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ECONOMIE

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points

La hausse d'un salaire minimum suscite des débats quant à ses effets sur le marché de l'emploi. Bien que certains économistes avancent que cette mesure peut perturber le bon fonctionnement du marché, la réalité de l'emploi et la récurrence des crises économiques rendent l'adoption et la hausse d'un salaire minimum non seulement justifiées mais nécessaires. Cette mesure vise à garantir un niveau de vie décent pour les travailleurs et à lutter contre la fragilité et la vulnérabilité sociales des ménages. Analyse.

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points
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Le 10 juillet 2024 à 16h22 | Modifié 10 juillet 2024 à 18h15

Au Maroc, une revalorisation de 5% du SMIG entraîne une hausse de 2,7 points du chômage urbain un trimestre après la mise en œuvre, atteignant un pic de 2,9 points au sixième trimestre. Ainsi, selon une étude de Bank Al-Maghrib intitulée "Salaire minimum au Maroc : faits stylisés et impacts économiques", une telle augmentation aurait un impact négatif, quoique modéré, sur l’économie marocaine.

Cette perspective souligne que l'augmentation des coûts salariaux pour les entreprises peut les inciter à réduire leurs effectifs, aggravant ainsi le problème du chômage.

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points
Source : BAM

Instauré en 1999 sur une base horaire, le SMIG a été revalorisé douze fois entre 1999 et 2024. Dans le cadre du dialogue social, il est prévu que le SMIG connaisse deux nouvelles revalorisations en 2025 et 2026, pour atteindre respectivement 3.266 DH et 4.422 DH, comme revenu mensuel sur la base d’un travail à plein temps.

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points
Source : BAM - HCP

Depuis 2010, la dynamique du chômage urbain montre une corrélation significative avec le niveau du SMIG. La réaction du chômage urbain aux revalorisations du SMIG est quasiment instantanée, l'effet se manifestant généralement un trimestre après la revalorisation, comme le prouve l'étude de Bank Al-Maghrib. Ainsi, avec les revalorisations prévues en 2025 et 2026, on peut s'attendre à des augmentations du chômage urbain.

Pour aller au-delà des simples observations graphiques, nous avons mené une analyse économétrique visant à explorer cette corrélation. En prenant le chômage urbain comme variable dépendante, nous avons inclus le SMIG, le taux d’intérêt, l’inflation et la croissance économique comme variables explicatives afin d’éliminer d’éventuels biais statistiques.

La hausse du SMIG explique plus de 65% de la dynamique du taux de chômage urbain

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points
Source : Médias24

Les résultats de cette analyse révèlent des conclusions intéressantes sur la relation entre le SMIG et le chômage urbain sur la période 2010-2024. La hausse du SMIG explique plus de 65% de la dynamique du taux de chômage urbain, démontrant ainsi l’impact significatif de la revalorisation du SMIG sur le chômage urbain.

Des études empiriques menées dans plusieurs pays confirment ce constat. Aux États-Unis où le salaire minimum est de 7,5 $/heure, une augmentation à 12 $/heure bénéficierait à 11 millions de travailleurs en augmentant leur salaire. Cependant, cette mesure entraînerait une perte d'emploi pour environ 300.000 employés. En France, une augmentation de 10% du SMIC pourrait détruire à long terme environ 290.000 emplois.

En étudiant l’impact des revalorisations du SMIG sur l’économie marocaine, les chercheurs de Bank Al-Maghrib concluent que "les décisions de revalorisation du SMIG au Maroc peuvent avoir une incidence sur l’exacerbation du taux de chômage des catégories les plus vulnérables, en particulier des jeunes. Ainsi et conformément à la littérature, le chômage des jeunes au Maroc semble s’accélérer en réponse aux mesures de relèvement du salaire minimum".

Ils ajoutent que la revalorisation à la hausse du SMIG joue en faveur de l'extension du secteur informel ; les entreprises pouvant préférer ne pas déclarer tous leurs employés et utiliser davantage l'argent liquide pour rémunérer les employés non déclarés. "L’examen des liens entre le salaire minimum et l’évolution du nombre des jours déclarés à la CNSS et la dynamique de l’agrégat M0/M1 montre qu’au Maroc, il existerait une dualité du marché du travail en faveur de l’extension du secteur informel chaque fois qu’une augmentation du salaire minimum est décidée".

  • M0/M1 : part de la monnaie liquide (M0) dans la masse monétaire en circulation + les dépôts à vue.

Comment fonctionne le marché de l’emploi ?

  • À l’équilibre :

En principe, selon l’analyse de l’économie mainstream, dans un marché libre, également appelé marché de concurrence pure et parfaite (CPP), le salaire et le niveau d’emploi se déterminent par la confrontation de l’offre et de la demande de travail. Dans ce contexte, l’offre émane des ménages qui sont en recherche active d’emploi, tandis que la demande provient des entreprises à la recherche de main-d’œuvre.

