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ECONOMIE

ANALYSE. Vu la situation au Moyen-Orient, où vont les prix du pétrole ?

Depuis les frappes iraniennes du 1er octobre, les cours du pétrole suivent une trajectoire haussière, perçue par les investisseurs comme une réponse anticipée au risque croissant d'une riposte israélienne, susceptible d'embraser la région dans un conflit généralisé. Une telle escalade aurait des répercussions majeures sur l’approvisionnement mondial en pétrole, d’autant plus que le Moyen-Orient joue un rôle clé dans l’équilibre énergétique mondial.

ANALYSE. Vu la situation au Moyen-Orient, où vont les prix du pétrole ?
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Le 6 octobre 2024 à 12h02 | Modifié 6 octobre 2024 à 14h05

Dès l'annonce de la mort de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, le marché a immédiatement réagi à la hausse, reflétant l’inquiétude des investisseurs. Toutefois, cette réaction est restée modérée, avec une augmentation de seulement 0,5 $ par baril. Cela s’explique par le timing de l’annonce, faite le 27 septembre au soir, à la fermeture des principaux marchés mondiaux, ce qui n’a pas permis aux transactions de pleinement intégrer les craintes des acteurs économiques.

Après un week-end de relative stabilité, le marché a clôturé lundi à 71,7 $ le baril, valorisant l’impact de la mort de Hassan Nasrallah à une hausse totale de 0,7 $ par baril.

Avec l’escalade rapide des tensions à la suite de cet événement, la riposte iranienne ets survenue. La Garde révolutionnaire iranienne a tiré plus de 200 missiles, dont le sort a fait l'objet d'informations contradictoires. On ne sait donc pas si ces missiles ont touché des cibles stratégiques ou pas..

En réponse, plusieurs officiels israéliens ont promis une réplique, menaçant cette fois-ci de viser les installations pétrolières iraniennes. Ces déclarations ont profondément secoué les marchés, provoquant une hausse rapide des prix à des niveaux inconfortables.Le prix du Brent affiche la plus forte hausse hebdomadaire depuis deux ans

ANALYSE. Vu la situation au Moyen-Orient, où vont les prix du pétrole ?
Source : Investing.

Le jeudi 3 octobre, le marché a clôturé à 77,9 $ le baril, marquant une hausse de 4,3% par rapport à la séance précédente. Il s'agit de la plus forte augmentation journalière observée depuis octobre 2023.

Sur une période d’une semaine, le Brent a enregistré une augmentation significative de 8,9%, passant de 71,5 $ à 77,9 $, ce qui constitue la plus forte progression hebdomadaire depuis deux ans. Cette hausse est principalement due aux déclarations du président américain Joe Biden, qui a exprimé que les États-Unis discutaient de la possibilité de soutenir d'éventuelles frappes israéliennes contre les infrastructures pétrolières iraniennes.

Ces propos ont alimenté une forte nervosité chez les investisseurs, provoquant une réaction immédiate et tangible sur les marchés pétroliers.  Ce vendredi 4 octobre, le prix du Brent atteint son niveau le plus élevé depuis la fin août, dépassant les 78 $ le baril.

En cas de riposte d'Israël, que pensent les analystes du marché ?

Le Moyen-Orient, région cruciale pour l'approvisionnement énergétique mondial, représente environ un tiers de la production mondiale de pétrole. Parmi les dix plus grands exportateurs de pétrole, six se trouvent dans la région : l'Arabie saoudite, l'Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, l'Iran et le Qatar.

L'Iran produit environ 3,3 millions de barils par jour ces derniers mois, le plaçant au troisième rang des producteurs de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Une attaque directe contre ses infrastructures pétrolières entraînerait une perturbation significative de l'offre, avec des répercussions majeures sur les marchés.

Les analystes du marché s'accordent sur l'impact potentiel d'un tel conflit. Vishnu Varathan, responsable de la stratégie économique pour l'Asie chez Mizuho Bank, souligne, dans une interview accordée à Bloomberg : "Il existe des craintes qu'Israël frappe les capacités de production pétrolière de l'Iran, ciblant ainsi directement l'économie iranienne, là où cela ferait le plus mal".

Les prévisions économiques ne sont guère encourageantes : Citigroup estime qu'une frappe majeure d'Israël pourrait retirer jusqu’à 1,5 million de barils par jour du marché. Dans un scénario plus modéré, les analystes s'attendent à une baisse de 300.000 à 450.000 barils par jour, ce qui réduirait l'offre et ferait grimper les prix.

