En Pologne, des variétés traditionnelles d’orge marocain considérées comme solution face à la sécheresse
Conservées dans le Centre national des ressources phytogénétiques à Varsovie depuis près de trente ans, des variétés traditionnelles d’orge marocain sont prisées par les chercheurs polonais pour leur capacité à donner de bons rendements, même dans des conditions défavorables. Des ressources génétiques précieuses pour l'amélioration de la tolérance.
Le stress hydrique concerne également les pays de l'hémisphère Nord. La Pologne en est le parfait exemple. Confrontée à une sécheresse qui s’intensifie ces dernières décennies, ce pays d’Europe de l’Est a jeté son dévolu sur des variétés traditionnelles d’orge marocain pour améliorer les performances d'un secteur agricole touché par la sécheresse, où les céréales, et notamment l’orge, sont primordiaux.
C’est justement ce qui ressort d’une étude publiée le 23 octobre 2023, intitulée : "Caractérisation du germoplasme d'orge marocain conservé dans la banque de gènes polonaise, première étape vers la sélection de formes présentant une tolérance accrue à la sécheresse".
L’objectif est de s'appuyer sur des variétés d’orge récupérées "à la suite de deux expéditions au Maroc, effectuées par l'équipe de la banque génétique en 1986 et 1989", précisent les auteurs de l’étude.
Ces variétés, qui sont actuellement conservées dans le Centre national des ressources phytogénétiques à Varsovie, constituent une précieuse source de génotypes adaptés à la sécheresse. Ce n’est pas une surprise en soi, tant le Maroc jouit d’une biodiversité exceptionnelle.
Le Maroc, un point chaud de la biodiversité
Au quatre coins du globe, il existe 36 régions classées comme points chauds de la biodiversité. Le Maroc est le plus riche et l'un des plus importants réservoirs de diversité végétale et de spéciation en Méditerranée.
En chiffres, 3.913 taxons (espèces) appartenant à 155 familles, 981 genres et 1.298 sous-espèces ont été identifiés dans le Royaume, dont 878 taxons endémiques, soit environ 22,5%.
"Cette richesse s'explique par la situation géographique du pays, sa topographie, sa géologie et son climat variés", affirment les scientifiques polonais.
Plus important encore, les écosystèmes agricoles traditionnels du pays sont de type agroforestier-pastoral. Autrement dit, ils sont caractérisés par la pratique de diverses cultures traditionnelles. En témoigne la majorité des exploitations, en particulier dans les zones montagneuses, qui sont de petite taille et ont une surface agricole utile réduite.
À cela s’ajoute le fait que les cultures sont souvent exposées à des stress multiples qui ont un impact majeur sur les rendements. Résultat, "les variétés locales ont été façonnées par l'impact de très fortes pressions de sélection de facteurs abiotiques, biotiques et environnementaux, ainsi que par l'adaptation progressive aux écosystèmes locaux et par les pratiques agricoles antérieures", explique ladite étude.
Des rendements stables en temps de pénurie
Parmi ces variétés locales conservées par les agriculteurs, et qui font rarement l’objet d’une amélioration du rendement et de la qualité, on retrouve certaines variétés d’orges jouissant de la capacité innée de produire des rendements stables et durables dans des conditions caractérisées par un stress important et de faibles apports d'intrants.
"L'orge montre une adaptation considérable aux stress du sol, tels que la sécheresse et la salinité, qui limitent la croissance et le rendement. Des études ont montré que le rendement des variétés locales dans des conditions défavorables peut être comparable ou supérieur à celui des cultivars améliorés", précisent les auteurs.
Partant du principe que l'orge est actuellement la quatrième culture la plus importante sur le plan économique dans le monde, d’après l’Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les caractéristiques de l’orge marocain traditionnelle sont utiles, notamment sur le plan génétique.
En conséquence, les variétés traditionnelles d’orge marocain, provenant de régions où les précipitations annuelles sont faibles, voire extrêmement faibles, "représentent des ressources génétiques précieuses pour l'amélioration de la tolérance à la sécheresse chez l'orge”, soulignent les chercheurs.
Les variétés conservées dans la banque de gènes polonaise possèdent une forte hétérogénéité interne, puisqu'une seule accession contient un nombre important de génotypes différenciés. "Afin de rendre ce matériel unique utilisable pour la sélection, il sera nécessaire de poursuivre la recherche et la sélection d'individus présentant la combinaison de caractères la plus favorable, en s'appuyant sur les technologies les plus récentes", conclut l’étude.
Au Maroc, l'enjeu de la souveraineté semencière est majeur
Alors que la Pologne examine ces variétés traditionnelles pour en extraire "la combinaison de caractères la plus favorable", au Maroc ces variétés traditionnelles ne sont que très peu utilisées. Nous utilisons principalement les céréales importées et les céréales développées.
Ce qui présente un risque de dépendance aux semences importées, et donc de perdre de la capacité productive. Lors d'un webinaire organisé par des professeurs de l'IAV en 2022, l'une des mises en garde mentionnées était, qu'en l'absence d'inscription des variétés locales, on ne puisse plus contrôler le progrès génétique.
Si la continuité est brisée, on risque une érosion de la biodiversité, avec la perte de semences ancestrales. Or, le potentiel semencier existe et ne demande qu'à être exploité.
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