Marocanité du Sahara : messages implicites de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat ?
L'ambassadeur de France reconnaît qu'il faut "prendre en compte les préoccupations majeures" du Royaume sur la reconnaissance de la marocanité du Sahara et qu'il serait "illusoire, irrespectueux et stupide" d'espérer construire de nouvelles relations, avec une ambition affirmée, sans "clarifier ce sujet".
L'ancien ministre français des Affaires étrangères, Michel Jobert, déclarait un jour des années 80 à l'auteur de ces lignes, qu'un ministre des Affaires étrangères "doit être le prince de l'ambiguïté". On peut supposer que ce qui vaut pour le ministre des Affaires étrangères, s'étend mécaniquement à tout le corps diplomatique. Y compris l'ambassadeur de France au Maroc.
Vendredi 16 février, Christophe Lecourtier s'est longuement exprimé sur les relations maroco-françaises, devant un parterre universitaire, économique et politique, à l'invitation de la Fondation universitaire Links présidée par Mohamed Berrada.
Dans son exposé, il a longuement parlé de l'avenir des relations entre les deux pays, dans le cadre d'un partenariat nouveau à créer ensemble. Mais il a évité LA question principale: la marocanité du Sahara.
Comme on pouvait s'y attendre, les premières questions de la salle ont porté sur le Sahara, d'une manière directe. Jawad Kerdoudi, président de l'Institut marocain des relations internationales [1:08:26, vidéo ci-dessous] rappelle une citation du Roi: "la question du Sahara est le prisme par lequel nous évaluerons les relations avec les pays étrangers". Il ajoute: "Pour régler définitivement ce problème politique, il faudrait à mon avis une déclaration soit du président Macron, soit du ministre des affaires étrangères parce que jusqu'ici ils disent que le soutien au plan d'autonomie est UNE base".
La deuxième question est posée par M. Salaheddine [1:11:02] étudiant en master d'accompagnement entrepreneurial: "Suite à la déclaration récente du ministre français des affaires étrangères, Monsieur Séjourné, comment pensez-vous agir pour réchauffer assez vite ces relations, notamment dans le contexte de l'absence de la reconnaissance du Sahara marocain ?"
La réponse de l'ambassadeur est la suivante [1:12:30]:
"Comment voulez-vous qu'on puisse prétendre avoir l'ambition que j'ai essayé de décrire [reconstruction volontariste et ambitieuse des relations maroco-françaises, question à laquelle nous consacrons un article à part] sans prendre complètement en compte les préoccupations majeures, qui sont celles du Royaume, sur la question dont vous avez parlé ? Il serait totalement illusoire ou, comment dire, irrespectueux, stupide de considérer qu'on va construire ce que j'espère qu'on arrivera à construire, brique après brique, pour le bonheur de nos deux nations et puis aussi de quelques autres voisines, que ce soit au nord ou au sud, sans clarifier ce sujet dont tout le monde, à Paris en tout cas, au-dessus de moi, reconnaît, connaît le caractère essentiel pour le Royaume, hier, aujourd'hui et demain".
Comment qualifier cette déclaration? Une jolie phrase bien tournée, pleine de sous-entendus prometteurs, mais non engageante et imprécise. Michel Jobert avait donc raison.
Cela étant, si reconnaissance il doit y avoir, elle ne sera exprimée que par Macron ou son ministre des Affaires étrangères. Attendons donc.
Lecourtier: comment la France voit le Maroc et ce qu'elle propose pour l'avenir
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