Ces tensions viennent s'ajouter aux conflits déjà présents dans la région, notamment les affrontements entre les Houthis et Israël, ainsi que la guerre à Gaza. Le marché des matières premières, particulièrement vulnérable aux perturbations dans cette zone stratégique, est marqué par une nervosité accrue. Le détroit d’Ormuz, un passage clé par lequel transite non seulement une grande partie du pétrole mondial, mais aussi une part importante du commerce international, pourrait également être visé. Une perturbation de ce corridor maritime stratégique pourrait, selon Clearview Energy Partners, entraîner une hausse des prix du pétrole comprise entre 13 et 28 dollars par baril, tout en affectant d'autres flux commerciaux essentiels.

En cas d’escalade, l'idée d'un prix du pétrole atteignant des niveaux à trois chiffres devient une hypothèse de plus en plus crédible. Une interruption du flux commercial via le détroit d’Hormuz entraînerait une flambée des prix des matières premières et exercerait une pression inflationniste sur plusieurs économies, dont celle du Maroc.

Cependant, tous les observateurs ne partagent pas ce pessimisme. Certains analystes, comme ceux d'ANZ Group, estiment qu’une attaque israélienne contre les installations pétrolières iraniennes reste peu probable. Daniel Hynes et Soni Kumari expliquent que cela pourrait contrarier les alliés d'Israël, notamment les États-Unis, et provoquer une escalade incontrôlable avec une réponse sévère de Téhéran.

L'incertitude demeure quant à la capacité réelle des marchés à avoir pleinement intégré ce risque. Rebecca Babin, principale négociatrice en énergie chez CIBC Private Wealth, a déclaré dans une interview accordée à Bloomberg que, "dans l'éventualité d'une attaque, les prix pourraient grimper de 5 $ avant même que l'ampleur de l'escalade ne soit complètement mesurée. De plus, les options d'achat sur le Brent affichent une prime record, signalant que les investisseurs anticipent déjà une nouvelle hausse des prix. La volatilité implicite s’est également accrue, renforçant l'idée que les marchés s'attendent à une instabilité prolongée".

Quels impacts sur le Maroc ?

La situation du Maroc ne fait pas exception à celle des autres pays. En tant que client des marchés internationaux, toute fluctuation des prix y est pleinement répercutée.

Contactée par nos soins, Amina Touhami, Trader et analyste du marché pétrolier, nous livre son analyse de l'impact de la situation géopolitique actuelle au Moyen-Orient sur le marché pétrolier marocain. "Toute perturbation, notamment des infrastructures telles que les pipelines et les terminaux d'exportation, peut entraîner une réduction de l'offre disponible, créant ainsi une pression haussière sur les prix".

Amina Touhami poursuit en détaillant les répercussions spécifiques pour le Royaume : "Pour le Maroc, qui dépend largement des importations d'hydrocarbures pour répondre à ses besoins énergétiques, une hausse mondiale des prix du pétrole brut se traduit directement par une augmentation des coûts des produits pétroliers raffinés. De plus, les conflits dans cette région génèrent une forte volatilité sur les marchés pétroliers, exacerbée par les incertitudes politiques et les risques d'escalade des tensions. Ces fluctuations se répercutent rapidement sur les prix à la pompe au Maroc, impactant non seulement les consommateurs, mais aussi les secteurs industriels fortement dépendants de l'énergie".

"Les décisions des grandes puissances et des institutions internationales en réponse aux conflits, telles que les sanctions et les quotas de production, influencent directement la disponibilité du pétrole. Cela accentue les fluctuations des prix pour un pays comme le Maroc, qui, depuis l'arrêt de ses activités de raffinage, manque de capacité locale pour amortir ces chocs externes. La spéculation financière, intensifiée en période de guerre, contribue également à la hausse des prix, augmentant les coûts d'importation pour le Maroc et aggravant l'inflation des coûts énergétiques", ajoute notre interlocutrice.

En ce qui concerne les stratégies pour renforcer la résilience du Maroc face à ces défis, Amina Touhami estime que la politique énergétique et la gouvernance du secteur au Maroc doivent être ajustées pour atténuer les impacts de ces fluctuations internationales. "Cela passe par une diversification accrue des sources d'approvisionnement, une accélération des investissements dans les énergies renouvelables, ainsi que par des réformes en matière de stockage stratégique et de réglementation des prix des carburants, afin de renforcer la résilience de l'économie marocaine face à ces chocs extérieurs", conclut-elle.

Par ailleurs, dans ce contexte, la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir de le taux directeur inchangé apparaît particulièrement réfléchie et prudente. Bien que certains acteurs du marché aient anticipé une baisse des taux, ces attentes semblaient davantage motivées par une quête de gains à court terme. En fait, il incombe à la Banque centrale de prendre des décisions fondées sur une vision d'ensemble, en s'appuyant sur une analyse rigoureuse de multiples indicateurs macroéconomiques.

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Le 6 octobre 2024 à 12h02

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