Les explications de Bank Al-Maghrib sur son programme de rachat des bons du Trésor
Son objectif est de contribuer à ramener de la liquidité sur le marché du Trésor qui souffre d'une demande faible, sans pour autant influer sur la courbe des taux et risquer de contrecarrer les actions de lutte contre l'inflation. Voici les explications officielles de Bank Al-Maghrib.
Un début 2023 mouvementé sur le marché financier marocain. Alors que les tensions sont palpables à cause de la hausse brutale des taux sur le marché des bons du Trésor (BDT), enregistrée début janvier, la Banque centrale a décidé d'activer un instrument de politique monétaire peu commun : l'injection de liquidités via les rachats des bons du Trésor. Il n'a été utilisé qu'une seule fois par Bank Al-Maghrib (BAM) au début des années 2000.
Se sont alors posées des questions sur les raisons et les objectifs de ces injections de liquidités, d'autant que la Banque centrale opère en même temps un resserrement monétaire pour juguler l’inflation.
Deux approches contradictoires ? Une politique d'assouplissement quantitative ? Le marché cherche des explications à l'action de BAM qui a déjà injecté 16,2 MMDH sur le marché des bons du Trésor et compte poursuivre son programme.
Pour lever toute incompréhension au sujet de son action, la Banque centrale a organisé ce jeudi 19 janvier un point de presse.
Selon Younes Issami, responsable par intérim des opérations monétaires et de changes, la Banque centrale a choisi d'activer cet instrument pour "contribuer à faire revenir la demande sur le marché du bon du Trésor".
BAM à la rescousse du Trésor
"Nous avons constaté qu'il y avait une forte baisse de la demande lors des adjudications organisées par le Trésor. L'origine de cette baisse de la demande émane de plusieurs facteurs, principalement l'atteinte par les banques de la limite de détention de bons du Trésor et la crainte des investisseurs", explique-t-il.
Pour le cas des banques, "les limites, qui sont fixées par les départements de risque respectifs des banques commerciales, ont été atteintes en raison de la hausse des taux qui a impacté négativement la performance des portefeuilles détenus. Donc la marge pour détenir plus de BDT a été amoindrie de manière significative".
Et plus globalement, "il y a une appréhension des investisseurs par rapport aux anticipations de l'évolution des taux d'intérêt, principalement le taux directeur après deux hausses successives. La plupart des investisseurs n'ont pas de visibilité. Il y a donc un comportement normal de certains investisseurs qui préfèrent attendre plutôt qu'investir", poursuit-il.
Ainsi, l'objectif est de ramener la demande sur le marché. Et aider les banques à réduire leurs pertes sur ce segment ? "Les rachats ont porté sur le très court terme et ont été effectués au taux du marché. S'il y avait une perte, elle a déjà été constatée. D'ailleurs, depuis ces interventions, la courbe est restée stable, donc les banques n'ont pas fait de gains", nous répond-on. "Si les banques veulent réduire l'impact sur leurs résultats, elles doivent vendre du long terme."
Pourquoi ne pas parler de politique d'assouplissement quantitative ?
Les responsables de la Banque centrale sont catégoriques. "Ce programme de rachat de bons du Trésor ne peut pas être assimilé à une politique d'assouplissement quantitative (Quantitative easing) ou à de la création monétaire." Ils présentent plusieurs arguments pour étayer cette affirmation.
D'abord, l'action de Bank Al-Maghrib se limite aux bons du Trésor, et non à l'ensemble des obligations.
Ensuite, le programme est plafonné à 25 MMDH, révèlent-ils. "Ce niveau a été estimé et jugé bon afin de remplir l'objectif fixé sans impacter les autres programme de BAM".
En plus, le programme est conçu de telle sorte à ce que le montant d'injection de liquidité globale ne change pas. "Le montant injecté dans les BDT est de 16 MMDH, les avances de BAM ont baissé de 14 MMDH", avance la Banque centrale. "Avant le 4 janvier (date du premier appel d'offres, ndlr) les avances à 7 jours étaient de 57 MMDH, actuellement ce montant est de 43 MMDH", poursuit la même source.
En clair, le marché bancaire qui est en déficit structurel de liquidité a besoin des interventions de BAM. Etant dans l'obligation d'avancer de la liquidité aux banques, la Banque centrale a finalement juste réduit son intervention à travers un instrument (les avances à 7 jours) et pour activer un autre (rachat de BDT) pour donner, chemin faisant, un coup de pouce sur le marché des bons du Trésor.
Plus globalement, les liquidités injectées par BAM sont à 105 MMDH actuellement, contre 103 MMDH avant ce programme de rachat. Et la différence s’explique par "d’autres facteurs qui impactent la liquidité notamment la hausse de la circulation de la monnaie fiduciaire".
D'ailleurs, les responsables de BAM révèlent aussi que le programme de rachat des BDT auprès des banques est conditionné ; ces dernières s'engagent à réinjecter les montants sur le marché des BDT.
Autre argument : le programme de rachat concerne les maturités courtes. "Les BDT rachetés au prix du marché ont une maturité moyenne de 6 mois."
Or pour faire du Quantitative easing, il faut agir sur les maturités longues, expliquent-ils. "Les banques centrales interviennent plutôt sur les maturités longues pour donner l'assurance aux investisseurs que les taux vont baisser. Il s'agit généralement de programmes d'achats massifs qui influencent la courbe des taux puisqu'on a assisté à une baisse des taux."
La demande est de retour
"Grâce à cette action, on a vu la demande revenir sur les adjudications : 35 MMDH lors de la première séance et 24 MMDH lors de la seconde. Ce sont des chiffres que nous n'avions pas vus depuis pas mal de temps", commentent-ils.
La Banque centrale multipliera les appels d'offres jusqu'à épuisement du programme des 25 MMDH. Elle compte injecter encore 8,8 MMDH en fonction de la demande du marché.
Une évaluation est effectuée régulièrement. Il n'est pas exclu qu'un autre programme soit envisagé si les conditions ayant motivé la mise en place de celui-ci sont toujours présentes.
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