Algébriquement, la demande de travail par les entreprises est décroissante par rapport au salaire (pente négative). Cela signifie que lorsque le salaire d’équilibre augmente, les entreprises se trouvent contraintes d’embaucher, ce qui réduit la demande de travail. De même, l’offre de travail de la part des ménages est croissante (pente positive) par rapport au salaire, c’est-à-dire qu’une fois que les salaires augmentent, les ménages sont incités à offrir davantage de travail.

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points

Cette relation entre l’offre et la demande de travail illustre un principe fondamental de l’économie de marché : lorsque l'offre de travail dépasse la demande, le chômage augmente. À l’inverse, lorsqu’il y a une forte demande de travail et une offre limitée, les salaires tendent à augmenter pour attirer les travailleurs nécessaires. Ainsi, le marché du travail fonctionne selon des principes économiques où l’équilibre entre l’offre et la demande de travail détermine les niveaux de salaire et d’emploi. Toute intervention – comme la fixation d’un salaire minimum – peut perturber cet équilibre, entraînant des effets variés sur le marché de l'emploi.

  • En déséquilibre :

Le marché de l'emploi peut se trouver en déséquilibre lorsqu'il y a un excès d'offre ou de demande. Parmi les déséquilibres les plus fréquents, la baisse de la demande de main-d'œuvre par les entreprises en raison de plusieurs facteurs : des anticipations de baisse de la demande de biens et services, souvent due à des politiques monétaires restrictives, des perturbations des chaînes d'approvisionnement, ou encore une augmentation des prix des matières premières, ce qui entraîne une hausse des coûts de production. Ces conditions entraînent souvent une diminution de la demande de travail, aboutissant à une situation de chômage dit conjoncturel.

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points

Lorsqu'une contraction des embauches est observée au sein des entreprises, la diminution de la demande de main-d'œuvre de T1 à T2 entraîne une baisse du niveau d'emploi de Q1 à Q2, se traduisant par une hausse du taux de chômage. Par conséquent, les travailleurs licenciés éprouvent souvent des difficultés à retrouver un emploi, particulièrement lorsque cette diminution de la demande de main-d'œuvre est répandue.

Dans un contexte où l'offre de travail dépasse largement la demande, les salaires réels ont tendance à stagner, voire à diminuer de S1 à S2. Les employeurs, bénéficiant d'un excédent de candidats, n'ont pas besoin de proposer des salaires attractifs pour recruter du personnel.

  • Cas d’un salaire minimum :

L'instauration et la revalorisation du salaire minimum impose souvent au marché un salaire supérieur au salaire d'équilibre. La situation du marché de l'emploi dans un tel cas peut être illustrée comme suit :

Selon des études, une revalorisation de 5% du SMIG accélère le chômage urbain de 2,7 points

Dans ce contexte, les ménages sont incités à offrir plus de travail, attirés par la perspective d'un salaire plus élevé. Cette augmentation de l'offre de travail est représentée par l’intersection du SMIG avec l'offre de travail, faisant que le niveau d’emploi offert sur le marché est augmenté à (Q ménages). Cependant, les entreprises, confrontées à des coûts salariaux plus élevés, réduisent leur demande de travail pour s'adapter au nouveau salaire minimum, faisant en sorte que le niveau d’emploi baisse pour se situer à (Q SMIG).

Ce déséquilibre se traduit par une augmentation du chômage. En effet, le point d'équilibre initial, où l'offre et la demande de travail se rencontrent à un salaire S1 et un niveau d’emploi Q1, est remplacé par une nouvelle situation où l'offre de travail dépasse largement la demande à ce nouveau salaire minimum. Ainsi, la différence entre la quantité de travail offerte (Q ménages) et la quantité de travail demandée (Q SMIG) représente le niveau de chômage engendré par cette politique.

-0O0-

Au Maroc, le débat autour de l'instauration et la revalorisation du salaire minimum ne suscite pas de vives discussions. Cependant, la situation peut être analysée à partir de deux perspectives distinctes, chacune étant fondée.

D'une part, il est bien établi que le salaire minimum peut avoir des effets négatifs sur le marché de l'emploi, notamment en augmentant le coût du travail pour les employeurs, ce qui peut conduire à une hausse significative du chômage.

D'autre part, l'augmentation du SMIG est essentielle pour lutter contre les inégalités et protéger le pouvoir d'achat des travailleurs dans un contexte d'inflation croissante. Cette mesure contribue également à la consolidation de l'État social au Maroc, un chantier majeur dans lequel le pays est engagé.

Les diverses écoles économiques divergent sur ce sujet. Cependant, dans le contexte socioéconomique actuel du Maroc, cette mesure apparaît nécessaire pour lutter contre les inégalités et l'inflation. Ainsi, il convient de souligner qu'un marché au sens néoclassique du terme, où les prix et les salaires sont flexibles et s'ajustent instantanément, n'existe pas. Cela justifie donc la nécessité d'établir un salaire minimum. Toutefois, il est crucial de mettre en œuvre des politiques complémentaires visant à soutenir l'emploi et à atténuer les répercussions négatives sur le marché du travail marocain.

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Le 10 juillet 2024 à 16h22

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