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ECONOMIE

Stations services: “sans liberté contractuelle, décider des prix est une fiction”

Les stations-service indépendantes auront à présent la latitude pour changer les prix de vente publics immédiatement et à tout moment sans homologation préalable. C'est l'un des engagements pris par les pétroliers vis à vis du Conseil de la concurrence. Voici ce qu'en pense la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service du Maroc. Echange avec son secrétaire général Réda Nadifi.

Stations services: “sans liberté contractuelle, décider des prix est une fiction”
Ph. AIC Press
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Le 25 novembre 2023 à 13h34 | Modifié 26 novembre 2023 à 12h07

Dans le sillage de l'amende transactionnelle de plus de 1,8 milliard de DH que les pétroliers vont payer, ils se sont engagés sur un ensemble de comportements afin d’améliorer le fonctionnement concurrentiel du marché des hydrocarbures à l’avenir.

Parmi ces engagements, figure un point révolutionnaire pour le secteur : donner la possibilité aux stations-service indépendantes toute latitude pour modifier les prix de vente publics à leur niveau, immédiatement, à tout moment et sans homologation préalable.

Comment ces stations accueillent-elles cette mesure, d’autant qu’il s’agit de l’une de leurs revendications, qui remonte à plusieurs années.

Une mesure jugée insuffisante

"C’est une bonne mesure mais elle reste insuffisante", estime auprès de Médias24 Réda Nadifi, secrétaire général de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service du Maroc. "Elle devait être accompagnée par la liberté contractuelle au profit des stations-service indépendantes", nous confie-t-il.

"Quand on lit cet engagement, on a l’impression que les stations-service indépendantes seront plus libres dans la fixation des prix", ce qui leur permettra peut-être d’être plus concurrentielles. Or en réalité, "nous n’avons pas cette liberté. En tant que stations-service indépendantes, nous ne disposons pas des outils de la concurrence car nous ne décidons pas des prix d’achat du carburant", nous explique M. Nadifi.

"Le prix d’achat du litre du carburant nous est imposé par les pétroliers. Le handicap dans ce secteur réside dans les lois qui l’encadrent. Il y a un vide réglementaire qui nous prive de la liberté contractuelle", poursuit-il.

"Certes, les lois encadrant le secteur ont changé et évolué, mais leurs textes d’application accusent beaucoup de retard. Les textes réglementaires en vigueur nous imposent des contrats de 10, 15, voire 20 ans avec les sociétés pétrolières qui nous fournissent. Les stations-service indépendantes sont mises en place par des porteurs de projets qui investissent beaucoup d’argent, notamment en achetant le terrain, mais qui ne sont pas libres. Par le biais de ces contrats, nous ne pouvons nous approvisionner qu’auprès de ces sociétés."

"En cas de baisse ou d’augmentation des prix, nous ne sommes pas mis au courant lors de l’approvisionnement. Nous achetons donc par exemple 70 millions de DH de carburant, sur lesquels nous pouvons perdre jusqu’à 5 MDH. Les sociétés pétrolières savent quand elles vont augmenter ou baisser leurs prix, puisqu’il s’agit d’une stratégie commerciale, mais elles ne nous en parlent pas. Et lorsqu’elles le font, elles nous proposent un prix de vente."

"Nous assimilons cette relation entre les stations-service indépendantes et les pétroliers à un mariage catholique dans lequel il n’y a pas de divorce. Or, la relation commerciale doit être win-win. Il doit y avoir un gain. Dans le cas contraire, les deux parties doivent avoir la liberté de partir ailleurs, ce que l’on ne peut pas faire actuellement."

"Cette mesure devait être accompagnée d’une liberté contractuelle"

"Nous avons déjà tenu une réunion avec le Conseil de la concurrence pour lui exposer nos contraintes", poursuit notre interlocuteur. "Nous avons ainsi demandé une liberté contractuelle. Nous lui avons proposé de nous livrer des autorisations aux noms des investisseurs, de pouvoir choisir nos fournisseurs et d’avoir par exemple un cahier des charges à respecter (rester ouvert 24h/24, avoir un stock minimum...), sur lequel on accepte d’être sanctionné en cas de non-respect."

"Nous avons également proposé de mettre en place des contrats de courte durée, de 5 ans par exemple. Une telle mesure nous permettra de changer de fournisseur en cas d’entrée sur le marché de sociétés qui proposent des prix plus concurrentiels. Actuellement, nous sommes obligés de nous approvisionner auprès de la société pétrolière avec laquelle nous sommes liée par contrat, même si elle propose des prix plus élevés que ceux pratiqués sur le marché."

"La liberté que nous procure cet engagement est donc fictive. Près de 50% des stations-service indépendantes réalisent à ce jour la même marge qu’il y a près de vingt ans", conclut Réda Nadifi.

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Le 25 novembre 2023 à 13h34

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