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AGRICULTURE

Avec la sécheresse et la chaleur, les prix de l’huile d’olive flambent

Reportage. Dans la région de Béni Mellal, la production d’huile d’olive marque le pas cette année. Dans ce marché dominé par la vente en vrac et l'informel où les tentatives de modernisation restent limités, les prix flambent et la demande baisse.

Avec la sécheresse et la chaleur, les prix de l’huile d’olive flambent
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 29 novembre 2022 à 16h49 | Modifié 29 novembre 2022 à 16h50

Entre 75 et 90 dirhams le litre, ce sont les prix de vente de l’huile d’olive en gros dans les unités de triturage de la région de Béni Mellal, une des cinq grandes régions productrices au Maroc. Il en va de même de Attaouia, une autre région réputée pour la qualité de son huile et où les prix cette année ont atteint des records. A la même période l’année dernière, les prix de l’huile variaient de 50 à 60 dirhams le litre dans ces régions.

« Nous avons des oliviers centenaires. Ceux qui produisaient annuellement 300 ou 400 kg d’olives par an ont donné moins de 20 kg cette année », témoigne Najib, un producteur de Attaouia. « Il y a eu bien sûr la sécheresse au cours de l’hiver dernier, mais c’est surtout la chaleur qui a fait beaucoup de mal aux arbres. » Résultat : la production d’olives est basse et de mauvaise qualité.

« A l’instar de toute la région de la Méditerranée occidentale, nous allons connaître une baisse de plus de 50% de la production au Maroc ; seule la région de la Méditerranée orientale a connu une bonne année », estime Rachid Benali, président de la fédération des producteurs d’olives, Interprolive, contacté en marge d'une rencontre professionnelle en Espagne.

Pour lui, cette situation est due au changement climatique et surtout aux chaleurs extrêmes de cette année. « Il fait de plus en plus chaud et plus longtemps. Nous avons eu, en plus de la sécheresse, plusieurs phases de chaleur dépassant les 40 degrés sur plusieurs semaines en hiver et en été. Ce qui a complètement perturbé le cycle de production des oliveraies. » En conséquence, plusieurs vergers n’ont tout simplement rien produit, tandis que d’autres ont produit très faiblement.

Par ailleurs, tous les coûts ont augmenté. « D’habitude, le coût de la collecte revient à 1 DH par kilogramme. Aujourd’hui nous sommes à 2,5 DH. Par ailleurs, les prix des intrants comme le gasoil ou les engrais azotés ont tout simplement doublé », résume Benali.

Renchérissement du prix de l’olive

« Les prix de l’olive ont atteint cette année 11,5 DH le kg, sans compter les coûts de transport. A cela s’ajoutent des taux de rendement d’huile au kilogramme très faibles », indique Khalid, propriétaire d’une unité de triturage moderne sur la route entre Béni Mellal et El Kssiba. Les rendements se situent entre 10 et 16 litres d’huile par quintal d’olive. Ces dernières années, les prix de l’olive brute ne dépassaient pas 4 à 6 DH le kg, alors que les rendements moyens variaient de 16 à 18 litres par quintal de grain.

Dans cette unité de production, les prix sont fixés selon les lots. « J’ai mis en place un système de calcul du prix selon le prix d’achat de l’olive et son rendement. Les charges fixes, elles, restent plutôt les mêmes », confie Rachid. Une première, tellement les prix sont fluctuants, en fonction de la qualité du fruit et de sa zone de provenance. « Nous achetons nos olives trop cher, ce qui baisse notre rentabilité », déplore le producteur.

Et d’ajouter : « Pour faire face à la faiblesse de la production, nous nous approvisionnons dans toute la région de Béni Mellal et jusqu’à El Kelâa des Sraghna [à plus de 100 km, ndlr]. Il nous arrive aussi de blender deux huiles de diverses origines pour essayer de baisser le prix au litre, tout en maintenant sa qualité chimique et gustative. »

Chimiste de formation, Khalid a récupéré l’affaire familiale après avoir travaillé plusieurs années dans le secteur de la pharmacie. Il tente de moderniser son unité de trituration en y intégrant la traçabilité du produit et sa certification, une des grandes défaillances de la filière au Maroc.

Debout derrière son comptoir, il est intarissable sur le travail accompli. Derrière lui, trône un agrandissement de son agrément ONSSA, alors que deux employées récurent sans cesse aussi bien les sols que les machines de triturage et de filtrage afin d’assurer les conditions d’hygiène nécessaires dans cette industrie salissante. « Nous avons du matériel de pressage à froid italien. Nos olives restent à l’ombre dans leurs cageots en plastique, et nous veillons à ce qu’elles soient pressées moins de 24 h après leur réception ; évitant ainsi la fermentation. Nous produisons une huile vierge extra avec un taux d’acidité inférieur à 0,4% », précise-t-il non sans fierté, en exhibant une liasse de documents provenant d’un laboratoire d’analyses. « Chaque lot de produit est numéroté, et je peux retrouver sa date d’achat et de pressage, les quantités achetées, le producteur, la qualité de la matière première au moment de la réception, les proportions du blend, etc. La prochaine étape sera la certification ISO de notre process. »

L’informel reste roi

Cet enthousiasme ne lui fait pourtant pas perdre de vue la réalité. « Ici, la concurrence est très rude. Même si tout le monde vend quasiment au même prix, la qualité diverge. L’effort de modernisation ne paie pas forcément, et nous sommes obligés de nous aligner sur les prix pratiqués au niveau de la région, même si nous n’avons pas les mêmes coûts de production. » Khalid vend son huile emballée et étiquetée, avec des indications qui permettent d'en tracer la provenance. Au moment de notre visite, il nous a appris qu’il était en discussion avec des représentants de la grande distribution pour commercialiser son produit.

Dans la région, des dizaines d’unités de trituration, destinées aussi bien au marché local qu’à l’exportation, sont actives. Certaines ont vu le jour récemment pour répondre à l’augmentation de la demande ces dernières années. Toutefois, sur la demi-douzaine d'unités que nous avons visitées, toutes pratiquent la vente en vrac et sans étiquette. Au niveau national, 90% de la consommation se fait en vrac. Et moins d’un millier de producteurs sont agréés par l’ONSSA sur près de 200.000 unités de triturage.

Dans l’une d’elles, située dans la localité Ouled Mbarek, Saïd propose aux acheteurs potentiels et aux passants une dégustation de son huile, accompagnée de pain et de thé. « Ce sont des olives de Béni Mellal, le prix est de 75 DH le litre », précise-t-il. Et d’ajouter : « Que vous achetiez un litre ou cent, c’est le même prix, nous ne gagnons rien ; c’est à peine si on arrive à rentrer dans nos frais. Cette année n’est bonne ni pour nous, ni pour les consommateurs. Avec ces niveaux de prix, les quantités achetées ont beaucoup baissé, tout comme nos marges… »

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Ghassan Waïl El Karmouni
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