La tomate ronde de plus en plus chère : une situation qui risque de s'aggraver à l'approche du Ramadan
La récente augmentation du prix de la tomate est la plus importante enregistrée depuis plusieurs années. Du moins, selon les prix constatés au marché de gros de Casablanca, qui darine les plus gros volumes du pays. Contactées par Médias24, des sources professionnelles font état de leurs préoccupations pour le mois de Ramadan, durant lequel les prix risquent d’atteindre des sommets.
Ces derniers jours, le prix de la tomate ronde a de nouveau augmenté, atteignant un minimum de 13 DH/kg dans plusieurs quartiers de Casablanca. Et selon des sources professionnelles, les prix risquent d’augmenter considérablement à l’approche du Ramadan, pour dépasser les 20 DH/kg.
Actuellement, dans le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, le kilo de tomates rondes s'échange à au moins 10,5 DH, d'après la Société de développement local (SDL), Casa Prestations. Un tarif qui n'a pas été atteint ces trois dernières années (voir ci-dessous) et qui, de surcroît, ne semble pas en phase avec la réalité.
"Une caisse de tomates rondes de qualité premium (export) peut atteindre 500 DH (15 DH/kg), mais encore faut-il mettre la main dessus, car elle est principalement destinée aux marchés internationaux. S'agissant des tomates rondes issues des écarts, le prix d’une caisse varie de 300 à 400 DH (entre 10 et 13 DH/kg)", indique à Médias24, Abdelfattah Lamzaouri, représentant des commerçants du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca.
Plus au sud, dans le marché de gros d’Inezgane, situé à une vingtaine de kilomètres d’Agadir, la caisse de tomates rondes coûte jusqu’à 300 DH (10 DH/kg), à quelques dizaines de kilomètres seulement du lieu de leur récolte. Plusieurs raisons expliquent cette hausse, que ce soit en amont ou en aval du processus de production.
Hausse du prix de production à l'hectare
En amont, la hausse du prix des intrants agricoles (semences, eau, engrais…), qui s’est accentuée cette année, a évidemment eu des répercussions sur les prix de vente. "La production d’un hectare de tomates rondes coûte aujourd’hui jusqu’à 700.000 DH contre 300.000 DH il y a quelques années", explique à Médias24, l'Association des producteurs de Chtouka (ACPA).
Un écueil que les subventions accordées dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA) n’ont pas réussi à régler. "Les subventions sont insuffisantes. D’autant plus que pour certaines, comme celles liées aux semences, elles ne pourront être accordées aux agriculteurs que deux ou trois mois après avoir effectué les plantations", déplore la même source.
En outre, les rendements ne sont pas à la hauteur des attentes, en raison notamment des conditions climatiques difficiles. "Il y a eu plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes qui ont impacté les premières plantations de tomates rondes (vent violent, températures élevées…)", indique l’ACPA.
De plus, de nombreux producteurs ont décidé cette année de délaisser la tomate pour d’autres cultures comme les fruits rouges. "Sans oublier les virus comme le ToBRFV (le virus des fruits bruns et rugueux de la tomate)", reprend la même source. "Plusieurs producteurs ont dû greffer de nouveaux plants de tomate à cause notamment du virus ToBrfv, retardant ainsi les premières récoltes".
D'ailleurs, les quantités de tomate ronde qui accèdent au marché de gros de Casablanca sont en baisse. "Nous constatons une baisse du tonnage de tomates rondes qui accèdent au marché, de l'ordre de 30%. Et c’est le cas de l’ensemble des légumes", souligne Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca.
Des prix élevés sont attendus pendant le mois de Ramadan
En aval de la production, plusieurs paramètres influent négativement sur les prix de la tomate ronde. Tout d’abord, l'augmentation du prix du transport entre Inezgane et Casablanca. "Le coût du transport, qui était compris entre 8 et 12 DH par caisse, a récemment augmenté pour atteindre 20 DH par caisse transportée", indique une source professionnelle.
À cela, s’ajoute la multiplication des intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur final. On relève aussi la faible diversité des zones de production. Par exemple, les tomates produites dans la région de Doukkala ne coûtent en moyenne que 90 DH par caisse (3 DH/kg). Mais dans cette zone, la production est limitée à cause du stress hydrique, comme en témoigne la situation du barrage Al Massira, quasiment à sec (le taux de remplissage frôle 1%).
"À une époque, les zones de production de Doukkala produisaient suffisamment de tomates pour fournir la région de Casablanca à des prix abordables. Mais à cause du manque d’eau, l’ensemble des cultures maraîchères ont vu leurs rendements et superficies diminuer", déplore le représentant des commerçants du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca.
En somme, on s’achemine doucement mais sûrement vers un remake de l’année dernière, qui a connu une pénurie, suivie d'une hausse du prix de la tomate ronde sur le marché national, à l’approche du mois de Ramadan. "La situation risque de s'aggraver lors du prochain Ramadan où le kilo de tomates pourrait dépasser les 20 DH", s’inquiète l'Association des producteurs de Chtouka.
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