Qui est Mohamed Dkhissi, le nouveau Monsieur Afrique d’Interpol
Depuis le 7 novembre 2024, le préfet Mohamed Dkhissi est vice-président d’Interpol pour l’Afrique, une élection conquise à la majorité lors de l’Assemblée générale de l’organisation de police internationale tenue à Glasgow en Écosse. Voici son parcours et ses faits d’armes.
Pour ceux qui n'ont pas complètement saisi la portée de cette élection, il faut savoir que Mohamed Dkhissi, candidat de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) et du Maroc, devient l’un des hommes les plus importants d’Interpol puisqu’il fait partie des trois vice-présidents. Le reste des 13 membres du Comité exécutif, en plus du secrétaire général, ont la qualité de délégués.
Ni Interpol ni la DGSN n’ont communiqué le résultat du vote, mais la candidature de Mohamed Dkhissi est passée comme une lettre à la poste face à la Béninoise Innocentia G. Apovo Monteiro, commissaire divisionnaire de police et directrice de la coopération et de l’entraide judiciaire, et à la Namibienne Anne-Marie Nainda, inspecteur général-adjointe responsable de l’administration de la police.

Le haut responsable sécuritaire marocain succède à Garba Baba Umar (Nigeria) pour un mandat de trois ans. C'est une élection qui tombe à point, au moment où le Maroc devient un acteur incontournable en matière de sécurité sur la scène internationale et où le Royaume se prépare à accueillir la prochaine Assemblée générale d'Interpol, en 2025 à Marrakech.
Aussi bien l'élection de Mohamed Dkhissi que l'organisation de la prochaine Assemblée générale d'Interpol à Marrakech ont été un coup de maître de Abdellatif Hammouchi qui a veillé à chaque détail de A à Z.

Mais qui est Mohamed Dkhissi ?
Une enfance à Oujda
"Qui ne connaît pas les Dkhissi ?". C’est la réponse qui vous est servie quand vous posez la question à un Oujdi. Et, évidemment, Mohamed Dkhissi est cité en premier, non sans une certaine fierté, parmi les autres Dkhissi ayant percé au niveau local ou national.
Mohamed Dkhissi a vu le jour dans la capitale de l’Oriental en 1967 où il poursuit ses études jusqu’au baccalauréat, diplôme qu’il obtient au Lycée Omar Ibn Abdelaziz, l’un des prestigieux établissements publics de la ville. Sitôt après, il intègre les rangs de la DGSN en tant qu’officier, et sera affecté au terme de sa formation à Fès. C’était en 1990, année marquée par de graves événements (14 décembre 1990). Au service de la police judiciaire, il s’intéresse surtout aux crimes économiques et financiers.
Depuis, il a roulé sa bosse dans divers services et divers postes de responsabilité et toujours dans des "points chauds" : Oujda, Salé, Fès (encore), Nador, Laâyoune et Marrakech (en tant que préfet dans ces deux dernières villes).
Au cours de ses pérégrinations à travers les villes du Royaume, Mohamed Dkhissi a continué à étudier. Il compte aujourd’hui parmi les éminences grises en matière de science juridique au sein de la DGSN.
Mais ce n’est pas tout : il peut citer les grands écrivains français, les juristes internationaux qui font autorité, comme les théoriciens du salafisme ou de l’extrémisme violent. Le tout entrecoupé par des vers de poésie arabe classique ou de versets coraniques.
L’ennemi des points noirs
Au vu de ces qualités, on lui trouve beaucoup de ressemblance, dans les rangs de la DGSN, avec Abdellatif Hammouchi, son patron, qui lui a confié la Direction centrale de la police judiciaire en juin 2016.
Car, comme le patron du pôle DGSN-DGST, Mohamed Dkhissi peut disserter de longues heures sur les ramifications des réseaux terroristes dans la région, sur les points noirs de l’insécurité au Maroc et citer, de mémoire, les chiffres des saisies de drogues, au gramme près, en 2017 ou 2020.
En parlant de points noirs, et depuis son arrivée à la tête de la Direction de la police judiciaire, il n’hésite pas à organiser des opérations commando dans différentes villes, et à passer des semaines entières à pourchasser des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des barons de la drogue.
Parallèlement à ses missions en tant que patron national de la police judiciaire, il est aussi chef du Bureau national d’Interpol et chef du bureau de liaison arabe, un organisme arabe de coordination avec les organisations internationales.
C'est dire qu'il connaît aussi bien les arcanes d’Interpol que ceux de la DGSN. La première organisation le lui rend bien, ainsi qu'à son antenne marocaine qui compte parmi les plus actives dans le monde. Depuis quelques années, on ne compte plus le nombre de grands criminels, dont plusieurs ennemis numéro 1 de diverses polices internationales, qui ont été cueillis par les hommes de Dkhissi à leur arrivée aux aéroports de Casablanca, de Rabat ou de Marrakech.

Le secret ? Lui-même ne le cache pas quand on lui pose la question : une meilleure coordination entre l’ensemble des services sécuritaires et du renseignement. Quant à lui, il maîtrise autant les questions sécuritaires que le travail de renseignement et d’investigation.
La dignité d’abord
Patriote jusqu’au bout des ongles, Mohamed Dkhissi ne jure que par la dignité dans l’exercice de ses fonctions. Il est jaloux de la dignité de ses hommes et des éléments de la DGSN en général. Et de celle des citoyens dans leurs relations avec la police.
Depuis quelques années, c’est d’ailleurs lui qui coordonne plusieurs programmes de formation des éléments de la DGSN aux normes internationales en matière de droits de l’Homme, dans l’exercice de sa fonction policière. À ce titre, il coordonne avec des institutions nationales comme le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH).
Aujourd’hui, Mohamed Dkhissi compte plus de trois décennies de carrière dans la police nationale et près d’une décennie de collaboration étroite avec Interpol dont il devient l’un des poids lourds. À ce titre, il sera l’un des maîtres de cérémonie du grand conclave de l’organisation policière internationale à Marrakech. Mais ce n’est pas pour autant qu’il prend la grosse tête. Toujours souriant et bienveillant, il prend le temps d’écouter, d’expliquer et de convaincre. Quand il dispose d'un moment de libre, il le consacre à une virée à Oujda, son autre amour. Comme pour tous les Dkhissi.
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