Dans le Haut Atlas, un paysage hydrologique métamorphosé
Des aquifères enregistrent une hausse de leur niveau piézométrique, des sources connaissent une augmentation de leur débit, tandis que d’autres surgissent spontanément... Après le séisme du 8 septembre, le paysage hydrologique du Haut Atlas a profondément changé.
Le séisme du vendredi 8 septembre n’a pas uniquement secoué la terre en surface, mais aussi ses entrailles. À tel point que le paysage hydrologique des zones touchées a été modifié. En sus des sources qui ont vu leur débit augmenter ou qui ont fait leur apparition, le niveau piézométrique de certaines nappes phréatiques semble avoir enregistré une hausse.
Des phénomènes qui ne doivent rien au hasard, car le séisme, de magnitude 7 sur l’échelle de Richter, a fait trembler le cœur du Haut Atlas, qualifié par les hydrogéologues marocains de château d’eau géant ; "un grand réservoir qui permet de recharger les nappes", affirme le professeur Mohammed Hssaisoune, docteur en géologie, spécialité hydrogéologie-géophysique, à l'université Ibn Zohr à Agadir.
Comme indiqué dans la carte ci-dessus, la région du Haut Atlas abrite plusieurs nappes phréatiques profondes et superficielles, en son cœur comme dans sa périphérie. Parmi ces nappes superficielles, "on distingue les aquifères perchés du Haut Atlas qui ont sans doute été touchés par le séisme, avec une fracturation intense", ajoute notre interlocuteur.
Augmentation du niveau de l’eau
Ces aquifères perchés sont situés plus haut que la nappe phréatique dont ils sont séparés par une couche de sol relativement imperméable. Ce sont eux qui acheminent la ressource vers les aquifères de plaine. À cause des fracturations, certains de ses aquifères perchés ont libéré l’eau captée à partir des pluies et de la fonte des neiges, lors du tremblement de terre.
"D’après les témoignages des agriculteurs, il y a eu une augmentation du niveau de l’eau de certains puits après le séisme. Pas uniquement dans le Souss, mais dans l’ensemble des zones touchées", souligne le Pr Hssaisoune, qui nuance en expliquant qu’aucune étude n’a été entreprise à ce sujet pour le moment.
Les fracturations des aquifères peuvent également être à l’origine de la création de nouvelles sources qui alimentent les oueds et les plaines. Dans le Souss, les témoignages se multiplient sur l’apparition de sources. "La même chose dans le Haut Atlas, au niveau de la province de Ouarzazate. C’est dû au séisme", complète le Pr Hssaisoune.
"Quand il pleut ou neige dans les zones montagneuses, il y a une accumulation d'eau qui s'infiltre dans la roche. Dans la montagne, il y a parfois des hétérogénéités ; une zone où l'eau qui s'infiltre peut rester confinée", nous expliquait dans un précédent article, Yassine Ez-Zaouy, chercheur à l'Institut international de recherche sur l'eau et doctorant à l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P).
"Lorsqu'il y a une activité tectonique comme un séisme, cela provoque des discontinuités géologiques et la fissure de la formation où l'eau est confinée. Cette fracturation à petite ou grande échelle crée un chemin d'écoulement de l'eau", poursuit-il. "Dans le cas des sources dont le débit a augmenté, c'est grâce à l'interconnexion entre l'apparition de nouvelles sources et celles déjà existantes."
Un processus géologique complexe
Toutefois, l’apparition de nouvelles sources entraîne-t-elle le tarissement d’autres sources ? Si les chercheurs sondés se veulent prudents à ce sujet, tant qu’aucune étude scientifique en bonne et due forme n’est réalisée, on apprend qu'une source dans la région de Meknès s’est tarie juste après le séisme, avant de retrouver son débit habituel quelques jours plus tard.
Il s’agit de la source Ain Bitit. Son débit s’est curieusement arrêté avant de reprendre, en dépit de la distance qui la sépare de l’épicentre du séisme. "Les chaînes du Haut Atlas et du Moyen Atlas sont concernées par un processus géologique complexe. Il y a des liens entre elles", précise le Pr Hssaisoune.
"Les grandes sources comme Ain Betit, Ain Asserdoun (Béni Mellal), Ain Zerka (Errachidia), circulent via des fissures dans des formations calcaires. Ce sont donc des sources karstiques qui suivent une fracturation."
De ce fait, "il est fort probable que l’eau de Ain Betit provienne d’une zone lointaine, affectée par le séisme". Le fait que cette source soit tarie avant de reprendre son débit est la conséquence de la nature de son système de siphonnage.
Pour schématiser, on peut prendre l’exemple d’un robinet. Il ne verse de l’eau qu’une fois le réservoir plein. Ce qui fait qu’au moment du séisme, "les ondes qui ont atteint la source de Ain Betit ont pu dévier l’eau du siphon vers un autre endroit, ou bien il a augmenté le débit de la source au point qu’elle s’est tarie. Mais, plus tard, lorsque le siphon a été rempli, l’eau a repris son cours normal et s’est déversée via la source", conclut-il.
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