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ECONOMIE

Le port d’Algésiras opte pour le modèle de Tanger-Med

Pour consolider le port d’Algésiras, l’Espagne a débloqué un fonds public important d’un milliard et 775 millions d’euros. Une volonté de renforcement qui traduit celle de marcher dans le sillage des performances de Tanger-Med. Dans un échange avec Médias24, le président de l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras estime que le port d’Algésiras doit absolument suivre le modèle du port septentrional du Royaume.

Le port d’Algésiras opte pour le modèle de Tanger-Med
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Le 10 mars 2024 à 11h18 | Modifié 10 mars 2024 à 8h24

Concurrence, émulation ou synergies? Probablement un peu de tout cela. En tous les cas, le port d'Algésiras qui connut de belles années de gloire a été détrôné par Tanger-Med. Et ce dernier est aujourd'hui érigé en business model.

La dualité-gémelléité des deux ports était omniprésente à l'occasion de la table-ronde organisée le mercredi 6 mars par Tanger-Med Port Authority, en partenariat avec l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras et l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), intitulée "La connexion maritime entre le Port de Tanger Med et le Port d’Algésiras : un modèle pour l’intégration des chaînes logistiques régionales".

Une rencontre qui a réuni des représentants des autorités des deux pays, des professionnels de la logistique et d’autres opérateurs économiques.

Les intervenants ont insisté sur l’importance de l’intégration des chaînes logistiques régionales, en l’occurrence celle liant le Maroc et l’Europe à travers la liaison Maroc-Espagne. Dans la même veine, Hassan Sentissi, président de l’ASMEX, a déclaré : "Le transport maritime constitue le plus grand maillon de la chaîne logistique à l’échelle mondiale. Les connexions et les synergies entre les ports de Tanger-Med et d’Algésiras, principaux ports de la Méditerranée, sont appelées à se renforcer pour une intégration régionale au bénéfice de la croissance et aux échanges commerciaux avec l’Union européenne".

Pour consolider le port d’Algésiras, l’Espagne a débloqué un important fonds public d’un montant de un milliard et 775 millions d’euros. Trois grands axes ont été identifiés par le pays ibérique : le plan directeur de la ligne Algésiras-Bobadilla, le chemin de fer autoroutier Algésiras-Zaragoza et l’amélioration des accès au port.

S’agit-il d’un simple renforcement en vue d’une intégration régionale plus efficace, ou d’une stratégie pour concurrencer un Tanger-Med performant, reconnu 4e port le plus efficace au monde ?

"Notre port doit suivre le modèle de Tanger-Med"

Le président de l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras, Gerardo Landaluce, estime que le port d’Algésiras doit emboîter le pas à celui de Tanger-Med.

Concernant les investissements importants débloqués par l’Espagne pour consolider le port d’Algésiras, Gerardo Landaluce explique à Médias24 : "Ces investissements sont nécessaires afin d’apporter un soutien des deux côtés. Tanger-Med est en train de réaliser de très gros investissements. C’est pour cela que l’on doit faire de même."

Le déblocage d’un tel fonds est-il mu par un souci concurrentiel ? "Non. Il est question de trouver un équilibre au service de nos clients. Notre port doit suivre le modèle de Tanger-Med, que ce soit au niveau des infrastructures ou de la capacité des navires", nous répond Gerardo Landaluce. Un avis que partage Ödön Pálla Sagüés, conseiller économique et commercial de l’Espagne à Rabat, qui est intervenu lors d’un key note sur l’intégration des chaînes logistiques régionales.

Tanger-Med a détrôné Algésiras 

"Les chaînes de valeur entre l’Europe et le Maroc, et entre l’Espagne et le Maroc, se produisent non sans tenir compte de l’existence des ports d’Algésiras et de Tanger-Med. Si ces deux ports n’existaient pas, ces échanges et ce degré d’intégration n’existeraient pas non plus, en tout cas pas avec l’intensité que nous connaissons aujourd’hui", a-t-il affirmé.

"Algésiras a toujours été le premier port du Détroit, mais depuis peu, c’est désormais Tanger-Med qui occupe cette place. Bravo pour Tanger-Med ! Si vous regardez pourquoi ce dernier est si fort, c’est parce que ce que Sa Majesté a dit s’est concrétisé. Il y a six zones économiques autour de Tanger-Med ; il y a tout un réseau de chemins de fer, des réseaux partout, une activité fibrille et une concentration énorme de produits industriels, en particulier dans le Nord du pays. Le Maroc a introduit ce modèle-là. Les Espagnols doivent désormais copier les Marocains", a-t-il souligné.

L’état actuel de l’intégration entre les deux ports 

"L’année 2012 fut un moment clé pour les chaînes de valeur entre l’Espagne et le Maroc. Cette année a marqué la signature de l’accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne, qui a permis ce grand saut en termes d’intégration de chaînes de valeur : l’Europe, en particulier l’Espagne, est devenue le principal client, mais aussi fournisseur, du Maroc. Le nouveau schéma de l’intégration des chaînes de valeur Espagne-Maroc se fait aujourd’hui à travers la même industrie qui est connectée, voire à travers des modèles d’intégration productifs dans un même secteur. Ce n’était pas le cas auparavant", a rappelé le conseiller économique et commercial de l’Espagne à Rabat.

Comment s’annonce l’intégration entre les ports Tanger-Med et Algésiras ? C’est la deuxième question que Médias24 a posée à Gerardo Landaluce. Sa réponse est la suivante :

"Nous entretenons de très bonnes relations depuis des années. Il y a cinq ans, nous avions exprimé cette volonté à travers le mémorandum de collaboration avancée, signé entre nos autorités portuaires [pour la mise en œuvre du dispositif de facilitation des flux du commerce et des passagers au détroit de Gibraltar, ndlr]. Nous travaillons ensemble pour optimiser toute l’opération relative à la traversée."

"La traçabilité est l’axe que nous cherchons aujourd’hui à améliorer auprès de nos clients. Il ne s’agit pas seulement d’offrir un bon service et un bon flux d’export. La digitalisation et la traçabilité des marchandises sont tout autant importantes."

"Sur le front de la connectivité, nous sommes également en train de déployer des autoroutes ferroviaires pour accompagner les transporteurs. Avec le gouvernement espagnol, nous sommes en train de développer le transport par camions et remorques, particulièrement le transport à destination du Nord de l’Espagne."

"Nous nous intéressons aussi à la fluidité du contrôle des marchandises. Nous collaborons avec les administrations comme la douane ou les autorités compétentes qui assurent la surveillance phytosanitaire. In fine, il y a les passagers, notamment l’opération Marhaba. C’est une grosse responsabilité que les Etats marocain et espagnol se partagent."

Et la Coupe du monde 2030 ?

Nous ne pouvions pas conclure notre échange avec le président de l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras sans rebondir sur le Mondial 2030 et les projets identifiés par le Maroc et l’Espagne pour renforcer les liaisons entre les deux ports afin de faciliter le transport entre les deux pays.

"Nous partons sur une bonne base. L’espoir est là, d’autant plus qu’il va y avoir un très grand flux de personnes et de véhicules. Nous sommes fiers ; nous estimons que nous ferons ensemble du bon travail", s’enthousiasme Gerardo Landaluce. "Nous sommes surtout en train de réfléchir aux améliorations pour garantir un bon service", conclut-il.

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