Danger des requins et des méduses sur les plages marocaines? Voici les réponses de l'INRH
Selon l’Institut national de recherche halieutique, les espèces de requins présentes au Maroc ne représentent aucun danger significatif pour l’Homme.
Aux abords de la mer Rouge, au large de la ville égyptienne d’Hurghada, un requin a attaqué le 8 juin 2023 un jeune touriste russe. Des vidéos aux images terrifiantes ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant le jeune russe se débattant dans l’eau avant d’être entraîné sous l'eau par le squale. On y voit la tête du jeune homme réapparaître une dernière fois, implorant de l’aide, avant de disparaitre définitivement.
Ce drame a semé la terreur partout dans le monde, au moment où les vacances estivales commençaient. Et comme d'habitude, se sont multipliées les fausses alertes aux requins sur les cotes méditerranéennes, atlantiques ou de la Mer Rouge. Doit-on s’inquiéter d’éventuels risques d’attaques de requins aux bords de nos propres plages ? C’est la question que nous avons posée au Dre Imane Tai, chargée de la coordination du réseau de suivi des échouages au Laboratoire de biologie-écologie du Centre régional de Casablanca de l’Institut national de recherche halieutique (INRH).
"Les espèces de requins présentes au Maroc ne constituent aucun danger significatif pour l’Homme"
Imane Tai se veut rassurante. Elle nous confirme qu’aucune attaque de requin contre les baigneurs n’a été enregistrée à ce jour dans les eaux marocaines. Les espèces de requins présentes au Maroc ne constituent aucun danger significatif pour l’Homme, ajoute-t-elle.
"Une quarantaine d'espèces de requins sont répertoriées dans les eaux marocaines. La plupart sont carnivores et se nourrissent essentiellement de poissons, céphalopodes et crustacés. Certains requins, lorsque l’occasion se présente, se nourrissent de petits dauphins. D’autres encore ont un régime alimentaire planctonique ; ils se nourrissent d’animaux microscopiques, de petits poissons et de crustacés, et parfois même d’algues. L’Homme, lui, ne fait pas partie des proies de ces requins", explique Imane Tai.
Les requins jouent par ailleurs un rôle essentiel en tant que maillons importants de la chaîne alimentaire marine. "Certains sont pélagiques, en haute mer, loin des côtes. Ces spécimens sont généralement très actifs et opportunistes et assurent le rôle de grands prédateurs. D’autres requins fréquentent les fonds marins et ont un mode de vie plus lent, en raison des basses températures des eaux profondes. Ils agissent souvent en tant que charognards ou nettoyeurs de l’écosystème marin".
"Certaines espèces peuvent potentiellement se rapprocher des côtes durant leur cycle de vie, au cours de leurs migrations vers d’autres régions ou en raison des courants forts, qui les poussent vers les plages", ajoute notre interlocutrice.
Trois espèces de requins à l’origine d’accidents mortels dont une seule en Méditerranée
À l’échelle mondiale, seulement trois espèces de requins sont responsables de la plupart des accidents mortels : le requin blanc (Carcharodon carcharias), le requin-taureau (Carcharias taurus) et le requin-tigre (Galeocerdo cuvier), indique Imane Tai. "Parmi ces espèces, seul le requin blanc est présent en Méditerranée mais il est extrêmement rare d’en croiser un car il est lui-même en danger critique d’extinction dans cette mer", nuance-t-elle.
"Il est important de souligner que certaines espèces de requins peuvent atteindre des tailles impressionnantes, comme le requin pèlerin (Cetorhinus maximus), qui a été filmé le mois dernier par des pêcheurs au large de Martil. Malgré sa grande taille, cette espèce est inoffensive. Elle se déplace paisiblement et se nourrit de petites proies, principalement de planctons, de petits poissons, d’œufs de poissons et parfois de crevettes d’eaux profondes", précise notre interlocutrice.
L’INRH dispose d’un Réseau de suivi des espèces marines et mène des prospections en collaboration avec les autorités locales compétentes, en particulier en période estivale afin de vérifier la présence d’espèces potentiellement dangereuses, poursuit la spécialiste. "Jusqu’à présent, aucun incident n’a été signalé", rassure-t-elle.
Et les méduses ?
L’INRH compte également un Réseau de surveillance du littoral qui effectue régulièrement des missions sur le terrain, afin de détecter la présence de méduses sur les plages et en mer, notamment pendant la période printemps-été, historiquement propice aux fortes apparitions de méduses. Nous en profitons pour faire le point sur les échouages des méduses sur les plages marocaines.
"Nous pouvons confirmer qu’à ce jour, aucune recrudescence de méduses n’a été signalée cette année. Cependant, il convient de noter que la Galère portugaise (de son nom scientifique Physalia physalis) a été observée en très faible abondance à l’entrée de la marina de Saïdia à la fin du mois de juin dernier", affirme Imane Tai.
"De plus, du 23 au 25 mai 2023, deux espèces, la Galère portugaise et la Grande méduse (Rhizostoma spp), ont été observées, en faible abondance, à la fois vivantes dans les zones de baignade et fraîchement échouées sur les plages avoisinantes le long du littoral de Foum El Oued (province de Laâyoune). Un seul individu de Galère portugaise a également été retrouvé sur la plage d’El Ouatia à Tan-Tan, le 28 mai", ajoute notre interlocutrice.
Plus de 23 espèces gélatineuses inventoriées dans les eaux marocaines
Selon Imane Tai, les investigations de l’INRH ont révélé que plus de 23 espèces gélatineuses sont inventoriées dans les eaux marocaines, dont huit sont abondantes : la méduse mauve ou méduse pélagique (Pelgia noctulica), la fausse méduse ou Galère portugaise (Physalia physalis), les rhizostomes (Rhizostoma luteum et Rhizostoma octopus), les salpes (Salpa aspera, Salpa fusiformis, Salpa sp. et Aurelia aurita) et la vélelle ou fausse méduse flottante (Velella velella).
Les méduses échouées les plus couramment rencontrées sur les côtes marocaines sont les suivantes :
- la méduse pélagique (Pelagia noctiluca) qui cause des brûlures douloureuses aux baigneurs ;
- la Galère portugaise (Physalia physalis), extrêmement urticante. Ses brûlures sont les plus intenses et peuvent provoquer des états de choc ;
- les Rhizostomes (Rhizostoma spp), qui ne présentent aucun danger pour l’Homme. Leurs tentacules courts et peu urticants peuvent toutefois provoquer des démangeaisons bénignes.
Conduite à tenir en cas de contact avec des méduses
Les baigneurs doivent faire preuve d’une vigilance accrue dans les régions connues pour les apparitions récurrentes des méduses. Voici les recommandations d’Imane Tai en cas de présence de méduses :
- éviter de se baigner au milieu de ces animaux gélatineux ;
- ne pas toucher les méduses, vivantes ou mortes. Les cellules urticantes à venin restent en effet actives même après la mort de ces animaux.
La sévérité des piqûres de méduses dépend des espèces. "Les piqûres sont généralement bénignes, avec des symptômes quasi-immédiats ou parfois retardés", note Imane Tai.
Voici les mesures à prendre en cas de piqûres de méduses :
- retirer délicatement les tentacules qui restent collés à la peau avec un objet (papier, plastique, coquillage, algues) ou même du sable ;
- n’utiliser aucun liquide agressif ;
- pour calmer les douleurs, rincer délicatement la plaie à l’eau de mer ou à l’eau vinaigrée ou citronnée ;
- en cas de douleurs persistantes ou de malaises, consulter d’urgence un médecin.
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