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ECONOMIE

Distribution des aides sociales : les établissements de paiement font toujours face au défi du cash

L’écrasante majorité des virements reçus sont immédiatement retirés en espèces, alerte Hazim Sebbata, président de l’APEP. Alors que le Maroc s’est engagé dans la numérisation des aides sociales depuis décembre 2023, ce comportement freine la transition vers des paiements numériques et souligne les défis liés à la persistance du cash dans l’économie nationale.

Distribution des aides sociales : les établissements de paiement font toujours face au défi du cash
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Le 28 novembre 2024 à 15h15 | Modifié 28 novembre 2024 à 16h00

Les aides sociales directes vont boucler leur première année de déploiement en décembre 2024. À travers ce programme, ce sont plus de 4 millions de familles, ainsi que 5,4 millions d'enfants et 1,2 million de personnes âgées de plus de 60 ans, qui en bénéficient, selon les chiffres arrêtés à octobre 2024.

C'est également un an de rodage pour les acteurs "intermédiaires" qui acheminent ces aides aux bénéficiaires, à savoir les banques et les établissements de paiement.

Des milliards de DH qui finissent en cash 

Lancé il y a près d’un an, le système de distribution des aides sociales a rapidement démontré son efficacité. "Aujourd’hui, tout fonctionne à merveille, le système est bien huilé", affirme Hazim Sebbata, président de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP), dans une déclaration à Médias24.

Les bénéficiaires reçoivent leurs allocations via des virements, soit sur des comptes bancaires, soit sur des comptes de paiement mobile, comme exigé par le gouvernement et la Banque centrale.

Cela dit, la tendance observée les premiers mois s'est confirmée : la majeure partie de ces fonds est retirée en espèces après réception. "L’écrasante majorité des virements qui sont reçus sont "cashOutés" immédiatement. Les gens retirent la totalité de cet argent et font ce qu’ils veulent, souvent pour rembourser des dettes ou effectuer des paiements en liquide", explique Hazim Sebbata. Ce comportement met en lumière une résistance culturelle au changement et limite l’impact de cette initiative sur la promotion des paiements numériques.

L’écrasante majorité des virements qui sont reçus sont "cashOutés" immédiatement. Les gens retirent la totalité de cet argent, souvent pour rembourser des dettes ou effectuer des paiements en liquide

Cette préférence pour le cash impose une charge importante aux établissements de paiement, qui jouent un rôle central dans la mise en œuvre du programme. "Chaque mois, ce sont plusieurs milliards de dirhams qui doivent être mis à disposition en liquidités. Cela demande un effort extraordinaire pour garantir que tous les bénéficiaires puissent retirer leur argent dans un délai restreint", souligne Hazim Sebbata.

Cette logistique complexe détourne également des ressources qui pourraient être consacrées à la modernisation et au développement des solutions numériques. "Nous devons trouver un équilibre entre répondre aux besoins actuels et investir dans l’avenir", ajoute le président de l’APEP.

Créer un cercle vertueux : le double défi

Pour que l'on puisse s'appuyer sur ce programme pour accélérer l'inclusion et la digitalisation financières, il est essentiel de transformer les habitudes des bénéficiaires et des commerçants. "Le défi, c’est de convaincre les bénéficiaires de maintenir leur argent sur leurs comptes et de l’utiliser pour des paiements numériques", précise Hazim Sebbata. Cela passe par des campagnes d’éducation financière, mais aussi par des incitations concrètes, comme la réduction des frais de transaction.

Le défi, c’est de convaincre les bénéficiaires de maintenir leur argent sur leurs comptes et de l’utiliser pour des paiements numériques

Du côté des commerçants, l’enjeu est tout aussi crucial. "Si les commerçants acceptaient plus de paiements digitaux, cela inciterait les bénéficiaires à conserver leurs fonds dans l’écosystème numérique. Ce serait un cercle vertueux", explique-t-il. Pour cela, des efforts sont nécessaires pour réduire les barrières à l’adoption des terminaux de paiement et des applications mobiles.

La préférence des bénéficiaires pour le retrait en espèces illustre des défis structurels liés à des réalités économiques et comportementales. Dans la théorie économique, notamment celle de Keynes, la préférence pour la liquidité est un comportement rationnel dans un contexte de vulnérabilité, car il répond à des besoins immédiats ou imprévus. Cependant, il maintient la dépendance au cash et limite l’impact des paiements numériques sur l’économie.

La forte prévalence de l’économie informelle dans des pays comme le Maroc pousse les individus à privilégier le cash, qui offre une flexibilité adaptée aux transactions non régulées. Ce phénomène s’explique aussi par une confiance limitée dans les institutions financières.

Si les bénéficiaires conservaient leur argent sur leurs comptes, les effets économiques pourraient être significatifs. D’un côté, une épargne, même temporaire, offrirait davantage de liquidités au système financier, ce qui renforcerait la capacité des banques et des établissements de paiement à octroyer des crédits ou à financer des projets. D’autre part, les paiements numériques traçables apporteraient une meilleure structuration des flux financiers, ce qui allègerait le poids de l’économie informelle et favoriserait une inclusion économique plus large.

Une opportunité pour transformer le marché des paiements

Malgré les défis, Hazim Sebbata reste optimiste quant à l’impact de ce programme sur le marché des paiements. "Cette initiative est une étape louable vers un monde moins dépendant du cash. Elle s’inscrit dans une vision plus large d’inclusion financière et sociale, même si l’histoire reste à écrire", souligne-t-il.

Néanmoins, "l'initiative du gouvernement de distribuer les aides directes exclusivement via des virements est une initiative louable parce qu'elle va dans le sens de l'inclusion financière et sociale, dans le sens d'un monde avec moins cash".

Le président de l’APEP estime que cette dynamique peut également bénéficier aux établissements de paiement, en encourageant l’innovation et la compétitivité. Les modèles économiques traditionnels, basés uniquement sur le cash ou le digital, montrent leurs limites. "L’avenir est dans l’omnicanal, qui offre une flexibilité à la fois pour les clients et les entreprises. C’est là que réside la clé du succès", conclut-il.

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Le 28 novembre 2024 à 15h15

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