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ECONOMIE

L’industrie nationale de tomates en conserve menacée par les importations égyptiennes (profession)

Le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert une enquête antidumping sur les importations de conserves de tomates originaires d’Égypte, à la suite d’une requête déposée par la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri). Le point avec Abdelmounim El Eulj, président de la Fenagri.

L’industrie nationale de tomates en conserve menacée par les importations égyptiennes (profession)
Photo d'illustration.
Chady Chaabi
Le 10 août 2023 à 9h36 | Modifié 10 août 2023 à 13h42

Afin de protéger une industrie qu’elle estime en danger, la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) a déposé une demande pour l’ouverture d’une enquête antidumping sur les importations de conserve de tomates en provenance d'Égypte. 

Dans un avis daté du lundi 7 août, les services du ministère de l’Industrie et du commerce ont répondu favorablement à cette demande, déposée au nom de trois industriels marocains, représentant 96% de la production nationale de tomates en conserve : les conserves de Meknès, les Conserveries marocaines Doha et Moroccan Food Processing. 

"Nous avons constaté des aberrations. Nous faisons d’énormes efforts pour promouvoir la consommation de produits nationaux, mais la réalité sur le marché est différente", regrette Abdelmounim El Eulj, président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire. 

La production nationale de tomates en conserves (concentré de tomate, purée de tomate, tomate en conserve) assure 60% du besoin national (21.000 tonnes/an). Environ 1.750 ha sont mobilisés pour une production estimée à plus de 140.000 tonnes/an de tomate industrielle destinée à la fabrication de conserves de tomates.

L’enquête antidumping a été lancée le lundi 7 août et se prolongera sur une période de 12 mois, "un délai susceptible d’être porté jusqu’à 18 mois, si des circonstances spéciales le justifient", d’après le ministère de tutelle. Les investigations nécessiterons la collecte et la vérification des renseignements et données visant à déterminer l'existence, le degré et les effets du dumping sur la situation de la branche de la production nationale de conserve de tomate. 

Les informations seront collectées auprès "des producteurs-exportateurs des conserves de tomates dans le pays visés par l'enquête, des importateurs marocains de conserves de tomates, des producteurs nationaux, ainsi que les autres parties concernées", précise la même source. 

Hausse des importations de tomates en conserves égyptiennes 

D’après le ministère de l’Industrie et du commerce, les éléments de preuve fournis par le requérant suffisent pour attester que les importations de conserves de tomates originaires d’Égypte ont connu "une augmentation remarquable par rapport à l’évolution de la production et de la consommation nationales". 

"Les importations en provenance d’Egypte ont connu une croissance exponentielle ces derniers mois", confirme Abdelmounim El Eulj. Selon l'Office de change, les importations en dumping d’origine égyptienne vers le Maroc entre 2018 et 2022, ont quasiment doublé en termes de valeur et de volume.

L’industrie nationale de tomates en conserve menacée par les importations égyptiennes (profession)

Elles sont passées de 4.915 tonnes en 2018 à 7.394 tonnes en 2022. La valeur financière qui a été multipliée par deux passant d'environ 56 MDH à plus de 115 MDH, soit une augmentation de 103%. En conséquence, les parts de marché des importations en dumping originaires de l’Egypte, ont augmenté dans des proportions très importantes passant de 19% de part de marchés en 2018 à 29,4 % en 2022.

En outre, les données de la requête ont prouvé que la marge de dumping calculée sur ce produit est élevée et dépasse largement le niveau de minimis fixé à 2%. D'après l'étude comparative réalisée par la Fenagri, la marge de dumping pratiquées par les exportateurs du produit objet de la requête s’élève à 6,67 livre égyptienne soit de pourcentage de 29,93% de marge dumping, ce qui dénote de l’existence d’un dumping aggravant le dommage causé à la branche de production nationale

Un calcul qui repose sur une comparaison entre la valeur normale moyenne au stade "sortie usine" et le prix à l’exportation à destination du Maroc. D'après la Fenagri, cette comparaison est en défaveur des entreprises marocaines. "En plus des subventions, les industriels égyptiens profitent d’une logistique, d’une main d'œuvre et d’intrants agricoles moins chers qu’au Maroc", explique M. El Eulj.  

"Les autorités marocaines concernées se sont engagées dans l'optique d'une ouverture totale sur les frontières, avec l’instauration de facilité pour que les flux de marchandises ne s'arrêtent pas, mais en contrepartie, aucune barrière non tarifaire (mesures antidumping, subventions…ndlr), n’a été mise en place", regrette-t-il. 

Un savoir-faire en péril 

A la lumière de ces éléments, le ministère de l’Industrie et du commerce souligne que les importations de conserves de tomates originaires de l’Égypte ont eu des effets négatifs sur, les quantités vendues, la part de marché et les bénéfices de l’industrie nationale. 

Sans une intervention rapide du pouvoir public, le savoir-faire marocain est en péril. "Nous risquons de perdre la main, car l'agriculture est un savoir-faire. Au rythme où vont les choses, ce sont des milliers d'hectares de tomates qui seront perdus. Par quoi va-t-on les remplacer ? Qu’adviendra-t-il des agriculteurs dont l’ambition est de participer au développement de leurs pays ?”, s'interroge Abdelmounim El Eulj. 

Pour éviter le pire, "les opérateurs économiques doivent bénéficier de mesures de soutien car l’industrie et son amont agricole  seront sérieusement  menacés dans les années à venir", indique M. El Eulj. "D’ailleurs, nous essayons à travers un contrat programme d’instaurer des mesures de soutien pour faire face à la concurrence pendant les deux ou trois prochaines années, au moins le temps de s'acclimater et de trouver un certain équilibre face à la concurrence", annonce-t-il.  

"J’invite les opérateurs concernés à faire le suivi et le Gouvernement à prendre les mesures requises car les opérateurs marocains de cette filière sont menacés. Il faut qu’il y ait une cellule de réflexion spécifique aux produits de base marocains en vue de les protéger”, conclut Abdelmounim El Eulj.
Ci-dessous, le document de la requête:

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Chady Chaabi
Le 10 août 2023 à 9h36

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