Fruits rouges. Superficies et rendements en baisse à cause du changement climatique
Après une croissance à deux chiffres au cours de la dernière décennie, la filière des fruits rouges fait face à une réduction des superficies, de la fraise en particulier, et à des rendements en baisse. En cause, la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes. Le point avec Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges.
À l’instar de la grande majorité du secteur agricole, la filière des fruits rouges n’a pas été épargnée par les conditions climatiques extrêmes ayant sévi ces derniers mois dans le pays. En plus des rendements qui sont en baisse, les superficies cultivées font état d’une réduction, en particulier s’agissant de la fraise.
"Nous vivons une période de flottement due à la baisse des superficies de la fraise. De plus, le secteur est mature. Donc, c’est normal qu’il y ait des moments d'accalmie en matière de croissance. Nous attendons des signaux positifs pour envisager une meilleure campagne en 2023-2024", déclare à Médias24 Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges.
Baisse des superficies de la fraise de l'ordre de 1.200 ha
Lors de la campagne agricole 2021-2022, 11.550 ha ont été consacrés à la production de fruits rouges dans le pays. Cette superficie était répartie entre les fraises (3.500 ha), les myrtilles (4.800 ha), les framboises (4.000 ha), les mûres et baies de goji (150 ha). Pour la campagne 2022-2023, les superficies ont atteint 13.355 ha.
Les mauvaises conditions climatiques n’ont pas plaidé en faveur d'une nouvelle hausse pour la saison 2023-2024. Actuellement, la superficie totale des fruits rouges au niveau national est d'environ 11.950 ha. Soit une diminution de 11,8%. Contrairement aux myrtilles, qui sont des arbustes dont la superficie augmente de 200 et 300 ha par an (5.300 ha), "les superficies baissent significativement, principalement pour la fraise", précise Amine Bennani.
"Les superficies sont passées de 3.800 ha à 2.500 ha. Alors que nous avions l’habitude d’importer 200 millions de plants, nous n’en avons importé que 139,1 millions", poursuit-il, précisant que, dans le cas de la framboise, "la baisse des superficies est légère, en comparaison avec la fraise".
Dans le cas de cette dernière, une telle diminution n’est pas le fruit du hasard. "Les producteurs ont vécu une année difficile. Ils ont eu des difficultés à payer leurs fournisseurs et, donc, n’ont pas pu planter cette année", déplore le président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges.
De plus, les rendements sont loin des attentes des agriculteurs. "On remarque une baisse de 10% à 20% des rendements à cause des changements climatiques, des phénomènes météorologiques extrêmes, à l’image des records de températures à Agadir et des vents violents qui ont affecté la floraison dans diverses régions", souligne notre interlocuteur. Partant du principe que 214.000 tonnes ont été produites lors de la précédente campagne, les récoltes pour cette saison devraient être comprises entre 170.000 et 190.000 tonnes.
À la conquête du marché chinois
Afin que les superficies repartent à la hausse et que les rendements s’améliorent, le développement de cette culture dans d’autres régions est nécessaire. Alors que la région du Loukkos et du Gharb abrite 75% des superficies, le développement de cette culture dans le sud du pays est encore en phase expérimentale.
"Pour Dakhla, les essais sont en cours, même si les résultats ne sont pas très concluants. S’agissant de Meknès, la superficie continue de croître petit à petit", nous explique Amine Bennani. Il faudra multiplier ce genre d’initiative au vu des ambitions élevées des producteurs. Car si le marché principal est l’Union européenne à plus de 90%, d’autres destinations sont friandes des fruits rouges marocains.
"Des marchés tels que le Moyen-Orient (Arabie saoudite, Emirats arabes unis) et la Russie, sont en train de croître de manière significative. Actuellement, nous essayons de pénétrer le marché chinois. Il y a un comité qui aurait dû voyager en Chine pour activer le dossier, mais il a été reporté au mois de février 2024", conclut le président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges.
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