Message du Roi Mohammed VI aux AA2023 : “Le Maroc souhaite que l’Afrique puisse trouver sa place dans les instances internationales”
Le Roi Mohammed VI a adressé, ce vendredi 13 octobre, un message aux participants des Assemblées annuelles du groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui se tiennent du 9 au 15 octobre à Marrakech. Ce message a été lu au début de la plénière qui a marqué le début effectif des assemblées.
Dans ce message, dont lecture a été donnée par Omar Kabbaj, conseiller du Roi, le Souverain a assuré qu’"en tant que pays africain, le Maroc souhaite vivement que le Continent, dont la voix est désormais audible au sein du Groupe des 20 à travers l’Union Africaine, puisse trouver la place qui lui revient dans les autres instances internationales et ainsi mettre en œuvre ses agendas économiques et sociaux".
Les pays du Continent sont parmi ceux qui sont le plus touchés par le changement climatique, alors que leurs contributions aux activités à l’origine du réchauffement de la planète sont parmi les plus faibles, a écrit le Roi dans ce message,
Le Souverain a appelé, à ce titre, au réajustement des règles et des cadres régissant le traitement de la problématique de l’endettement afin que soient prises en compte les contraintes que rencontrent les pays à faible revenu les plus endettés pour faire face aux changements climatiques.
"L’Afrique, qui abritera en 2050 le quart de la population mondiale, se doit de bénéficier aujourd’hui des conditions qui lui permettront de renforcer ses marges de manœuvre, de mettre à profit son potentiel pour mieux répondre aux besoins de sa population, dans un monde de plus en plus incertain et marqué par des changements profonds de paradigmes", a estimé le Roi.
Le Souverain a, par ailleurs, rappelé que le Maroc avait fait de la coopération Sud-Sud son axe d’ouverture prioritaire.

Voici le texte intégral du message royal :
"Il nous est agréable de vous accueillir au Maroc et plus précisément à Marrakech, ville riche d’une histoire millénaire et d’un remarquable patrimoine culturel et civilisationnel.
Par ce statut particulier, Marrakech est non seulement une destination touristique mondiale, mais également un lieu privilégié pour l’organisation de manifestations internationales d’envergure, dont certaines façonnent notre histoire moderne. Citons notamment le sommet du GATT en 1994 qui a vu la naissance de l’Organisation mondiale du commerce et, tout récemment, en 2016, la COP22.
Nul doute qu’il en sera de même pour ces Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
A cet égard, nous tenons à saluer l’amitié et la confiance que vous nous témoignez par votre présence, aujourd’hui, à Marrakech, au lendemain du tragique séisme qui a frappé notre pays.
Nous assurons également de notre considération les Etats et les Organisations qui ont manifesté leur disposition à soutenir le Maroc, plus particulièrement dans la période de reconstruction des zones sinistrées.
Aujourd’hui donc, à la suite d’un report de deux ans en raison de la pandémie, Nous nous réjouissons de la tenue de ce prestigieux forum. Nous nous félicitons particulièrement de son retour sur le continent africain, après un demi-siècle et dans la région MENA, 20 ans après celui de Dubaï (en 2003).
Il va sans dire que les attentes à l’égard de ces Assemblées Annuelles sont élevées, au regard du contexte mondial exceptionnel et des défis géopolitiques, économiques et environnementaux auxquels nous sommes confrontés depuis quelques années.
Alors que notre planète fait face à des changements climatiques que les données ne cessent de confirmer comme une nouvelle réalité, le monde s’enfonce dans des problèmes que nous avions cru en grande partie résolus grâce aux règles et aux institutions multilatérales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, la fragmentation géoéconomique et la montée du souverainisme, animées en partie par la volonté de rééquilibrage des rapports de force économiques et politiques au niveau mondial, compromettent les avancées notables que le multilatéralisme avait permis de réaliser au cours des dernières décennies.
La mondialisation, à l’œuvre depuis les années 80, entraînant une réduction des coûts de production et favorisant la promotion du commerce mondial, a contribué en partie à une modération de l’inflation. Ce phénomène érode aujourd’hui le pouvoir d’achat des ménages à travers le monde, malgré des politiques monétaires agressives, largement synchronisées, mais non sans conséquences sur l’activité économique.
La mondialisation a assurément contribué, de manière tangible, à améliorer les niveaux de vie, permettant à de larges franges de la population mondiale d’échapper à la pauvreté. Toutefois, elle a eu des effets collatéraux qui se sont traduits notamment par un creusement des inégalités.
Les évolutions économiques, sociales et politiques de ces dernières années appellent certes à une réforme des institutions et des règles régissant le multilatéralisme. Néanmoins, les principes de base de ce dernier doivent être consolidés et l’esprit qui l’anime ravivé. Ils demeurent en effet indispensables pour préserver la stabilité et la paix mondiales et favoriser les synergies afin que soient relevés les défis communs auxquels font face notre planète et nos peuples.
