Confiance institutionnelle : 61% des Marocains expriment une défiance envers le Parlement (Banque mondiale)
La stabilité et le développement d’une société reposent sur la confiance en ses institutions. Une étude de la Banque mondiale révèle les niveaux de confiance et de défiance dans le pays. Analyse.
La confiance constitue le socle sur lequel repose la stabilité et le développement d’une société. Sans elle, une économie n’est jamais assez dynamique.
La confiance se définit ainsi : "La conviction d’une personne qu’une autre personne ou institution agira conformément à ses attentes en matière de comportement positif." Elle est essentielle dans tous les aspects de la vie sociale et économique, car elle crée un environnement de prévisibilité et de sécurité nécessaire au développement. Les études sur le niveau de confiance dans de nombreux pays montrent que la croissance est corrélée à cette variable.
Une étude de la Banque mondiale, publiée fin 2023 et reposant sur les données de l’enquête de confiance menée fin 2021 auprès de 6.000 Marocains, révèle les données marocaines les plus récentes.
La confiance dans les institutions publiques est fortement secouée
Les citoyens expriment des degrés de confiance divers envers les différentes composantes de l’appareil d’État. La confiance placée par les citoyens dans les institutions chargées de garantir l’ordre public se révèle sensiblement plus élevée que celle accordée aux institutions judiciaires, exécutives et législatives.
En outre, une analyse approfondie des réponses (tout à fait / plutôt / plutôt pas / pas du tout) à la question : "À quel degré faites-vous confiance aux institutions suivantes ?" révèle que 37,5% des sondés ne font "pas du tout" confiance au Parlement. Ce pourcentage est de 27,3% pour le gouvernement et de 23,56% pour le système judiciaire. En revanche, les taux de défiance envers la police et l’armée sont relativement plus faibles, s’établissant respectivement à 10,32% et 1,48%.
Ainsi, l’exploitation de la base de données issue de l’enquête de confiance menée au Maroc par la Banque mondiale a permis de révéler d’autres constats frappants. Voici les principaux (chiffres de 2021):
- 79% ont eu recours à des pots-de-vin ou des faveurs pour un meilleur traitement ;
- 75,9% des répondants ont eu recours à un intermédiaire pour obtenir un service dans l’administration publique ;
- 61% ne font pas confiance aux informations officielles diffusées par les autorités ;
- 54,7% n’ont pas confiance concernant la gestion des ressources publiques par le gouvernement ;
- 54% ne font pas confiance à la gestion des hôpitaux et centres de santé ;
- 50,4% doutent des efforts gouvernementaux en matière de création d’emplois ;
- 49,1% pensent que la lutte contre la corruption est insuffisante ;
- 48,1% ne croient pas en l’amélioration des conditions de vie des pauvres par le gouvernement ;
- 46,8% ne sont pas satisfaits de la qualité des services administratifs ;
- 24,7% ont ressenti un traitement inéquitable par l’administration publique.
L’importance de la confiance et l’impact économique
La confiance est censée engendrer la légitimité, elle-même définie comme "la capacité des dirigeants à faire respecter de nouvelles lois ou de nouveaux ordres publics parce que les gens partagent la conviction générale que tout le monde s’y conforme". Cela peut améliorer les résultats des politiques publiques. Ainsi, la confiance est le pilier de l’économie moderne. Sans elle, des phénomènes tels que les bank runs peuvent se produire, où la panique et le retrait massif des dépôts bancaires déstabilisent le système financier. De plus, une confiance solide dans la gouvernance est essentielle pour la gestion efficace des finances publiques, des taxes, ainsi que pour le développement des infrastructures et des investissements publics.
Une étude de la Banque mondiale a estimé que le déclin de la confiance a freiné la croissance économique du Maroc de 2,21 milliards de dollars entre 2005 et 2014. Les recherches montrent ainsi une corrélation positive entre la confiance dans les institutions et des indicateurs vitaux tels que la croissance économique, le bien-être des citoyens et la capacité des pouvoirs publics à mettre en œuvre des réformes efficaces.
Comment renforcer la confiance ?
Pour renforcer la confiance, plusieurs mesures doivent être envisagées :
1 - Transparence et communication : les institutions doivent adopter une politique de transparence accrue et améliorer la qualité de l’information diffusée ;
2 - Lutte contre la corruption : des actions concrètes et visibles contre la corruption peuvent significativement améliorer la perception publique ;
3 - Amélioration des services publics : investir dans la qualité des services publics, notamment dans la santé et l’éducation, est crucial ;
4 - Engagement citoyen : encourager la participation des citoyens dans les processus décisionnels renforce leur sentiment d’appartenance et de confiance.
La confiance est le ciment des relations sociales et économiques. Au Maroc, restaurer cette confiance nécessite des efforts concertés de la part des institutions pour être transparentes, justes et efficaces. Seule une action déterminée pourra inverser la tendance actuelle et favoriser un développement harmonieux et durable.
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