Pourquoi le dépôt de la motion de censure envisagée par l'USFP n’a pas abouti (N.Benabdallah-M.Ouzzine)
Réunis en conclave dimanche 7 avril, les leaders de l’USFP, du PPS et du MP ont décidé de reporter sine die le dépôt d’une motion de censure qui devait avoir lieu à la prochaine rentrée législative. L’occasion d’interroger les secrétaires généraux du PPS et du MP sur les raisons de cet ajournement et sur les perspectives qu’offre cette initiative pour rassembler et renforcer la voix de l’opposition.
Proposé en janvier par le Premier secrétaire de l’USFP pour pousser "le Chef du gouvernement à s’expliquer sur sa politique", le processus de dépôt d’une motion de censure par les quatre partis de l’opposition (USFP, PPS, MP et PJD) n’aura pas fait long feu et ne sera pas arrivé à son terme après des divergences apparues entre les leaders.
"La médiation du PPS n’a pas abouti"
Sollicité par Médias24 pour faire le point sur cette initiative, le secrétaire général du parti du livre, Nabil Benabdallah a confié avoir vainement essayé de rapprocher les points de vue des leaders de l’opposition (USFP-MP) lors d’une médiation du PPS tenue dans la soirée du dimanche 7 avril.
"Nous avons essayé de rapprocher nos points de vue pour maintenir une symbiose mais les annonces faites prématurément (par l'USFP) sans l'accord des 3 autres protagonistes et les divergences liées à la formation des futures instances de la Chambre des députés n’ont pas facilité la tâche", explique Benabdallah en ajoutant que le dépôt de la motion de censure a finalement été reporté sine die.
Le PJD s’est désolidarisé à cause de divergences avec la personne de Driss Lachgar
Sur le rejet de cette initiative exprimé samedi 6 avril par le PJD, le SG du PPS a déclaré que la coalition USFP-PPS-MP pouvait se passer du soutien de ce parti car son poids au parlement lui aurait permis de rassembler aisément le quorum nécessaire du cinquième des voix des 395 députés pour présenter la motion de censure.
"Au départ, nous espérions qu’il ferait partie de notre mouvement mais nous n'avons pas réussi à le rallier à cause d'un certain nombre de divergences liées aux personnes", révèle Nabil Benabdallah en rappelant que la direction du PJD avait déjà interdit à son groupe parlementaire de soutenir l’initiative du parti de la rose lors d’une réunion des 4 présidents de groupe tenue à la fin de mars.
En d'autres termes, le SG du parti de la lampe, Abdelilah Benkirane a refusé de rejoindre l'initiative de l’USFP à cause de son Premier secrétaire qu’il avait accusé d’être une des raisons pour laquelle, il n’avait pas pu composer un gouvernement après les élections législatives de 2016.
"Maintenir la pression sur le gouvernement en provoquant un électrochoc"
Et d’ajouter que malgré la tentative avortée de déposer une motion de censure dans le cadre d’une coalition USFP-PPS-MP, le plus important, selon Nabil Benabdallah, est que l'opposition puisse continuer à élever son niveau d'action face à "l’échec patent de l’expérience gouvernementale".
"En réalité, l'essentiel est que nous puissions continuer à nous coordonner dans l’opposition avec tous ceux qui le voudront, y compris le PJD, pour pallier l’échec gouvernemental", souligne le secrétaire général du parti du livre qui ne veut pas relâcher la pression sur le gouvernement.
Sur l'efficacité de cette motion de censure qui n'avait aucune chance d'être adoptée sans une majorité absolue au Parlement, notre interlocuteur a expliqué que la coalition de l’opposition était consciente qu’elle ne pourrait jamais passer mais que ce qui importait vraiment dans cet acte politique était de "provoquer un électrochoc en montrant que ce gouvernement ne tenait pas la route".
A la dernière question portant sur l'état actuel de l'opposition et sur ses perspectives, Nabil Benabdallah a affirmé que son parti multipliera ses efforts pour que la parole de l'opposition puisse porter à l'intérieur de l'enceinte parlementaire mais surtout dans la société marocaine.
"L’annonce prématurée de l’USFP a fait fuir le PJD"
Contacté à son tour pour expliquer les raisons de l’échec de cette initiative que le Mouvement populaire avait rejointe, son secrétaire général Mohamed Ouzzine a confirmé que l’annonce prématurée de l’USFP, le 27 janvier dernier, de déposer une motion de censure sans aviser ses partenaires de l’opposition n’avait pas été du goût de la direction du PJD qui n’a pas souhaité qu’on lui force la main.
"En réalité, nous avons tous contesté cette démarche car c’est une décision politique forte qui nécessite d’être soumise à l’avis de toutes nos instances respectives avant d’y adhérer", estime Ouzzine en précisant que son parti a fini par se rallier à l’initiative de l’USFP car malgré le rejet du PJD, le quorum constitutionnel nécessaire était atteignable même en l’absence du parti de la lampe.
"Les raisons qui ont poussé le MP à reporter l'initiative de l'USFP"
Sur les raisons du report du dépôt commun de la motion de censure, le leader du MP explique que son parti a jugé nécessaire de patienter à cause de la concomitance de la déclaration à mi-mandat du chef de gouvernement qui aura lieu le 17 avril, et la réélection des instances au niveau du parlement.
"De plus, il y a eu un nouveau facteur de désaccord avec l’USFP quand nous avons appris que ce parti briguait la présidence de la commission de la justice et législation qui est présidée par le MP", dénonce Ouzzine en affirmant que "son ami Driss Lachgar" n’a pas démenti son intention de chambouler l’attribution des présidences de commission au sein des groupes de l’opposition.
Et de conclure que cet obstacle moral dans une coordination fraîchement consentie l’avait poussé à contacter le Premier secrétaire du parti de la rose pour convenir de laisser mûrir son initiative …
Précisons que toutes nos tentatives de joindre un membre de l’USFP ou du PJD n’ont pas abouti.
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