A l'Académie du Royaume, “l'archéologie grande absente des interventions après le séisme”, constatent les scientifiques
JOURNEE D'ETUDE. Organisée le 16 décembre, cette journée d’étude a pour objectif de développer une réflexion sur l’importance de l’archéologie de sauvetage, notamment à travers l’exemple de Tinmel et les sites patrimoniaux de la région d’al Haouz qui ont été durement éprouvés par le séisme. Qu’est-ce que l’archéologie de sauvetage ? En quoi est-elle indispensable dans le cadre de toute opération de restauration ?
“L’archéologie est jusqu'à aujourd'hui toujours mise à l'écart sur les chantiers de reconstruction comme si la dimension archéologique et celle patrimoniale n’étaient pas complémentaires et utiles l’une à l’autre”. Tel est le constat sur lequel s'est ouverte la journée d'étude organisée ce samedi 16 décembre par l'Académie du Royaume du Maroc.
“L’archéologie ne doit pas être une variable d’ajustement des chantiers de restauration. Elle n’a pas pour vocation de perturber la gestion opérationnelle de la maîtrise d’ouvrage mais propose une expertise que seul l’archéologue peut apporter", soulignent les panélistes présents lors de cet événement.
Et d'ajouter: "En situation de catastrophe, le temps immédiat de réaction est certes crucial, mais l’archéologie ne doit pas être vue comme un facteur de blocage du développement; elle est plutôt un outil parmi d’autres qui doit être pris en considération dans les politiques d'aménagement du territoire”.
L’archéologie de sauvetage
L’intervention des archéologues est d’autant plus importante et cruciale dans des contextes dits de sauvetage ou préventifs. En d’autres termes, il s’agit d'études préalables des bâtiments et des monuments en amont des opérations de mise en valeur patrimoniale.
A titre d'exemple, le tremblement de terre du 8 septembre qui a frappé le Haut Atlas, a fait apparaître des longrines (poutres, ndlr) au niveau des murs de la mosquée de Tinmel. Ce sont des pièces de bois archéologiques qui étaient noyées horizontalement dans les murs d’enceintes.
L’apparition de ces longrines a révélé une technique de construction qui a disparu sous les techniques de restauration successives sans avoir fait l’objet d’une étude scientifique précise et poussée, expliquent les panélistes.“Elles étaient conçues comme un moyen de solidariser la construction et peuvent même être assimilées à une technique parasismique”.
“Cet exemple parmi tant d'autres, montre l'intérêt d’entreprendre une véritable campagne d’archéologie du bâti pour en tirer de précieuses informations sur les matériaux et les techniques de construction utilisées au Maroc, ainsi que les savoir-faire des constructeurs”, insistent-ils.
Premier bilan archéologique du site de Tinmel
Suite au séisme du 8 septembre, la mosquée de Tinmel a été l’objet de nombreux articles de presse. “Dans les nombreuses lignes consacrées aux destructions patrimoniales, rien n’était dit sur le site archéologique lui-même ou les autres monuments autour de la mosquée, notamment la muraille orientale”, regrettent les panélistes.
Le site archéologique de Tinmel s’est effacé derrière la mosquée, alors qu’il regorge de trésors archéologiques et mérite autant d’attention que la mosquée, soulignent des intervenants qui ont présenté un bilan archéologique des dégâts occasionnés par le séisme du 8 septembre sur ce même site:
‘L’approche du bilan est pleinement archéologique, le site entier et ses abords constituent le sujet de nos recherches. Par ailleurs, ce bilan repose sur les informations qu’on a pu rassembler de diverses sources ainsi que des visites d’expertise effectuées dans la journée du 25 novembre dernier”, précisent-ils.
Parmi les constats soulevés:
- Le mur de l’enceinte nord et la majeure partie des arcades de la salle de prière ont été détruits.
- Dans la partie orientale de la salle de prière, l’arcade séparant la deuxième nef de la suivante ainsi qu’un fragment d’arcade limitant la nef transversale avant la qibla sont les seuls à tenir encore.
- Dans la partie occidentale de la salle de prière, seuls les deux arcs marquant l'extrémité ouest de la façade sur cour ainsi qu’une partie de l’arcade séparant la nef de la suivante ont été conservés en élévation.
- La majeure partie des restaurations et l’essentiel des arcs originaux qui datent de l’époque Almohade s’est effondrée sous la violence du séisme.
- Le décor architectural à l’intérieur de la mosquée a disparu, et celui du Mihrab a été gravement endommagé.
- Deux coupoles garnies nous sont parvenues quasi intactes. A l’ouest, la coupole implantée devant le Mihrab est la seule qui a survécu bien que endommagée.
Médias24 consacrera plusieurs articles à cette journée scientifique d'une haute teneur, qui met un point final à toute controverse sur le sujet: l'archéologie doit être la priorité après tout traumatisme frappant un patrimoine, comme ce fut le cas pour le séisme du 8 septembre 2023. Dans le cas de la mosquée de Tinmel, de grosses quantités de débris ont été évacuées sans examen archéologique prélaable et sans avoir été documentées, faisant perdre des informations scientifiques irremplaçables sur ce monument. Des actions sont menées actuellement sur place pour tener de documenter une partie des débris et rattraper une petite partie de ce qui a été perdu. Désormais, l'archéologie de sauvetage doit être définitivement reconnue comme prioritaire après toute catastrophe...
https://medias24.com/2023/11/19/urgence-a-tinmel-des-archeologues-sonnent-lalarme-sur-la-conduite-du-chantier-de-la-mosquee/
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