img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
EVENEMENTS

Entrepreneuriat féminin : interview croisée avec Leïla Doukali et Marie-Christine Oghly

CONGRÈS MONDIAL DES CHEFFES D’ENTREPRISES À MARRAKECH. Médias24 part à la rencontre de Leïla Doukali et de Marie-Christine Oghly, les deux initiatrices du 69e Congrès mondial des femmes cheffes d’entreprises à Marrakech. Dans cette interview, elles livrent leurs idées concernant l’entrepreneuriat féminin, au Maroc et dans le monde.

Entrepreneuriat féminin : interview croisée avec Leïla Doukali et Marie-Christine Oghly
Par
Le 4 novembre 2022 à 13h13 | Modifié 4 novembre 2022 à 15h01

MARRAKECH - Le 69e congrès des femmes cheffes d'entreprises mondiales (FCEM) s'est ouvert le mercredi 2 novembre, à Marrakech. Co-organisé par l'Association des femmes cheffes d'entreprises du Maroc (AFEM), il s'étend sur trois jours et comprend des conférences, panels, séances de networking B2B et, pour la première fois, un village Expo.

Médias24 a rencontré les présidentes de ces deux associations, respectivement Marie-Christine Oghly et Leïla Doukali, pour une interview croisée dans laquelle elles reviennent sur l'importance de cet événement et sur les défis et enjeux de l'entrepreneuriat féminin.

Médias24 : Pouvez-vous présenter la FCEM pour celles et ceux qui ne la connaissent pas ?

Marie-Christine Oghly : Il s’agit de l’Association mondiale des femmes cheffes d’entreprises qui a été créée en France en 1945 et est devenue mondiale en 1957. Aujourd’hui, elle regroupe environ 120 pays. Elle recense plus d’un million de membres et représente plusieurs dizaines de millions de femmes cheffes d’entreprises dans le monde.

Notre but, c’est bien entendu de pouvoir développer nos entreprises, nos affaires ; c’est l’un des premiers objectifs. Mais nous visons aussi à faire du lobbying auprès des différents gouvernements et ONG. Nous sommes également membres observateurs à l’ONU et faisons partie de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (l’UNIDO, ndlr) et du Parlement européen à Strasbourg, où l’on a un siège au niveau des ONG.

Le but premier, c’est le business. Mais nous sommes aussi des femmes cheffes d’entreprises qui avons réussi. On veut donc aussi aider les autres, en l’occurrence celles qui n’ont pas encore eu la possibilité de créer une entreprise ou qui n’ont pas encore le réseau pour développer leurs activités. On les accompagne avec du mentorat.

Dernièrement, nous avons décidé d’aller à la recherche de structures de type ONG caritatives, celles qui ont pour but d’aider les femmes à entreprendre et à vendre. Il y aura d’ailleurs un stand dans le cadre de l’Expo dédié à une ONG qui réunit des femmes qui font de la couture et vendent des tenues berbères qu’elles produisent elles-mêmes. C’est quelque chose que l’on développe dans les pays d’Amérique latine ou sur le continent africain. On recherche ce type de partenariat pour pouvoir les aider à grandir et à devenir de véritables entreprises.

- Pourquoi avoir choisi le Maroc pour ce 69e congrès ?

Marie-Christine Oghly : D’abord, nous sommes une association d’origine française et il y a des liens très forts entre le Maroc et la France. Nous avons déjà tenu un congrès au Maroc et tout le monde en a gardé un bon souvenir. Puis on s’est dit qu’après le Covid, il était important d’être sur le continent africain.

On a regardé quels étaient les pays qui pourraient nous accueillir. Leïla m’a contactée pour me dire qu’elle souhaitait organiser le congrès. Au départ, on devait aller en Argentine, or il y avait une très forte inflation et une instabilité politique. J’ai donc dit à Leïla : prépare ton dossier quand même et peut-être que tu auras la chance de le présenter. Finalement, l’Argentine n’était plus prête à accueillir ce congrès ; le choix a donc été porté sur le Maroc. Et puis Marrakech est une ville magique !