Mais, comme nous le savons tous, face à des défis mondiaux, il faut des solutions mondiales et celles-ci ne peuvent être conçues que dans le cadre de l’unité et du respect mutuel.
Pour cela, il convient d’intégrer et de valoriser la diversité comme source de richesse et non de conflit, en tenant compte des spécificités intrinsèques à chaque pays et à chaque région.
De même, il importe de revoir et d’améliorer l’architecture financière mondiale pour qu’elle soit plus équitable et plus inclusive. Ces Assemblées annuelles constituent, à cet égard, le forum idoine pour un dialogue et un débat constructif autour de cette refonte.
Nous appartenons tous à une seule et même planète et les avenirs de nos pays sont, à l’évidence, indissociables.
C’est dans cet esprit que nous inscrivons notre vision du développement au Maroc. Nos atouts se fondent sur l’histoire millénaire de notre pays, sur son statut de terre de paix, de brassage civilisationnel et de cohabitation des religions et de cultures ; ils sont favorisés par une position géographique au carrefour de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe.
Notre approche privilégie l’ouverture économique et la coopération. D’ailleurs, nous nous inscrivons dans les différents agendas mondiaux, en termes de développement économique, de lutte contre le changement climatique aussi bien que dans le combat contre le terrorisme, le blanchiment de capitaux et la montée de l’insécurité cybernétique qu’engendre la révolution digitale.
Nous avons en particulier fait de la coopération Sud-Sud notre axe d’ouverture prioritaire et nous procédons en cela selon une démarche de co-développement avec les pays frères et amis du Continent.
Au plan interne, nous avons, depuis le début des années 2000, lancé des réformes sociétales, sociales et économiques majeures, ainsi qu’un vaste programme d’infrastructure. En parallèle, nous avons veillé à la préservation des équilibres macroéconomiques, que nous considérons comme garants de la souveraineté et de la résilience économiques.
C’est une approche équilibrée où la politique économique est mobilisée au service du développement humain que nous avons érigé en priorité absolue, depuis Notre Accession au Trône, et que Nous avons renforcée depuis la pandémie Covid-19. Dans ce cadre, nous avons également lancé un chantier sans précédent pour la généralisation de la protection sociale dans notre pays.
Les retombées de cette vision sont déjà palpables : l’économie nationale a affiché une résilience notable dans cet environnement international complexe et incertain marqué par une succession de chocs invraisemblables ces dernières années.
Par ailleurs, notre pays a conforté son positionnement en tant qu’îlot de paix, de sécurité et de stabilité, de partenaire crédible et de hub économique et financier régional et continental.
C’est ainsi que Nous considérons l’accueil de ces Assemblées par le Maroc comme l’aboutissement d’un partenariat de longue date, bâti avec les institutions de Bretton Woods. Il témoigne, en outre, de la confiance dans la solidité de notre cadre institutionnel et de nos infrastructures ainsi que dans notre engagement à contribuer au raffermissement des relations internationales.
En tant que pays africain, le Maroc souhaite vivement que le Continent, dont la voix est désormais audible au sein du Groupe des 20 à travers l’Union africaine, puisse trouver la place qui lui revient dans les autres instances internationales et ainsi mettre en œuvre ses agendas économiques et sociaux.
Comme vous le savez, les pays du Continent sont parmi ceux qui sont le plus touchés par le changement climatique, alors que leurs contributions aux activités à l’origine du réchauffement de la planète sont parmi les plus faibles.
Les règles et les cadres régissant le traitement de la problématique de l’endettement devraient donc être réajustés afin que soient prises en compte les contraintes que rencontrent les pays à faible revenu les plus endettés pour faire face aux changements climatiques.
L’Afrique qui abritera en 2050 le quart de la population mondiale se doit de bénéficier aujourd’hui des conditions qui lui permettront de renforcer ses marges de manœuvre, de mettre à profit son potentiel pour mieux répondre aux besoins de sa population, dans un monde de plus en plus incertain et marqué par des changements profonds de paradigmes.
Au cours de la pandémie de Covid-19, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, avec l’ensemble des agences et organismes internationaux constituant les piliers du système multilatéral mondial, ont fait preuve d’une grande agilité et réactivité. Leur appui aux efforts de nombreux pays membres a ainsi été crucial pour atténuer l’impact économique et social de la pandémie.
Nous sommes persuadés que ces deux institutions ne ménageront aucun effort pour que ces Assemblées aboutissent à des avancées tangibles et concrètes. Notre souhait est que les divergences entre les grandes économies puissent être atténuées et que les efforts et les synergies soient davantage mobilisés au service de la paix et de la prospérité mondiales, dans un esprit de solidarité envers les pays les plus vulnérables.
Grâce à un dialogue franc, constructif et équilibré, nous pourrons concilier les enjeux économiques et financiers d’un côté et les défis humains de l’autre. Ainsi, nous pouvons construire ensemble, pour la planète, l’avenir que chacun de nous espère pour ses enfants."

à lire aussi
Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.
Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.
Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.
Article : L’Oukaïmeden, station d’hiver et espace culte de transhumance
Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.
Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.
Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.