Dette extérieure du Maroc. L'encours a plus que doublé entre 2010 et 2023 (Banque mondiale)
Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale met en lumière les évolutions significatives de la dette extérieure du Maroc. Avec un encours dépassant 69,2 milliards de dollars, soit plus de 47% du PIB, et un service de la dette pesant lourdement sur l'économie, le Maroc se distingue par une forte présence de créanciers multilatéraux dans son portefeuille. Le rapport souligne également les évolutions des flux financiers, du service de la dette et des conditions de financement.
En 2023, la dette extérieure totale du Maroc s’est élevée à 69,27 milliards de dollars, selon les données du rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale. Ce montant représente 50% du revenu national brut (RNB) du pays et équivaut à 110% de ses exportations annuelles. Ces ratios indiquent que le Maroc continue de financer une part importante de ses besoins via des emprunts extérieurs.
Le service de la dette extérieure marocaine (remboursements de principal et paiements d’intérêts) a représenté 9% des recettes d’exportation et 4% du RNB en 2023. Ces paiements incluent à la fois des emprunts contractés auprès de créanciers publics et privés.
En termes de flux financiers nets, le Maroc a enregistré 2,93 milliards de dollars d’entrées nettes de dette en 2023. Ce montant reflète l’écart entre les nouveaux emprunts contractés et les remboursements effectués au cours de l’année. Par ailleurs, les entrées nettes de capitaux propres se sont élevées à 989 millions de dollars.
Structure de la dette extérieure
Pour mieux comprendre la structure de la dette extérieure totale du Maroc en 2023, qui s'élève à 69,27 milliards de dollars, elle se décompose comme suit :
- Encours de la dette extérieure à long terme : 55,3 milliards de dollars, dont :
- 45,1 milliards de dollars de dette publique et garantie par l'État ;
- 10,2 milliards de dollars de dette privée non garantie.
- Utilisation des crédits du FMI et des allocations de Droits de tirage spéciaux (DTS) : 3,9 milliards de dollars.
- Encours de la dette extérieure à court terme : 10 milliards de dollars.
La dette publique et garantie par l'État, dont le rapport fournit des détails précis sur les détenteurs, représente plus de 65,1% de la dette extérieure totale.
Le portefeuille est principalement composé de créanciers multilatéraux, qui détiennent 49% de la dette extérieure publique et garantie. La Banque mondiale (20%) et la Banque africaine de développement (10%) constituent les principaux contributeurs dans cette catégorie. Ces prêts, souvent accordés à des taux préférentiels, permettent d’atténuer les coûts du financement tout en assurant une certaine stabilité face aux turbulences des marchés financiers internationaux.
Toutefois, les créanciers privés, notamment les détenteurs d’obligations (27%), restent influents. Ces derniers offrent des opportunités de financement plus rapides, mais souvent à des conditions moins avantageuses.
En parallèle, les prêts bilatéraux, bien qu’en recul par rapport aux années précédentes, représentent encore 15% de l’encours total, avec des contributions notables de pays comme la France (5%) et l’Allemagne (5%).
Entre 2019 et 2023, les conditions de financement se sont progressivement durcies en raison d'une conjoncture économique défavorableL'analyse des nouvelles conditions d'emprunt met en évidence une nette détérioration des termes de financement. Les emprunts auprès des créanciers privés, bien qu'essentiels pour diversifier les sources de capitaux, deviennent plus coûteux et présentent depuis 2021 des maturités plus courtes. Par exemple, les prêts privés contractés en 2023 affichent un taux d'intérêt moyen de plus de 6%, le plus élevé depuis 2019.
De même, Les taux d’intérêt moyens sur les nouveaux engagements auprès des créanciers publics ont dépassé 4% en 2023, contre une moyenne de 1,5% sur la période 2019-2022.
En ce qui concerne la maturité moyenne des emprunts, les créanciers publics continuent d’offrir des conditions plus avantageuses, avec des maturités plus longues (supérieures à 20 ans en moyenne), tandis que les créanciers privés se limitent à des échéances plus courtes. Les périodes de grâce suivent une logique similaire, avec des délais plus longs du côté des créanciers publics.
Le recours important à des financements en devises, principalement en dollars américains et en euros, expose l'économie marocaine à des fluctuations monétaires. Toute dépréciation du dirham alourdit mécaniquement le service de la dette, augmentant les contraintes financières sur l’État et les entreprises.
Données historiques : évolution de la dette extérieure
L’analyse du rapport montre une progression constante de l’encours de la dette extérieure marocaine au cours des dernières décennies. En 2010, la dette extérieure totale s’élevait à 27,35 milliards de dollars, avant d’atteindre 55,28 milliards en 2019 et 69,27 milliards en 2023. Cette hausse est attribuable à l’augmentation des besoins de financement pour soutenir des projets d’investissement et répondre aux défis économiques.
Dans le même sens, les décaissements de dette à long terme en 2023 se sont élevés à 6,43 milliards de dollars, un montant largement dominé par des emprunts publics garantis par l’État. Les remboursements de principal ont, quant à eux, atteint 4,39 milliards de dollars, tandis que les paiements d’intérêts se sont chiffrés à 1,30 milliard de dollars.
Le poids de cette dette reflète une dynamique structurelle dans laquelle le pays s'est engagé pour soutenir sa croissance économique, moderniser ses infrastructures et répondre aux besoins de liquidités induits par des crises successives : pandémie, chocs énergétiques et instabilité économique mondiale.
Avec un encours total de dette extérieure atteignant 69,27 milliards de dollars en 2023, le Maroc s'appuie majoritairement sur les créanciers multilatéraux, mais demeure également exposé à des créanciers privés et bilatéraux, dont les conditions de financement se durcissent. Cette situation, bien qu’en ligne avec celle d’autres pays à revenu intermédiaire, requiert une réflexion approfondie sur les stratégies d’endettement et de développement à long terme.
Il convient de préciser que nous faisons référence ici à la dette extérieure totale, et non à la dette souveraine, dont l'encours reste estimé, selon les données du ministère de l'Économie et des finances, à environ 254 MMDH en 2023. La dette totale englobe plusieurs composantes, notamment la dette souveraine, mais également les dettes contractées par les entreprises publiques, le secteur privé et les banques.
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