Opérations d'envergure de libération du domaine public : en prévision du Mondial 2030 ?
Démolitions partielles ou totales sur le littoral, libération des espaces publics urbains et interdiction des ferrachas sont autant d’actions menées dans plusieurs villes du Maroc. Quel est l’objectif de cette dynamique déclenchée depuis fin 2023 ? Et quelles sont les villes concernées ? Round up.
Depuis le mois d’octobre 2023, de nombreuses provinces et préfectures sont touchées par des opérations de libération du domaine public. Ces opérations se poursuivent à ce jour et concernent, chaque semaine, d’autres provinces et préfectures.
D’après une revue effectuée par Médias24 sur les réseaux sociaux et dans la presse locale, cette opération de libération du domaine public se scinde en deux volets, un premier mené au niveau des villes du littoral – on parle là de libération du domaine public maritime –, et un second mené à l’intérieur des villes.
Selon les éléments que nous avons pu rassembler, de nombreuses provinces et préfectures sont concernées par cette opération au niveau du Royaume, mais elle revêt une ampleur particulière dans cinq régions abritant cinq villes sur les six sélectionnées pour accueillir les matchs du Mondial 2030, que sont Casablanca-Settat (Casablanca), Souss-Massa (Agadir), Marrakech-Safi (Marrakech), Fès-Meknes (Fès), et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (Tanger). Nous n'avons toutefois pas relevé d'opération dans la région de Rabat-Salé-Kénitra.
D’autres villes sont concernées par ailleurs, notamment Oujda et Laâyoune par exemple, mais dans une moindre mesure.
Pourquoi maintenant ?
Au moment de la publication de cet article, nos nombreuses tentatives de joindre les autorités locales dans les différentes régions, ainsi que le ministère de l’Equipement et de l’eau dont relève le domaine public maritime, n’ont pas abouti. Aucun responsable contacté n'a souhaité répondre.
Aucune communication officielle n’a été faite à ce jour autour de ces actions, si ce n’est des caïds ou des agents de l'autorité locale filmés par les différents médias locaux, en train de fournir des explications aux personnes concernées, ou passant à l'acte. Ce silence laisse penser que les instructions n'émanent pas du ministère de l'Equipement, mais de plus haut.
Persistent toutefois des interrogations autour de la raison de ces opérations. Certes, elles ont pour objectif de remettre de l’ordre dans les différentes villes, de faire respecter la loi, de réduire les zones chaotiques et illicites, mais tout semble converger vers le contexte global actuel, qui est l’organisation par le Maroc, l’Espagne et le Portugal de la Coupe du monde 2030. Il s’agit d’un événement majeur, auquel le Royaume se prépare à différents niveaux, et selon nos constats, celui-ci en fait partie.
Des centaines de constructions exploitées illégalement sur le domaine public maritime
Les opérations de libération du domaine public maritime se traduisent par la démolition totale ou partielle de maisons, cafés, et restaurants qui exploitent illégalement le domaine public maritime de l’Etat. Il peut s’agir de bâtiments, démolis complètement, ou de terrasses de cafés, de maisons ou de restaurants...
Au moment de la mise en ligne de cet article, nous ne disposons pas du nombre total de bâtiments touchés par ces opérations, mais l’on peut dire qu’il s’agit de centaines de structures.
Sur les six villes sélectionnées à accueillir les matchs du Mondial 2030, quatre d’entre elles sont situées sur le littoral. Il s’agit de Casablanca, Agadir, Tanger et Rabat.
Remise en ordre de l'espace urbain
En ce qui concerne la libération du domaine public à l’intérieur des villes, elle prend plusieurs formes, à savoir notamment :
- la libération des différentes artères des marchands ambulants et des ferrachas ;
- l'arrachage des bâches mises en place sur les devantures des magasins;
- l’arrachage des panneaux publicitaires sur les murs ;
- la libération des trottoirs des marchandises exposées par les vendeurs à l’extérieur de leurs magasins ;
- la démolition des terrasses mises en place illégalement et exploitées par les cafés et restaurants ;
- la démolition des cages ou grillages mis en place par les habitants devant leur domicile dans des quartiers populaires, notamment pour garer leurs voitures ;
- la démolition de constructions illégales dans certains quartiers ;
- la démolition des bâtiments menaçant ruine ;
- La démolition des bidonvilles...
Ces opérations concernent plusieurs préfectures et provinces des cinq régions listées auparavant.