Leïla Doukali : L’Association des femmes cheffes d’entreprises du Maroc que je préside est membre des Femmes cheffes d’entreprises mondiales. Quelque temps avant le congrès de l’année dernière, celui d’Istanbul, qui s’était déroulé à la sortie de la crise du Covid, j’avais demandé à ce que le congrès suivant soit organisé au Maroc. On m’a dit qu’il y avait d’autres pays comme l’Argentine, le Costa Rica et l’Algérie qui étaient également intéressés. Et finalement, lors de ce congrès d’Istanbul, le Maroc a été sélectionné.

- Quelle est l’importance de cet événement ?

Leïla Doukali : En tant que femmes, nous avons besoin de nous retrouver entre nous et d'apprendre les unes des autres. Le congrès, ce sont des femmes issues des cinq continents qui échangent sur les bonnes pratiques et le business, et qui font aussi du networking pour pouvoir travailler à l’export.

Cette année, en plus des plénières et des rencontres B2B, nous avons choisi d’organiser une exposition en marge du congrès. Nous avons réellement souhaité mettre en avant le potentiel des femmes marocaines, qui vont pouvoir exposer leurs produits à des participantes en provenance du monde entier.

Le Maroc est orienté vers une politique d’export parce que nous avons un savoir-faire et une expertise en la matière. L’AFEM est mobilisée aux côtés de son pays pour donner de la visibilité à tous ces produits-là.

- Ce sont les membres de l’AFEM qui y exposent ?

Leïla Doukali : L’Expo est ouverte à toutes les femmes marocaines, membres ou non de l’AFEM ; toutes celles qui ont entendu parler de cette opportunité, parce qu’on avait beaucoup communiqué. Bien entendu, une sélection a été effectuée parce qu’il a fallu mettre en avant tout ce qui était exportable, avec des produits de qualité susceptibles d’intéresser les autres continents.

- Quelles sont les sujets qui vous tiennent à cœur ou pour lesquels vous militez ?

Marie-Christine Oghly : On a signé un mémorandum d’entente avec l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, sur la base duquel on a pris des engagements pour travailler sur quatre thèmes : le women empowerment ; la digitalisation et l’innovation ; le développement durable et l’économie circulaire ; la responsabilité sociale des entreprises (RSE).

On s’est mis d’accord pour travailler chaque année sur un thème en particulier, au sujet duquel nous allons produire un livre blanc et le remettre aux Nations unies. Cette année, c’est l’économie circulaire. Tous les pays avaient donc pour mission de travailler sur ce thème, d’en présenter l’état des lieux dans leur pays et d’élaborer des propositions qui, in fine, seront réunies dans ce livre blanc.

L’entrepreneuriat féminin au Maroc, un potentiel inexploité.

- Pourquoi l’entrepreneuriat féminin requiert-il une attention particulière selon vous ?

Leïla Doukali : L’entrepreneuriat féminin au Maroc a un potentiel inexploité. Il faut mettre la lumière sur cette problématique. On a un modèle de développement, on a des objectifs, mais on ne peut faire avancer notre pays comme nous le souhaitons en laissant à la marge plus de la moitié de la population. Il faut donc impérativement une stratégie nationale pour impliquer la femme dans ce Nouveau Modèle de développement.

Comment ? On est là pour soutenir les autorités qui sont en place, le gouvernement. Ce qu’on leur demande, c’est que pour tous les programmes qu’ils mettent en place, qu’ils consultent également la société civile, parce que nous vivons avec ces femmes-là au quotidien ; nous sommes à leurs côtés tous les jours, nous savons où est le problème.

L’AFEM, dans sa feuille de route 2023-2025, est donc en train de travailler sur des éléments qui, nous l’espérons, auront un véritable impact, à notre niveau et avec nos moyens.

Ce n’est pas les uns contre les autres que l’on est plus forts, mais ensemble.- Quel est votre avis sur le problème de la parité ou de l’inégalité hommes-femmes dans les chiffres de l’entrepreneuriat ?

