Emploi : augmentation du recours à l'intérim au Maroc
Le recours aux sociétés d'intérim connaît une croissance notable au Maroc, selon une récente déclaration du président de la CGEM. Chakib Alj semble suggérer qu'avec l'actuelle législation du travail, l'intérim devient de plus en plus attractif. Sondés par Médias24, les trois grands opérateurs du secteur, Best Profil, Tectra et Manpower, confirment une hausse générale de leur chiffre d'affaires au cours des dernières années, mais elle ne serait pas forcément liée à l'augmentation des contrats par intérim. Détails.
"Nous remarquons le développement des sociétés d'intérim. Une courbe croissante est constatée", avait observé, lors d'une conférence sur la thématique de l'emploi, le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Chakib Alj, devant l'Alliance des économistes istiqlaliens.
Une source informée appuie le constat selon lequel le recours à l'intérim a connu une nette augmentation au Maroc. "Oui, une augmentation du recours à l'intérim est effectivement perceptible. Je cite l'exemple d'un opérateur dont la masse salariale intérimaire est passé de 1.000 salariés intérimaires il y a deux ans, à 10.000 salariés aujourd'hui, soit une multiplication par dix".
Rebondissant sur l'affirmation du patron des patrons marocains, notre source ajoute : "Ce que Chakib Alj a peut-être voulu mettre en avant, c'est que s'il y avait un Code du travail donnant plus de visibilité au CDD, au CDI et à l'intérim, il n'y aurait peut-être pas eu une augmentation aussi fulgurante du recours à l'intérim".
Croissance des chiffres d'affaires des sociétés d'intérim
Médias24 a contacté les trois grands opérateurs du secteur : Best Profil, Tectra et Manpower.
Les leaders du secteur de l'intérim confirment que leur chiffre d'affaires a augmenté au cours des dernières années. Ils estiment néanmoins que cette croissance n'est pas pour autant liée à l'augmentation des contrats par intérim.
"Nous avons tous une augmentation de fait. En témoignent nos chiffres d'affaires durant les dernières années. Il est toutefois important de prêter attention à l'interprétation de cette hausse, puisqu'il a pu y avoir des reprises après des arrêts de chantier... L'augmentation de nos chiffres d'affaires peut-être également justifiée par la hausse du SMIG", explique Claudia Gaudiau, secrétaire générale chez Tectra Recrutement Maroc.
"Si je me base sur les chiffres de nos sociétés, quoiqu'elle ne représente qu'une part de l'intérim au Maroc, je vois très peu de nouveaux clients. Cela dit, nous ne constatons pas de nouveaux entrants. Nous sommes en train de prendre des parts de marché de prestataires existants plutôt que de démarrer des chantiers sur des sociétés qui n'ont jamais utilisé l'intérim. Dire qu'il y a de nouvelles habitudes d'utilisation d'intérim sur le marché marocain... on ne le ressent pas vraiment dans notre quotidien", renchérit Tariq Lamrani, directeur général chez Best Profil.
Le directeur général de Manpower Maroc, Thierry Klopp, affirme pour sa part : "Il y a tellement d'aléas sur notre marché. Les opérateurs du secteur peuvent se prendre des parts de marché les uns les autres. Il y a un autre phénomène qui est d'ordre conjoncturel, lié aux activités des entreprises. L'intérim est utilisé par rapport à soit un surpoids de l'activité, soit un surpoids de l'activité temporaire".
Il ajoute : "L'augmentation du chiffre d'affaires est le résultat d'un mix clients gagnés (par exemple, un appel d'offres ou une consultation tarifaire gagnés, perdus ou en arrêt d'activité telle une liquidation judiciaire), clients en développement ou prise de part de marché sur un compte client utilisant plusieurs prestataires, mais c'est aussi un mix client, avec des salaires de référence différents. Ce à quoi il faut ajouter l'augmentation du SMIG qui tire mécaniquement le chiffre d'affaires de nos entreprises".
Le recours à l'intérim boosté par la crise du Covid
"Effectivement, l'intérim s'est fortement développé depuis vingt ans. Cela se justifie par le fait que l'informel prédominait à l'époque", tient à préciser Tariq Lamrani.
Pour Claudia Gaudiau, la crise du Covid a permis de booster le recours à l'intérim au Maroc. "Il y a eu effectivement recours à l'intérim après le Covid. Nous avons eu une croissance après le Covid qui a été importante. Les entreprises s'étaient rendu compte qu'il était compliqué de recruter en CDI et qu'il était préférable d'externaliser certains métiers. Cette croissance nous a permis de rattraper les arrêts puisque nous avons dû, à notre tour, arrêter du personnel. C'était donc une croissance liée au rattrapage du retard Covid".
Dans un secteur où prédomine l'intraçabilité, 72 sociétés d'intérim sont aujourd'hui autorisées à exercer par le ministère de l'Emploi, soulignent nos interlocuteurs. Seulement une vingtaine d'entre elles seraient réellement actives, nuancent ces derniers, notant que beaucoup de structures d'intérim au Maroc ne sont pas autorisées.
Les secteurs qui ont le plus recours à l'intérim sont ceux de l'agroalimentaire, de l'hôtellerie et de l'industrie. La logistique et la grande distribution sont les autres secteurs à faire appel aux salariés intérimaires.
Les particularités régionales jouent un rôle dans la prépondérance d'un secteur par rapport à un autre, d'après nos interlocuteurs. "Il y a des particularités qui sont liées aux activités régionales. À Marrakech, vous avez la prédominance de l'activité hôtelière et touristique. À Tanger, nous sommes face à un écosystème industriel (lancement de chaînes de valeur automobile qui gravitent autour de Renault et Tanger Med). À Nouaceur, ce sont l'industrie pharmaceutique et l'aéronautique qui dominent", illustre Thierry Klopp.
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