Le Trésor va mobiliser 1,1 milliard de dollars de DTS auprès de Bank Al-Maghrib
EXCLUSIF. La direction du Trésor va signer une convention avec la Banque centrale pour la conversion des droits de tirages spéciaux alloués par le FMI au Maroc, nous apprend une source sûre. Le montant concerné est de 1,1 milliard de dollars, soit l’équivalent de 13 milliards de dirhams au cours de change actuel. Ce financement n’exclut pas l’option d’une sortie à l’international, qui reste toujours posée sur la table.
- Une convention a été signée entre le Trésor et la Banque centrale pour la conversion des droits de tirages spéciaux (DTS) alloués par le FMI au Maroc.
- 1,1 milliard de dollars sera mobilisé, soit l’équivalent de 13 milliards de dirhams au cours de change actuel.
- Le Trésor paiera 2% pour cette "levée" de 13 milliards de dirhams.
Pour endiguer les effets de la crise du Covid-19, le FMI avait émis en 2021 des droits de tirages spéciaux (DTS) d’un montant global de 650 milliards de dollars. Le Maroc dispose de 1,2 milliard de dollars, sa quote-part au FMI étant de 0,19%.
Le 27 août 2021, ce montant a été inscrit officiellement dans le bilan de Bank Al-Maghrib, comptabilisé en tant que réserves internationales en renforcement des réserves en devises du pays.
Selon le FMI, ces DTS ont deux usages : ils peuvent servir de réserves de change en cas de crise de la balance des paiements, comme ils peuvent être convertis en monnaie locale pour donner plus d’espace budgétaire aux gouvernements.
Le wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a rappelé ce mardi 27 septembre, lors de la conférence qui a suivi le Conseil de Bank Al-Maghrib, que rien ne s’opposait à ce que le Trésor mobilise ces DTS pour financer ses besoins.
Une source sûre au sein du gouvernement nous confirme que cette conversion est non seulement plausible, mais qu’elle se prépare d’ores et déjà. Une convention est en cours de discussion avec la Banque centrale pour que la transaction puisse se faire. Son closing est imminent, nous révèle notre source.
1,1 milliard de dollars pour un taux de 2% !
Concrètement, Bank Al-Maghrib procèdera, dès la finalisation des détails juridiques et administratifs, à un virement pour le compte du Trésor équivalent à 1,1 milliard de dollars. Il s’agit du stock global restant dans le bilan de la Banque centrale, celle-ci ayant déjà utilisé une petite part pour alléger sa dette auprès du FMI, comme le montrent les données du FMI relatives à l'usage fait de ces DTS depuis leur émission.
Au sein du Trésor comme à Bank Al-Maghrib, on ignore comment sera comptabilisée l’opération au niveau des comptes publics : dette publique ? dette auprès de Bank Al-Maghrib ? Rien n'est encore clair.
Mais une chose est sûre : cette opération ne se fera pas sans coût pour l’Etat marocain. Comme le stipulent les règles du FMI, la conversion des DTS par les banques centrales en monnaie pour quelque usage que ce soit lance automatiquement la machine à intérêt au profit du FMI.
"La détention de ces DTS n'entraîne pas de coût puisque l’actif et le passif portent le même taux d’intérêt, contrairement à leur utilisation qui dissocie l’actif du passif. Lorsque le montant des DTS détenus devient, en raison de leur usage, inférieur à l’allocation primitive, l’État doit payer au FMI un intérêt sur cette différence", explique Bruno Cabrillac, directeur général adjoint des Études et des relations internationales à la Banque de France, dans un récent policy brief de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international.
Et ce taux d’intérêt, comme l’explique l’expert français, est une moyenne pondérée des taux d’intérêt des dettes publiques à trois mois des États dont la monnaie figure dans le panier définissant le DTS : le yuan chinois, le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Ce taux est calculé quotidiennement par le FMI en fonction des évolutions du marché.
Selon notre source marocaine, ce taux est actuellement de 2%. Le Trésor paiera donc 2% pour cette "levée" de 13 milliards de dirhams ! Une très belle opération…
La sortie à l’internationale toujours d’actualité
À noter que le Maroc est l'un des derniers pays africains à avoir eu recours à cette conversion de DTS pour les besoins du financement du Budget. Selon les données du FMI, tous les pays du continent ont déjà utilisé une partie ou la totalité des DTS qui leur ont été alloués par le FMI pour financer leur déficit budgétaire, rembourser leur dette ou renforcer leurs réserves de change pour protéger leur monnaie nationale et contrer les poussées inflationnistes.
Cette opération, qui sera bouclée dans les prochains jours, ne résorbera pas toutefois tout le besoin en financement extérieur du Trésor qui peut atteindre selon la Loi de Finances à l’équivalent de 40 milliards de dirhams.
Dans la loi de finances 2022, le gouvernement planchait sur une levée à l’international de l’ordre de 4 milliards de dollars. Cette sortie est toujours d’actualité, nous confie notre source.
"C’est une question d’opportunité. Le Trésor est prêt, et ses banques conseil attendent le bon timing pour sortir sur le marché. Si une fenêtre intéressante se présente, le Maroc fera sa levée, sinon, le Trésor a d’autres alternatives. Nous n’avons pas le couteau sous la gorge", indique notre source.
Jouahri l’avait également souligné au cours de sa conférence de presse : les fenêtres de sortie deviennent très rares au vu de la hausse généralisée des taux sur les marchés de la dette, résultant du relèvement des taux directeurs de la FED et de la BCE. Et le Trésor a la possibilité de mobiliser des financements bilatéraux ou auprès d’organismes internationaux, en plus de l’option de conversion des DTS ou de tirage sur la ligne de précaution et de liquidité (LPL).
Le Trésor est d’ailleurs sur tous les fronts, nous confie notre source.
Le Maroc avait mobilisé en 2020 cette ligne de précaution de 3 milliards d’euros, en pleine période de pandémie, pour prévenir un choc sur la balance des paiements. Le fait que le choc ne se soit pas produit a incité le Maroc à rembourser 1 milliard d’euros par anticipation. Pour l’instant, les 2 milliards d’euros restants sont toujours déposés chez Bank Al-Maghrib, mais le Trésor ne les utilisera pas.
"La LPL, l’Etat la garde pour les temps difficiles. C’est comme une sorte d’assurance, un outil de gestion du risque. Notre besoin de financement actuel est ordinaire, et le pays dispose d’un matelas de devises très confortable qui couvre plus de six mois d’importation. La situation ne nécessite pas le recours à des tirages sur la LPL", conclut notre source.
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