Régions, plateformes de démonstration, état d’avancement… les détails du Programme national de semis direct
Afin de favoriser une agriculture de conservation, le Maroc mise sur la technique du semis direct. D’ici à 2030, environ un million d’hectares de céréales seront cultivés suivant ce procédé dans différentes régions du pays. Quel est l’état d’avancement de ce programme ? Réponses.
Pour s'adapter à des conditions climatiques de moins en moins clémentes et atténuer des pratiques agricoles qui fragilisent les sols, le ministère de l’Agriculture fonde de grands espoirs sur le Programme national de semis direct, dont l'ambition est d’atteindre 1 million d’hectares de céréales en semis direct d’ici 2030, soit 25% des surfaces réservées à cette culture.
À l’occasion du 3e Congrès africain sur l’agriculture de conservation (3ACCA), organisé du 5 au 8 juin 2023 à Rabat, l’adoption et la diffusion de l’agriculture de conservation ainsi que la mécanisation agricole durable ont été au cœur des discussions.
Et ceci, d’autant que l’Afrique est la région du monde la plus exposée au risque d’insécurité alimentaire, compte tenu des effets du changement climatique, de la faible productivité agricole et de la dépendance à l’égard des importations de céréales.
Ces cultures sont en effet soumises à des pressions croissantes. "Les méthodes actuelles de labour intensif des sols augmentent leur vulnérabilité à la sécheresse, à l'érosion et à la perte de leur fertilité", déplore le ministère de l’Agriculture.
"Pour s'en prémunir et renforcer la sécurité alimentaire du Royaume, la stratégie agricole Génération Green a prévu le lancement d’un programme visant à promouvoir l'agriculture de conservation sur un million d’hectares à l’horizon 2030", a souligné Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, à l'ouverture du congrès.
Le semis direct est précisément la clé de voûte de ce programme. Cette technique, testée au Maroc par l’Institut national de recherche agronomique (INRA) depuis plus de quarante ans, commence à porter ses fruits dans le cadre du Programme national de semis direct. Son budget est estimé à 1,1 milliard de DH, pour une valeur ajoutée prévisionnelle de 1,6 MMDH.
L’installation des cultures en un seul passage
Le semis direct est un système de production qui se distingue par l’élimination de tous les travaux de préparation des sols avant le semis. Il prône l’installation des cultures en un seul passage pendant lequel l’engrais de fond et la semence sont déposés à la profondeur désirée, à l’aide d’un semoir de semis direct.
Les atouts de cette technique sont multiples, puisqu’elle permet l’amélioration du rendement des céréales à plus de 30% en moyenne et une stabilisation en année sèche ; la réduction des coûts d’installation des cultures jusqu’à 60% ; la diminution des quantités de semences par rapport aux techniques conventionnelles de 30%.
L’absence des travaux du sol permet d’économiser entre 800 et 1.000 DH/ha. Le gain sur les semences se situe entre 100 et 130 DH/ha, et le rendement atteint 46 quintaux à l’hectare contre 40 quintaux pour le semis conventionnel. Concernant les effets sur le sol, ils se traduisent par la conservation de l'humidité du sol et l’amélioration de la séquestration du carbone des surfaces agricoles.
200.000 bénéficiaires issus de huit régions
À l’horizon 2030, le Programme national de semis direct devrait bénéficier à 200.000 agriculteurs, issus de plusieurs régions, en particulier celles où les céréales sont cultivées.
- Fès-Meknès : 200.000 ha ;
- Marrakech-Safi : 200.000 ha ;
- Rabat-Salé-Kénitra : 200.000 ha ;
- Casablanca-Settat : 156.000 ha ;
- Tanger-Tétouan-Al Hoceïma : 130.000 ha ;
- L’Oriental : 50.000 ha ;
- Béni Mellal-Khénifra : 44.000 ha ;
- Drâa-Tafilalet : 20.000 ha ;
À noter que si ce Programme national prévoit d’atteindre 1 million d'hectares en 2030, les premières années ont des objectifs très limités en termes de superficie. À savoir :
- 30.000 ha la 2e année (2021) ;
- 50.000 ha la 3e année (2022) ;
- 100.000 ha la 4e année (2023) ;
- 160.000 ha la 5e année (2024) ;
Des subventions dans le cadre du Fonds de développement agricole
L’accélération de la mise en œuvre de ce programme coïncidera avec la disponibilité des semoirs. De plus, il faudra aussi former des conseillers, des prestataires ainsi que des groupes de prestataires, sans oublier la mise en place de la plateforme de démonstration et d’innovation.
S’agissant des semoirs destinés au semis direct, leur nombre en 2022 était de 265. “Pour réaliser l’objectif de 160.000 ha en 2024, il sera nécessaire de mettre à disposition des agriculteurs de 200 à 250 nouveaux semoirs", souligne le département de l’Agriculture.
Afin d’encourager l’acquisition de semoirs, le gouvernement a mis en place une série de mesures incitatives et d’accompagnement, sous forme de subventions dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA). Sachant qu’un semoir de taille moyenne fabriqué au Maroc s'élève à 120.000 DH, alors que les prix des semoirs importés varient entre 180.000 et 300.000 DH, l’aide peut atteindre 50% du coût du matériel.
Il convient de souligner que cette aide est plafonnée selon la taille du semoir :
- 50.000 DH pour les semoirs de moins de 2 mètres ;
- 90.000 DH pour les semoirs entre 2 et 3 mètres ;
- 100.000 DH pour les semoirs de plus de 3 mètres.
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