Comme pour la libération du domaine public maritime, et selon les différents témoignages sur plusieurs vidéos de la presse locale consultées par nos soins, les différents exploitants des terrasses de cafés ou de restaurants, ou encore les habitants concernés par les opérations de démolition, sont avertis à l’avance. Les autorités leur accordent ainsi un délai pour régulariser leur situation, ou démolir d’eux-mêmes pour éviter que ce ne soit fait par les autorités.
Ces avertissements précèdent ainsi les opérations de destruction de 48 heures au minimum, jusqu’à 30 jours ou plus, selon la situation. Bien accueillis par certains, ils sont dénoncés par d’autres.
La région de Casablanca-Settat a ouvert le bal...
La région de Casablanca-Settat a été l’une des premières touchées par les deux volets de libération du domaine public. L'arrivée du nouveau wali Mohamed Mhidia, nommé en octobre 2023 par le Roi Mohammed VI dans la région, a également joué un grand rôle dans l’accélération des chantiers de la métropole en particulier, mais aussi dans le retour à l’ordre dans la capitale économique.
À l'intérieur de la ville de Casablanca, les grandes artères, notamment l’emblématique boulevard Mohammed VI, ont été libérées des marchands ambulants, des ferrachas et des charrettes.
Ces opérations ont également concerné plusieurs arrondissements, à savoir Anfa, Moulay Rachid, mais aussi d’autres quartiers et marchés, tels que l’historique garage Allal, El Korea, Derb Sultan, Aïn Sebaâ, Hay Hassani, Bab Marrakech, Lissasfa, Tacharouk, Sidi Moumen et Sbata… Elles se poursuivent encore dans différentes zones de la ville, dans l’objectif de mettre fin à l’exploitation illégale du domaine public, de fluidifier la circulation routière et de faciliter le déplacement des piétons.
Sur le volet de la libération du domaine public maritime, quelques opérations de démolition ont été enregistrées à la plage Dahomey, près de Bouznika, où les autorités ont procédé à la destruction des terrasses des maisons exploitées illégalement.
Récemment, un nouvel avertissement émis par le gouverneur de la province de Nouaceur fait le tour des réseaux sociaux. Médias24 ne s’est pour l’instant pas encore assuré de l'authenticité de ce document, repris par plusieurs médias, adressé à sept cafés sur la corniche de Dar Bouazza, les appelant à régulariser leur situation pour éviter la démolition de leurs structures.
... suivie de Souss-Massa et de trois autres régions
Après Casablanca-Settat, d’autres opérations de destruction ont eu lieu à Tifnit (région de Souss-Massa) en décembre 2023, dans la province de Chtouka-Ait Baha, suivies durant le mois de janvier de la démolition de plus de 80 constructions à Imsouane, à 70 km au nord d’Agadir.
Les rumeurs sur les réseaux sociaux font état de la libération du domaine public maritime de toute la côte de la région, ce qui implique de nombreux petits villages.
À l’intérieur d’Agadir, comme à Casablanca, la libération de l’espace public se poursuit, sur ordre des autorités locales, notamment à Bensergao à Hay Salam, où les terrasses de cafés et de restaurants exploitées illégalement ont été détruites, les panneaux publicitaires de différentes enseignes arrachés des murs, et les bâches décrochées. Les trottoirs ont également été libérés des marchands ambulants, tout en appelant ces derniers à ne plus occuper l’espace public.
Des opérations sont également menées dans le nord du pays, notamment à Martil, à travers la démolition, il y a près d’un mois, d'une dizaine de constructions exploitées illégalement sur le domaine maritime. Ces actions se sont poursuivies sur le littoral de Chefchaouen et de Tanger, notamment à Dalia et Belyounech, mais aussi à l'intérieur de la ville du détroit.
À Marrakech et Fès, plusieurs opérations de libération de l’espace public ont également eu lieu sur ordre des autorités locales, et se poursuivent, notamment dans l’objectif de libérer les trottoirs et les routes.
Pour conclure, il est à noter que, certes, l’exploitation du domaine et de l’espace public est un fléau qui dure depuis de nombreuses années dans le Royaume. Encore faut-il l’aborder en prenant en considération les contraintes de l’Etat, d'une part, dont la volonté est de rétablir l’ordre au sein des villes, de protéger les côtes marocaines, de faire respecter la loi et de les préparer à d'éventuels investissements futurs, mais aussi celles de la population, d'autre part, dont les situations sociale et financière sont parfois difficiles.
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