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Déclarations de Lecourtier sur le Sahara: une hirondelle ne fait pas le printemps

PAR AHMED FAOUZI. Notre consultant, ancien ambassadeur et analyste diplomatique, commente les déclarations de Christophe Lecourtier sur la marocanité du Sahara, faites vendredi 16 février à Casablanca.

Déclarations de Lecourtier sur le Sahara: une hirondelle ne fait pas le printemps
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Le 18 février 2024 à 10h59 | Modifié 19 février 2024 à 7h13

L’ambassadeur français à Rabat Christophe Lecourtier a affirmé vendredi dernier au sujet du Sahara marocain qu’il serait illusoire et irrespectueux d’espérer construire de nouvelles relations avec le Maroc, avec une ambition affirmée, sans changer la position de la France sur ce dossier. Cette déclaration est une prise de conscience qui arrive juste à temps et qui ne prête à aucune autre interprétation que celle qu’il est temps pour Paris de reconnaître une évidence, celle de l’intégrité territoriale du royaume.

Cette déclaration a été certes annoncée dans une conférence publique ouverte et non dans un lieu officiel où on aurait pu lui donner plus de solennité et de crédibilité. L’ambassadeur français a certainement reçu le feu vert de son département pour faire ce petit pas qui annonce une prise de conscience de ce que Rabat réclamait depuis longtemps. La reconnaissance de l’intégrité territoriale est un passage obligé à tout projet de partenariat solide et pérenne.

Le discours royal d’août 2022 à l’occasion du 69e anniversaire de la révolution du Roi et du peuple est on ne peut plus claire. Il soulignait le cadre dans lequel devrait se situer dorénavant toute coopération avec l’extérieur. Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement disait SM le Roi. Puis en direction de nos partenaires, il affirmait que "nous attendrions qu’ils clarifient et revoient le fond de leur positionnement d’une manière qui ne prête à aucune équivoque".

Ce fort message royal qui a recadré l’action extérieure et redéfini en même temps les contours dans lesquels devraient évoluer nos relations avec les autres nations a été saisi par les chancelleries étrangères à Rabat. L’ambassadeur d’un pays est certes chargé d’exécuter les instructions et ses fonctions sous l’autorité de son ministère de tutelle. Il est aussi censé être un concepteur et initiateur de nouvelles démarches pour reconfigurer la politique de son pays à l’égard du pays où il exerce afin de mieux protéger ses intérêts.

Les ambassadeurs sont donc toujours plus sollicités en temps de crise qu’en temps de calme et de paix pour apporter des solutions, faire évoluer les positions et trouver des sorties honorables pour toutes les parties. La récente sortie de l’ambassadeur français à Rabat s’inscrit sans doute dans ce cadre. Il sait que l’image de la France a été écorchée auprès des Marocains par sa politique humiliante des visas, et ses interventions au parlement européen pour contrer les intérêts du Maroc pour ne citer que ces faits.

Cette sortie de l’ambassadeur français paraît être sollicitée par le nouveau chef de la diplomatie de son pays pour œuvrer à la conception de nouvelles démarches qui permettent de faire évoluer, dans le bon sens, les  relations bilatérales. Cela commence toujours par mettre les mots sur les maux pour ouvrir les cœurs et les esprits aux promesses de demain. Les lenteurs actuelles qu’on observe dans l’évolution des rapports du Maroc avec la France sont essentiellement dues à l’implication anti-marocaine du ministre Séjourné lui-même durant son passage en tant qu’eurodéputé.

On a relevé les difficultés que le ministre laissait apparaitre dans sa dernière sortie avec la presse sur le Maroc. Il affirmait qu’il allait s’investir personnellement pour améliorer les relations avec le Maroc et répondre à la demande de Macron. À la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée Nationale, il a été mis en difficulté également par les députés français sur le même sujet. On le voyait peu convaincant, n’évoquant point les souvenirs douloureux dont il a été acteur. Devant les parlementaires, il n’a gardé là encore que les perspectives que lui a tracées le président Macron.

Vue sous cet angle, la sortie de l’Ambassadeur français devance, pour le moment, la politique prônée par le nouveau ministre français Stéphane Séjourné qui, face aux taches immenses qui l’attendent, n’a pas encore trouvé ses marques. La mobilisation d’une grande partie de la classe politique française qui réclame de resserrer les relations avec Rabat en raison des liens humains, économiques, culturels et stratégiques entre les deux pays, ne peut qu’être prise en compte par le Quai d’Orsay.

En définitive, la démarche de l’ambassadeur français ne peut être appréhendée comme un acte pour plaire aux Marocains.  C’est une démarche constructive et pro-active basée sur ce qu’il a accumulé comme contacts au Maroc depuis son arrivée en décembre 2022. Un tel événement ne signifie jamais un changement total de politique, de situation ou de perspective. Ce n’est qu’une déclaration qui n’engage pour le moment que l’Ambassadeur. La prudence doit donc être de rigueur des deux côtés avant d’y voir un peu plus clair.

L’ancien Premier-ministre britannique David Lloyd George disait qu’on peut tout faire par petits pas mesurés, mais il faut parfois avoir le courage de faire un grand saut, un abîme ne se franchit pas en deux petits bonds. Lloyd était lui britannique.

Marocanité du Sahara : messages implicites de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat ?

Lecourtier: comment la France voit le Maroc et ce qu'elle propose pour l'avenir

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Le 18 février 2024 à 10h59

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