AA2023. Initiative Parallèle: la société civile s’invite dans le débat
Dette climatique, dette coloniale, surendettement, les notions en lien avec la dette ont été la vedette des rencontres organisées par l’initiative parallèle aux rencontres annuelles de la banque mondiale et du FMI organisés à Marrakech.
Tenue du 11 au 15, au centre des conférences de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech, l’Initiative civile parallèle de la société civile aux rencontres annuelles de la banque mondiale et du FMI a rassemblé sur plus de 150 ateliers et rencontres les représentants de plus de 300 organisations de la société civile de 3 continents. Cette ouverture sur l’internationale est matérialisée dés la rencontre inaugurale, qui donne au tout début la parole à la Palestine.
Au-delà de l’actualité et de la symbolique, c’est la "centralité de la lutte pour la justice et la démocratie" qui caractérise le positionnement des organisations qui ont appelé à la tenue de ces rencontres, comme ça été avancé lors du mot d’ouverture sous les applaudissements de la nombreuse présence.
Dette et justice, les notions vedettes
Et la thématique de la justice tout comme celle de la dette va accompagner les différentes questions abordées durant cette messe se voulant alternative aux rencontres officielles tenues à Bab Ighli. Les panels qui se sont succédés lors de l’ouverture ont donné le ton. Des intervenants venus de Belgique, Tunisie, Inde, en plus des intervenants marocains ont traité de questions telles que la justice sociale d’un point de vue de l’impact des crises de la dette, de la crise climatique, de la protection sociale ou de la place des jeunes dans les sociétés. Des perspectives différentes qui montrent la richesse des sujets et des angles de traitement proposés par les organisations participantes.
"Il s’agit de rencontres, d’échange et de concertation cherchant à évaluer les politiques et approches de la banque mondiale et du FMI et l’impact de leurs politiques sur les pays du sud" affirme Kamal Lahbib, un des coordinateurs de l’Initiative. Et d’ajouter, "nous cherchons à mettre en relief ces impacts sur tout ce qui concerne la dette, le climat, la migration, les droits humains, notamment des femmes, la jeunesse etc.".

Tout comme lors des rencontres officielles, les questions climatiques, ont été largement couvertes, du point de vue de la justice climatique. «"l y a 12 rencontres de prévues en lien avec le climat. Ici, on ne parle pas transition écologique ou énergétique, comme cela se fait dans le discours dominant, mais plutôt d’une approche holistique autour de la notion de justice climatique", affirme Yasmine Boutayeb, une des chevilles ouvrières de l’Initiative. Une vision qui englobe aussi bien les aspects liés au climat que leurs interactions avec les questions économiques, financière, sociale, démocratique ainsi qu’en termes de justice sociale.
La justice sociale, une autre thématique-phare de ces rencontres, puisqu’une dizaine d’ateliers ou d’interventions ont concerné ce point. Des interventions qui concernent les liens de la justice sociale avec le surendettement public, avec l’égalité des genres, avec la généralisation de la couverture sociale, son financement etc. Et ce ne sont pas seulement des analyses ou des angles de traitements originaux qui sont proposés durant ces rencontres mais aussi, des propositions concrètes et des solutions alternatives qui sont avancées.
Ainsi, une des solutions concernant la justice climatique, peut-être la mise en place d’un processus de justiciabilité de la dette climatique, c’est-à-dire porter plainte contre des entreprises ou des pays pollueurs pour pouvoir les contraindre à baisser leurs émissions de CO2 ou de payer des dommages et intérêts.
Dans le même sens, des actions contentieuses peuvent être engagées notamment contre des entreprises, pour les obliger à respecter certaines normes environnementales. Il s’agit d’un "droit à la réparation" insiste Antoine Madelin, directeur du plaidoyer international à la Fédération Internationale des Droits Humains. Et d’ajouter que "plusieurs actions adoptant ces stratégies ont été un succès, et poussent les entreprises à réfléchir à deux fois quant à leur comportement dans les pays du sud en lien avec les coûts en termes financiers et de réputations".
Une place à la table
D’autres solutions sont avancées pour faire face à la double peine des pays les plus touchés par les changements climatiques, et qui se trouvent être à plus de 93% les plus impactés par les phénomènes de surendettement. Ainsi, une proposition de swap climatique pourrait compenser les pays les plus touchés par les effets des changements climatiques par une baisse équivalente de leurs dettes, une fois que cette dette climatique aura été évaluée. "C’est tout à fait faisable, puisque la dette climatique des pays du nord a été très précisément évaluée", affirme le représentant de la FIDH.
En fait ce qui est en jeu par ces stratégies ou ces propositions, ce n’est pas moins que la réforme de l’architecture mondiale et des institutions internationales. Avec la mise en place de nouveaux rapporteurs spéciaux des Nations Unies, souvent à l’initiative des pays du sud ou avec la pression des mouvements sociaux et des ONG, comme le rapporteur spécial sur la dette étrangère ou qui s’occupe de la lutte contre l’extrême pauvreté, ainsi que les rapports du GIEC, c’est une nouvelle ère qui peut être ouverte pour les pays du sud pour pouvoir peser dans la balance internationale. En effet, les rapports qui se sont succédés, ont pu documenter de manière très précise, les manières dont les politiques mises ne place par les IFI ont des conséquences directes sur les pays du sud. Cette documentation permet d’ouvrir la porte à ces pays pour être compensés aussi bien pour la dette coloniale ou celle climatique, ou encore pour une meilleure représentation dans les organisations internationales.
En organisant cette initiative parallèle, la société civile marocaine, au-delà de montrer l’étendue de son réseautage à l’international, a montré son ambition de s’impliquer dans les débats internationaux. C’est d’ailleurs ce qu’affirme Yassine Abbar, un des coorganisateurs de ces rencontres pour qui "il est temps que les sociétés civiles des pays du sud, aient une plus grande part dans les tables de négociations des politiques qui concernent nos pays".
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