement de dividendes (Maroc Telecom, Taqa) et de cession de participation étrangère à des résidents (rachat par Holmarcom des parts du français Crédit Agricole dans le Crédit du Maroc)”, signale notre source de la Banque centrale.
“L’ensemble de ces éléments explique l’évolution récente du dirham, qui continue d’évoluer à l’intérieur de la bande de fluctuation sans besoin d’intervention de la Banque centrale. Toutefois, dans le cas d’un resserrement inattendu des conditions de liquidité conduisant le dirham à se déprécier davantage et à traiter à un niveau proche de la borne supérieure de la bande, Bank Al-Maghrib est prête à activer ses interventions sur le marché de change (adjudications de vente de devises) en vue de fournir la liquidité nécessaire au marché”, précise enfin Younes Issami.
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