Voici une analyse des barrages concernés par la suspension de l’irrigation
Récemment annoncée par le ministère de l’Agriculture, la suspension de l’irrigation à partir des barrages dans plusieurs régions agricoles concerne 11 édifices dont les réserves s’établissent à 557,5 millions de mètres cubes, sur une capacité de stockage de 6,2 milliards de mètres cubes. L’équivalent d’un taux de remplissage moyen d’environ 9%.
À la Chambre des représentants, ce lundi 1er octobre, le ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, a annoncé une suspension de l’irrigation à partir des barrages dans plusieurs régions agricoles du Royaume, tant que la situation hydriques des barrages ne se sera pas améliorée.
Les provinces de Tadla, Al Haouz et Doukkala sont concernées, au même titre que la zone agricole d’Issen à Souss-Massa, et les plantations de Drâa-Tafilalet. Bien que des autorisations seront accordées pour le pompage, les productions végétales de ces régions risquent d’être impactées par cette décision.
À l’origine de la suspension, la nécessité de préserver les ressources hydriques disponibles pour l’alimentation en eau potable. Elle n’est pas sans rappeler la suspension de la dotation à l’irrigation de 150 Mm³, destinée aux palmeraies de Drâa-Tafilalet, lors de la campagne agricole 2021-2022.
Ce jeudi 3 novembre 2022, les ressources hydriques des 11 barrages concernés sont de 557,5 millions de mètres cubes (Mm³) sur une capacité de stockage de 6,2 milliards de mètres cubes (MMm³), soit un taux de remplissage moyen de 8,9%.
Certes, parmi ces barrages, certains ont un taux de remplissage au-delà de 30%, comme le barrage Yacoub el Mansour, mais leur capacité de stockage est faible. En revanche, les réserves des plus grands édifices sont quasiment à sec, si l’on compte l’envasement moyen compris entre 20% et 30% du taux de remplissage. Détails.
Al Massira
La plus grande retenue d’eau artificielle concernée par la suspension de l’irrigation est celle d’Al Massira. D’une capacité de stockage de 2,6 MMm³, son taux de remplissage est préoccupant : il dépasse à peine les 4%, dont une grande majorité composée d’eau envasée et inexploitable.
Ce barrage est d’une grande importance pour l’irrigation des cultures de la province de Doukkala, dont la monographie agricole est composée des cultures sucrière (betterave à sucre), fourragère et céréalière, de la production de légumineuses et de maraîchage.
Bin el Ouidane
Les retenues d’eau du barrage de Bin el Ouidane sont également préoccupantes. Actuellement, ses réserves théoriquement sont de 98,9 Mm³ (8,1%) sur une capacité de stockage de 1,2 MMm³. En temps normal, il irrigue la plaine de Tadla où la production végétale est très riche : sésame, caroubier, niora, pommier, amandier, grenadier, betterave à sucre, agrumes, olivier et céréales.
La province d’Al Haouz profite également des eaux de Bin el Ouidane. Une province où les arbres fruitiers sont abondants (olivier, abricotier), accompagnés de quelques champs de multiplication semencières.
Ahmed el Hansali
Mis en service en 2022, le barrage Ahmed el Hansali est d’une importance capitale pour deux provinces : Tadla et Doukkala. Sauf que ces ressources hydriques ne permettent plus l’irrigation des champs agricoles. En effet, sur une capacité de stockage de 668,2 Mm³, le barrage Ahmed el Hansali ne dispose que d’un total de 65,3 Mm³ (9,8%).
El Mansour Eddahbi
Cet immense barrage hydraulique, situé sur l’oued Drâa, possède une capacité de stockage de 445,3 Mm³, mais il est vide à près de 90% car ces réserves ne dépassent pas 60,8 Mm³. Des chiffres inquiétants car ses eaux sont décisives pour la bonne tenue des cultures de la région Drâa Tafilalet (dattes, pommes, amandes, olives, céréales, safran).
Hassan Eddakhil
L’agriculture dans la région de Drâa-Tafilalet est également dépendante du barrage Hassan Eddakhil. D’une capacité de 312,8 Mm³, ces ressources hydriques sont de l’ordre de 70 Mm³, soit 13,7%. Face à cette pénurie d’eau, la bonne tenue des cultures précitées pourrait en souffrir et avoir pour conséquence une perte de rendement, à l’image de la production de dattes pour la campagne agricole 2021-2022.
Sultan Moulay Ali Cherif
Les réserves de ce barrage, dont la capacité de stockage est de 280,2 Mm³, ne dépassent pas les 66,3 Mm³ (23,7%). Si la suspension de l’irrigation à partir des ressources de l’édifice est compréhensible au regard de la faiblesse de ses réserves, elle pourrait également avoir des répercussions sur la production agricole dans la région Drâa-Tafilalet.
Hassan Ier
Situé au nord-est de Demnate sur la rivière Lakhdar, dans la province d’Azilal, le barrage Hassan Ier irrigue la province d’Al Haouz. Mais il ne dispose plus que de 29,2 Mm³ sur une capacité de stockage de 236 Mm³, soit un taux de remplissage de 12,4%.
Abdelmoumen
Le barrage Abdelmoumen, d’une capacité de retenue totale de 198,4 Mm³, est déterminant pour l’irrigation des diverses cultures de la province de Taroudant. En l’occurrence, l’arganier, l’huile d’olive, les agrumes (oranges, clémentines…) et le safran.
Or, en comptant l’envasement, ses réserves actuelles (4,7 Mm³, 2,4%) pourraient ne pas suffire à répondre encore longtemps à la demande en eau potable des populations avoisinantes.
Moulay Youssef
D’une capacité de stockage de 142,8 Mm³, le taux de remplissage de ce barrage n’est que de 11,3% (16,1 Mm³). La suspension de l’irrigation à partir de cette retenue d’eau va mettre davantage en péril la production agricole dans la province d’Al Haouz.
Lalla Takerkoust
C’est la plus petite retenue d’eau artificielle (53 Mm³) concernée par la suspension de l’irrigation décidée par le ministère de l’Agriculture. Une partie de ses réserves est également destinée à l’irrigation des plantations de la province d’Al Haouz, mais difficile de prétendre à une irrigation suffisante avec seulement 10,8 Mm³ (20,3%).
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