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Compléments alimentaires : le projet de loi toujours bloqué, malgré l’urgence

Toujours au ministère de la Santé ou transféré au Parlement ? Le flou entoure le projet de loi sur les compléments alimentaires. Non réglementés, ces derniers peuvent constituer un danger pour les consommateurs. Les professionnels du secteur appellent ainsi à l’accélération du processus de son adoption.

Compléments alimentaires : le projet de loi toujours bloqué, malgré l’urgence
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Le 28 mai 2024 à 17h55 | Modifié 28 mai 2024 à 17h55

Le projet de loi sur les compléments alimentaires figure parmi les priorités que le ministère de la Santé s’était fixées avec les pharmaciens lors des réunions tenues en 2023. Ce texte devait être inséré dans le circuit législatif dans les plus brefs délais, compte tenu du danger que représentent ces produits pour la santé des citoyens.

Où en est le projet de loi ?

"Lors de la réunion de suivi le 26 février dernier avec la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP), les pharmaciens avaient été informés que le projet de loi avait été transmis au Parlement. Or le texte ne figure pas parmi ceux qui seront examinés par la Commission des secteurs sociaux", indiquent à Médias24 des sources syndicales.

D’autres sources syndicales nous apprennent que le texte est toujours bloqué au niveau du ministère de la Santé, et ce depuis novembre 2022.

Ce projet de loi avait été élaboré par Bouchra Meddah, ancienne directrice de la DMP. Il avait ensuite été transmis en novembre 2022 aux pharmaciens pour avis, avant d’être renvoyé au ministère avec les amendements souhaités par les professionnels du secteur. Depuis, silence malgré son importance.

Médias24 a tenté de joindre la DMP à ce sujet. Elle n’avait pas encore répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.

Un projet de loi très attendu par la profession

Ce texte vise à faire face au flou qui persiste sur la composition de ces produits, dont une bonne partie est importée de l’étranger.

Sollicités par Médias24, des pharmaciens et des industriels du secteur pharmaceutique déplorent le retard que prend son adoption. "Ces produits sont vendus de manière anarchique. On ignore même l’origine et la composition de certains d’entre eux, ce qui représente un grand danger pour les consommateurs", déplore un industriel du secteur. "Les gens continuent malgré tout de les acheter, et parfois à des prix exorbitants !"

Des propos confirmés par un autre pharmacien, qui estime que les revendeurs de ces produits les commercialisent "en profitant de l’ignorance des consommateurs marocains". "Non seulement ces produits sont dangereux, mais s’ils sont consommés simultanément avec d’autres traitements, les conséquences peuvent être très graves", alerte-t-il.

En effet, sur internet, et même dans certaines boutiques, les produits présentés comme des compléments alimentaires sont nombreux. Il s’agit notamment du magnésium et de la vitamine C, qui sont commercialisés sous une centaine de variétés dont certaines à des prix très élevés.

Les gens les achètent pour des cures, sans aucune consultation médicale, ce qui peut s’avérer très dangereux pour leur santé car rien ne garantit qu’il s’agit réellement de magnésium ou de vitamine C.

La vitamine C, qui coûte par exemple 15 DH dans les pharmacies, est vendue jusqu’à 300 DH sur internet. Il en est de même pour le magnésium et bien d’autres produits.

"Le système des compléments alimentaires dérange celui des médicaments"

Nos sources estiment également que les compléments alimentaires, non réglementés à ce jour, commencent à déranger une certaine classe de médicaments.

"Le système des compléments alimentaires commence à déranger celui des médicaments, dont certains coûtent environ 25 DH en pharmacie et pour lesquels en tant que fabricants, nous sommes obligés d’acheter la matière première purifiée et tout ce qui s’en suit, alors qu’à côté, on trouve des compléments vendus à 90 DH dont on ignore le fabricant, la qualité et l’efficacité, et qui sont plus consommés que les médicaments", nous explique un industriel pharmaceutique.

Et d’ajouter : "Ils ne sont même pas remboursés. Cette situation commence à déranger une classe bien précise de médicaments, que l’on appelle les OTC [Over the counter, ndlr], qui sont des produits de confort". Ce sont en effet des médicaments qui peuvent être vendus sans nécessité de prescription ou d’ordonnance et délivrés par un professionnel de santé.

"Prenons l’exemple du rhume. Certains produits ont le statut de médicaments qui soulagent, mais on trouve parallèlement des compléments alimentaires qui viennent les concurrencer à hauteur de deux, voire trois fois le prix des médicaments en question, et les gens les achètent".

"Ce système doit donc être revu. Une réglementation doit être mise en place, notamment pour organiser le circuit de fabrication et d’importation. Nous avons besoin de plus de visibilité, surtout sur l’origine de la matière première."

"Pour les médicaments, les laboratoires pharmaceutiques maîtrisent au moins le process et la chaîne de fabrication. En revanche, dans le domaine des compléments alimentaires, on trouve des personnes qui ne sont même pas du domaine, se lancent dans des fabrications hasardeuses et mettent leurs produits sur le marché. Encore une fois, c’est dangereux", insiste notre interlocuteur.

Rappelons que la première mouture de ce projet de loi a été jugée faible par les pharmaciens, qui ont présenté leurs amendements. Ce texte vise à réglementer la composition, la fabrication, l’étiquetage, ainsi que l’importation, l’exportation et les dispositions d’enregistrement des compléments alimentaires.

En somme, il vise à verrouiller le secteur, en mettant notamment en place des amendes allant jusqu’à 150.000 DH en cas de non-respect de ses dispositions.

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Le 28 mai 2024 à 17h55

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