Marie-Christine Oghly : On progresse, mais on peut aussi régresser dans certains pays. Pendant la crise du Covid, les premières à être pénalisées ont été les femmes qui, bien souvent, ont dû revenir à la maison s’occuper de la famille, et pour certaines, y ont laissé leur entreprise. On doit toujours être vigilantes.

Il y a tout de même des avancées. Par exemple au niveau européen, une loi qui vient d’être votée impose à tous les pays un quota de genre dans les conseils d’administration. Il faut au moins 30% d’un genre différent. Il devrait également y avoir 30% d’hommes dans le cas où il y aurait un conseil d’administration dominé par des femmes. En France, on a 40% depuis près de dix ans. En Allemagne, ils viennent également d’adopter un quota de 40%. Parce que malheureusement, si on ne met pas en place des quotas, on n’y arrive pas.

Ce n’est pas parce que les hommes ne veulent pas des femmes ; c’est parce qu’il y a déjà une lutte entre les hommes, donc le fait que les femmes revendiquent aussi une place, disons que ça fait moins de places pour les hommes. Ce que je dis souvent, c’est que ce n’est pas les uns contre les autres que l’on est plus forts, mais ensemble ; on est très complémentaires dans une entreprise.

- Les femmes font-elles du business différemment des hommes ?

Marie-Christine Oghly : Je ne pense pas qu’il y ait une grande différence. On parle souvent de management féminin versus management masculin. Ce n’est pas vrai ; les femmes peuvent avoir les mêmes comportements que les hommes, y compris dans les affaires !

Cela dit, les femmes sont effectivement plus préoccupées par le volet social. La RSE, qui est devenue une composante très importante dans les entreprises au niveau international, est peut-être adoptée de manière inconsciente par les femmes. Il y aussi la diversité et l’inclusion, pas simplement sur la question du genre. Tout cela, ce sont des préoccupations peut-être plus féminines.

- L'AFEM a-t-elle des propositions qu'elle défend auprès du gouvernement ?

Leïla Doukali : Nos ministères de tutelle sont ceux de la TPE et du Commerce. Nous avons un très bon écho avec les ministres Younes Sekkouri et Ryad Mezzour, qui sont vraiment disposés à nous soutenir. Ils sont à nos côtés. On est en train de travailler sur plusieurs questions. On veut faire passer le taux d’employabilité des femmes de 20% à 30% pendant ce mandat.

Je veux dire aux pouvoirs publics que l’AFEM est là, au plus près d’eux, pour pouvoir trouver des stratégies efficaces, efficientes, impactantes.

Maintenant, il faut des actions. On sort d’une crise sanitaire. On a mis une année à se stabiliser. Beaucoup de femmes sont dans les secteurs des services et du commerce. Ce sont ces femmes-là qui ont été impactées par la pandémie et qui ont mis la clé sous la porte.

Les temps sont durs économiquement, les trésoreries des entreprises sont tendues parce que les délais de paiement sont de plus en plus longs.

- Quelles sont les nouveautés de l’AFEM ?

Leïla Doukali : Beaucoup de choses se passent au sein de l’AFEM. On est complètement alignés sur une feuille de route pour 2023, parce qu’il faut impérativement que cet entrepreneuriat féminin, dont le taux est très faible chez nous au Maroc, puisse repartir à la hausse. On n’est pas très bien classés.

Plus de la moitié des bancs de l’université sont occupés par des femmes, puis nous les perdons. Il y a le mariage, il y a tout le poids des responsabilités familiales et des traditions. Elles ont une volonté, je le sens personnellement ; une volonté d’autonomisation et d’indépendance financière. Après, il faut les accompagner vers cette autonomie et vers cette émancipation. Toutes les femmes ne peuvent être cheffes d’entreprises, comme tous les hommes ne peuvent l'être non plus, mais beaucoup d’entre elles ont un potentiel.

Ce que je dis tout le temps, c’est que la femme marocaine est une cheffe d’entreprise à elle toute seule ! Parce que dès qu’elle démarre le matin, elle a plein de choses à gérer, elle a un budget, un loyer, un temps limité... C’est tout ce que l’on demande à une femme cheffe d’entreprise.

- Avez-vous un dernier message pour les femmes qui veulent entreprendre ?

