Aïd al-Adha 2024. Prix élevés des cheptels, des professionnels se justifient
Face à la polémique qui accompagne Aïd al-Adha sur les prix souvent hors de portée du citoyen et l’attrait pour les ovins importés, Médias24 s’est déplacé dans les abattoirs de Hay El Mohammadi et le souk temporaire de Médiouna pour donner la parole aux professionnels et s’enquérir de la réalité du terrain.
Abdelali, vendeur d’ovins au détail et en gros aux abattoirs de Hay El Mohammadi, a démenti, au micro de Médias24, les rumeurs qui courent sur un éventuel accord entre vendeurs sur les prix : "Chaque vendeur fixe le prix qu’il souhaite." Pour établir le prix de vente, Abdelali dit s’être basé sur "le prix d’achat initial" et avoir ajouté "les charges, c’est-à-dire le transport, le fourrage, la rémunération des travailleurs, la location du lieu de vente et sa marge bénéficiaire".
Interrogé sur les différences entre ovins importés et locaux, Abdelali répond : "Je n’ai pas de moutons importés dans mon cheptel car leur qualité est discutable. Bien que les prix des moutons locaux soient plus élevés, leur qualité reste nettement meilleure."
Il poursuit en expliquant les préférences des clients : "Certaines personnes se sont rendu dans les supermarchés et y ont trouvé des ovins importés à 83, 84 ou 85 DH le kilo, mais sont tout de même revenus pour nous les acheter à 90 DH le kilo parce que les races sardi et bergui sont meilleures. Nous apprécions la qualité ici."
Quant aux perspectives d’avenir, il précise : "Pour les jours à venir, les prix dépendront de l’offre existante. De façon générale, l’offre de cette année est inférieure à celle des années précédentes. Si l’offre était plus abondante, nous aurions vendu à 50 ou 55 DH le kilo."
Face aux prix inabordables, de nombreux marocains envisagent de ne pas accomplir le sacrifice cette année. "La vérité, c’est que les citoyens achètent les moutons. La preuve, le cheptel dont on dispose encore ne nous suffira que jusqu’au jeudi 13 juin. Nous n’aurons donc plus rien à vendre pendant les trois jours qui précèderont la date de l’Aïd", dit Abdelali, comme pour souligner l’insuffisance de l’offre selon lui.
"Cette hausse des prix des moutons ne concerne pas seulement le Maroc ; la plupart des pays musulmans sont également touchés, c’est dû à l’inflation", conclut Abdelali.
Selon le ministère, l’offre est largement supérieure à la demande. Mohamed Sadiki avait annoncé en mai dernier que "la demande pour Aïd al-Adha est estimée à environ 6 millions de têtes, dont 5,4 millions d’ovins (81% de moutons et 19% de brebis) et 600.000 caprins", pour une offre générale de 7,8 millions de têtes comprenant 6,8 millions d’ovins et 1 million de caprins, soit une différence de plus de 1,8 million de têtes. Qui croire ?
Taoufik Issam, éleveur présent dans la souk de Médiouna, estime quant à lui que l’offre de cette année est suffisante mais le pouvoir d’achat des citoyens limité : "Les gens n’arrivent pas à dépasser le plafond de 5.000 ou 5.500 DH."
Les prix élevés des moutons sont attribués aux charges d’élevage supportées tout au long de l’année pour garantir une qualité supérieure. "Les ovins marocains sont de qualité supérieure par rapport à ceux importés. Il faut savoir que ceux importés ont généralement moins de six mois, ce qui les rend inaptes pour le sacrifice si l’on se fie à la Sounna. Quant à leur viande, le goût des ovins marocains est bien meilleur."
L’éleveur nous explique également sa stratégie de gestion des stocks : "Si je n’arrive pas à vendre tous les jeunes ovins avant l’Aïd, je n’aurai pas de problème pour les garder l’année prochaine. En revanche, pour ceux qui sont de grande taille, je serai obligé de les vendre aux boucheries."
Ses plus grands bénéfices sont réalisés pendant l’Aïd, dit-il, mais les marges d’autrefois ne sont plus d’actualité. "Notre marge personnelle est de 300 à 500 dirhams par tête", affirme-t-il.
Face aux défis économiques et à la hausse des prix, la préparation de l’Aïd al-Adha reste marquée par des préoccupations sur l’offre et la qualité des moutons. Entre les avis divergents des professionnels et les réalités du marché, les citoyens doivent naviguer entre traditions et contraintes financières.
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