Sacrifice du Aïd al-Adha à l’hôtel : le créneau qui séduit les familles et divise les hôteliers
À l’approche de l'Aïd, de plus en plus d’hôtels de Marrakech proposent à leurs clients de prendre en charge le sacrifice du mouton dans le respect des traditions marocaines. Si cette formule est devenue un véritable produit d’appel pour une partie croissante des opérateurs, d’autres professionnels restent prudents. Explications.
Le matin de l'Aïd, pendant que les Marocains s'affairent dans les cours et sur les terrasses, certaines familles descendent tranquillement à la piscine ou profitent du calme des transats.
Leur mouton ? Déjà acheté et livré à l’hôtel ou fourni et pris en charge directement par l’établissement. Les bouchers sont déjà à l'œuvre dans les coulisses. En quelques heures, la carcasse sera découpée, emballée et mise au frais. Dès l'après-midi, place aux brochettes et à la musique.
Un Aïd sans les tracas du Aïd. C’est le bon filon trouvé par certains hôtels pour attirer une nouvelle clientèle.
L’Eden Andalou se revendique pionnier du sacrifice du mouton à l’hôtel
Ce positionnement, Ali Chaoui le connaît par cœur. Le propriétaire de l'Eden Andalou à Marrakech le reproduit chaque année depuis dix-huit ans. "Dans notre club de Marrakech, nous organisons le sacrifice du mouton pour les clients qui le désirent depuis près de dix-huit ans". Il revendique d'avoir été le premier au Maroc à formaliser cette offre du sacrifice du mouton pris en charge de A à Z par un hôtel.
Cette formule diffère des “offres spéciales Aïd al-Adha”, qui vendent des séjours habillés aux couleurs de la fête pour attirer une catégorie de clients qui ne pratique pas le sacrifice et préfère consacrer les jours fériés et le budget alloué à ce jour-là à un voyage.
Ici, les établissements prennent en charge le rituel lui-même. Ils ciblent donc des familles marocaines qui fêtent l'Aïd et qui veulent juste ne pas avoir à tout gérer elles-mêmes.
Ali Chaoui nous explique que son établissement achète plusieurs moutons pour ses clients, mais accueille également plusieurs familles qui viennent avec leur propre bête. Certains clients repartent avec leur viande. D'autres en font don.
Pour lui, cette formule répond avant tout à un besoin réel d’une catégorie de clientèle. "Ce n’est pas vraiment du tourisme à proprement parler, mais plutôt une tradition que nous prenons en charge pour éviter aux familles de se déranger avec le sacrifice, la découpe, le nettoyage et le stockage".
Quinze jours avant la fête, son établissement est plein. Environ 30% des clients viennent spécifiquement pour ça. Des chiffres propres à l'Eden Andalou, sans équivalent sectoriel connu, mais il semble que cette offre gagne du terrain dans plusieurs hôtels et clubs.
Une pratique en pleine expansion qui ne fait pas l'unanimité
Ceci dit, tous les hôteliers ne voient pas les choses de la même façon. Le président d'une chaîne présente à Marrakech et Agadir n’est pas favorable à cette formule qu’il ne propose pas au sein de ses établissements. "Dans nos établissements, nous sacrifions seulement deux ou trois moutons pour les clients qui le désirent, mais nous n’acceptons pas ceux qui veulent ramener leur propre mouton", précise-t-il, en reconnaissant toutefois que ce produit d’appel gagne de plus en plus de terrain dans l’hôtellerie.
Malgré l’intérêt commercial de ce créneau, notre interlocuteur estime que les risques demeurent trop importants pour le développer dans ses établissements. "À chacun son métier", tranche-t-il. Un hôtel n'est pas un abattoir public.
Sans les compétences pointues ni l’agrément de l’ONSSA pour opérer à grande échelle, la logistique devient un terrain miné. Comment s'assurer qu'un animal transporté par un client n'est pas malade ? Comment garantir la chaîne du froid pour des dizaines de carcasses sans les infrastructures frigorifiques adéquates ?
"Étant une entreprise commerciale de services, nous n’avons théoriquement pas le droit de sacrifier un mouton, puis de le dépecer, car nous ne disposons pas des compétences ni de l’agrément d’un abattoir officiel reconnu par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA)", explique-t-il en mettant en garde contre les risques sanitaires liés aux animaux amenés par les clients.
Pour lui, la responsabilité pénale est tout simplement trop lourde pour s’aventurer sur ce créneau de façon structurelle.
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