Marie-Christine Oghly : Je pense que l’on doit accompagner les jeunes femmes et les encourager. Je dis toujours : il faut oser. Il ne faut pas avoir le syndrome de l’imposteur. C’est quelque chose que les jeunes femmes de ma génération avaient. Celles d’aujourd’hui, en revanche, n’ont plus ce plafond de dire : “est-ce que j'ai la possibilité de le faire, est-ce que j'ai les compétences ?”.

Nous, on avait des doutes, on se disait que ce n’était pas notre domaine, qu’on n’avait pas les compétences requises, alors qu’un homme, avec 20% de compétences, il y va. Tout cela est en train de changer, mais c’est aussi à nous de les accompagner et de leur faire comprendre qu’elles doivent y aller, qu’elles doivent oser.

Le CIH accompagne l'AFEM

- Pourquoi le CIH a-t-il décidé d’accompagner l’AFEM, notamment au cours de cet évènement ?

Khalid Benalla, directeur général adjoint en charge de la Banque des particuliers chez CIH Bank : Notre banque est engagée avec les femmes du Maroc et les femmes entrepreneures, comme il l’est avec d’autres segments de clients, notamment les jeunes et les fonctionnaires.

Le constat, c’est qu’il n’y avait pas de ligne directrice bancaire qui régissait les rapports entre la banque et les femmes. La femme était considérée comme un investisseur comme les autres, alors que dans les faits, ce n’est pas le cas. Compte tenu des particularités culturelles et historiques du pays, il fallait que l’on s’intéresse de plus près à l’investissement féminin.

Avec l’AFEM, nous avons noué un partenariat cette année qui consiste à épauler toutes les initiatives menées par cette association, qui regroupe des centaines de femmes entrepreneures, pour pouvoir être justement à l’écoute des femmes, les financer, assurer une sorte d’inclusion et ensuite aller vers l’éducation financière et l’accompagnement dans les projets d’investissement.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 4 novembre 2022 à 13h13

à lire aussi

Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca
BUSINESS

Article : Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca

Pratt & Whitney Canada a officiellement inauguré, ce mardi 21 avril 2026, sa nouvelle installation au cœur de la zone Midparc à Nouaceur. Détails.

Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère
Mines

Article : Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère

Porté par un cuivre désormais autour de 13.100 dollars la tonne sur le LME et plus de 6 dollars la livre sur le COMEX, le secteur minier marocain entre dans une phase d’accélération. Entre la montée en puissance de Tizert, les ambitions de Managem (jusqu’à 182.000 tonnes en 2026) et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux tel KGHM, le Royaume se positionne comme un relais stratégique dans un marché mondial sous tension, où transition énergétique et dépenses de défense redessinent la hiérarchie des producteurs. Décryptage.

Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage
Quoi de neuf

Article : Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage

Le groupe OCP met en avant, à l'occasion du 18e Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient du 20 au 28 avril à Meknès, sa vision intégrée des systèmes agricoles, illustrant le rôle central du phosphore dans l'articulation entre fertilité des sols, production végétale et alimentation animale.

Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes
DIPLOMATIE

Article : Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes

Réuni en visioconférence le 21 avril 2026 à l’initiative de Bahreïn, le Conseil ministériel a examiné les répercussions des tensions régionales. De son côté, le Maroc a réaffirmé son soutien aux États concernés et au respect du droit international.

En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises
Quoi de neuf

Article : En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises

Paraphé lors d’entretiens avec le ministre de la Justice Gunnar Strömmer et les responsables policiers du pays nordique, le dispositif inclut des canaux rapides de coopération opérationnelle et d’assistance technique.

Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD
POLITIQUE

Article : Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD

C’est l’une des investitures les plus commentées de ce premier round PJDiste. En propulsant Samir Chaouki, journaliste de renom et président du think tank OMEGA, dans la circonscription de Hay Hassani, le PJD envoie probablement, comme il l'avait fait par le passé, un signal d'ouverture. Entre rupture avec les méthodes classiques et volonté de transparence, le candidat se confie à Médias24 sur ce nouveau défi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité