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AGRICULTURE

Travaux du sol, semences, emblavement… Comment démarre la campagne céréalière 2023-2024

La campagne céréalière accuse un léger retard. En cause, des conditions climatiques qui ne sont pas encore optimales, et l'hésitation des agriculteurs qui privilégient les variétés sélectionnées de semences dites "blanches" à la qualité boulangère supérieure, mais dont la disponibilité est moindre cette année.

Travaux du sol, semences, emblavement… Comment démarre la campagne céréalière 2023-2024
Chady Chaabi
Le 7 novembre 2023 à 18h03 | Modifié 7 novembre 2023 à 18h31

Des semences et des engrais disponibles en quantité importante. Une pluviométrie légèrement supérieure à l’année dernière et des températures idéales. Toutes les conditions semblent réunies pour le semis des céréales sur une superficie prévisionnelle d’environ 4,5 millions d’hectares, dont le blé tendre (48%), l’orge (29%) et le blé dur (21%).

Cependant, "en matière d'avancement de la campagne céréalière, il y a un retard qui n’est pas rédhibitoire au niveau de l’approvisionnement de semence, et donc d’emblavement", explique à Médias24 un ingénieur agronome établi dans la région de Fès-Meknès, l’une des principales régions céréalières du Royaume. 

S'il n'y a pas de règles strictes en matière de conduites culturales dans le cas des céréales, "d’habitude, à cette époque de l’année, nous assistons à un va-et-vient incessant des tracteurs, des chariots de semences sur le bord des routes ; ce qui n'est pas le cas actuellement", déplore notre interlocuteur. Bref, l'effervescence du monde agricole ne bat pas encore son plein, même si cette période de l’année s’y prête.  

Les exploitants prennent leur temps par précaution 

Selon le Pr Bennasseur Alaoui, spécialiste des grandes cultures, les céréales, et en particulier le blé tendre, doivent être idéalement semés entre le 15 octobre et le 30 novembre dans le pré-Rif, le Loukkos, le Gharb, le Zaer, la Basse Chaouia, Doukkala et dans le Haouz.  Et entre le 1er et le 30 novembre pour les zones céréalières de Abda, Chaouia, Chiadma, la Moulouya, les plateaux des phosphates, Saïs, Souss et Taza. Mais en ce mardi 7 novembre, les agriculteurs commençaient à peine à travailler leur sol. Dans le meilleur des cas. Autant dire que les exploitants prennent leur temps, par crainte d’un remake du scénario de la précédente campagne.

D’après Mostapha Mrhari, chef de division des filières de productions agricoles à la Direction régionale de l'agriculture de Fès-Meknès, où la superficie de céréales prévue est de 697.000 ha, dont 20.000 ha environ de semis direct, "les agriculteurs attendent les précipitations, avec un lancement du semis prévu pour le 15 novembre". 

Mais cette étape cruciale pourrait aussi intervenir beaucoup plus tard, "à la mi-décembre", prévient un ingénieur agronome. "L’agriculteur craint de semer trop tôt. Cela évite aux graines de subir l’impact d’un manque de pluie. Donc, les agriculteurs retardent l’emblavement pour coïncider avec les précipitations", explique Mostapha Mrhari. 

Un scénario redouté qui s’était réalisé lors de la dernière campagne où le plein de céréales n’avait pas été atteint. Néanmoins, les récentes précipitations ont encouragé les agriculteurs. "Nous l’avons constaté à travers une accélération de l’achat des semences et des engrais", assure Mohamed Amraoui, adjoint du directeur à la Direction provinciale de l’agriculture de Sefrou et chef de service de la mise en œuvre des projets. 

Cela conforte l’idée selon laquelle l’objectif n’est pas uniquement de semer pour semer, mais plutôt "d'avoir un bon rendement grâce à des techniques de production optimales et à l’utilisation de semences sélectionnées", insiste notre interlocuteur. C’est justement ce plan d’action qui a permis une bonne récolte lors de la précédente campagne, malgré des conditions climatiques pour le moins difficiles.  

Un profil variétal quelque peu déséquilibré

La disponibilité des semences n’est pas sujette à difficultés. "Nous avons préparé 1,1 million de quintaux de semences qui seront essentiellement distribuées par la Sonacos. Dans les faits, l’agriculteur plante, puis se fait rembourser à travers le Fonds de développement agricole (FDA)", nous explique le ministère de tutelle. 

A contrario, le profil variétal des semences mises à la disposition des agriculteurs ne les satisfait pas totalement. En raison de deux années consécutives de sécheresse, les variétés demandées par les agriculteurs ne sont pas toutes disponibles en grande quantité.

S’il n’est pas question de pénurie, "il est probable que les variétés blanches, qui sont très demandées pour leur qualité boulangère, ne soient pas disponibles en grande quantité par rapport aux variétés de blé rouges", indique à Médias24 une source professionnelle. Un obstacle qui n'est pas insurmontable et qui trouve sa source dans la production issue de la précédente campagne. 

"La région du Gharb a été la plus productive en matière de céréales grâce à des variétés rouges dont le rendement peut dépasser les 90 quintaux/hectares. En revanche, la qualité boulangère de cette production est quelque peu inférieure aux variétés blanches", nous explique notre interlocuteur. 

Une problématique à prendre en considération pour la prochaine campagne afin de ne pas tomber dans un cercle vicieux, d’autant que la filière céréalière a un poids socio-économique important. Cette culture prédomine pour la quasi-totalité des exploitations agricoles et contribue de 10% à 20% du PIB agricole en fonction des conditions climatiques. Et ce, sans oublier son rôle dans la sécurité alimentaire, la stabilité de l’activité agricole et de l’emploi dans le milieu rural, ainsi que l’utilisation des capacités de transformation industrielle, car elle est aussi interdépendante avec les filières animales en raison de l’importance des céréales destinées à l’alimentation animale (orge, maïs, paille, chaume et sous-produits de la transformation des céréales).

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Chady Chaabi
Le 7 novembre 2023 à 18h03

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