Vue du ciel, l'aridité gagne du terrain au Maroc (images satellite)
Dans un contexte de sécheresse chronique, les conditions météorologiques de ce mois de décembre ne font qu'aggraver la situation. Par images satellites, nous survolons les principales zones agricoles afin de visualiser les effets d'une sécheresse qui devient chronique.
Confronté à un réchauffement climatique accéléré, le Maroc fait face à une sécheresse persistante depuis six ans. Les précipitations, de plus en plus rares et irrégulières, se manifestent principalement sous forme d'épisodes soudains et intenses, comme c’était le cas lors des intempéries diluviennes du sud-est atlasique en septembre et les dernières précipitations dus aux effets de la tempête de Dana qui a frappé nos voisins ibériques.
Dans un article précédent, nous avions interrogé des professeurs chercheurs en sciences agricoles à la suite du début d'une saison agricole, survenant après six années consécutives de sécheresse. Ces derniers ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l'avenir de l'agriculture marocaine, confrontée à un dérèglement climatique qui intensifie les épisodes de sécheresse et menace les moyens de subsistance des populations rurales.
La Chaouia, principale région céréalière du Maroc, fortement dépendante des précipitations, est désormais victime d’un changement climatique qui l'impacte profondémment d’une année à une autre. En raison de sa grande superficie, il est admis qu’une bonne production dans cette région est souvent considérée comme un indicateur quasi certain de la réussite de l’ensemble de la campagne agricole nationale.
Cependant, la comparaison des images satellitaires de cette région, prises en novembre 2024 et en 2018 (dernière bonne année pluvieuse au Maroc), révèle une différence significative en termes de réduction du couvert végétal. Même par rapport à 2023, année déjà marquée par des températures élevées et de faibles précipitations, la situation s'est un peu dégradée, soulignant l'avancée de l'aridité dans cette région, cœur de l’agriculture marocaine.
Comparaison par images satellitaires des périmètres agricole au sud de Casablanca : Chaouia, Doukkala et Abda .
N.B: Fausse coloration. En couleur verte le couvert végétal et en couleur marron foncée les périmètres agricoles. En cercle rouge le barrage d'Al Massira (Images Nasa)


En novembre 2024, en plus des faibles précipitations, les températures ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés dans plusieurs villes côtières comme Casablanca, El Jadida et Agadir, dépassant les 33°C.
Cette anomalie thermique s'est traduite à Casablanca par l’enregistrement d’une moyenne mensuelle de température de 25,2°C, soit une hausse de plus de 4,8°C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020 et une hausse de 3,3°C par rapport à la moyenne des températures du mois de novembre de l’année dernière.
S’ajoute à cela la rareté des précipitations qui s'est accentuée ces dernières années. À Casablanca, le nombre de jours de pluie a chuté de près de 60% par rapport aux moyennes des périodes 1991-2020 et 2000-2015.
Plus encore, la comparaison des précipitations totales de 1995, année marquée par une sécheresse sévère (236,4 mm), et de celles de 2024 (236,6 mm) révèle une similitude frappante.
Toutefois, il est important de souligner que la fin de l'année 1995 avait été caractérisée par une reprise des précipitations qui avait annoncé une année 1996 particulièrement pluvieuse.
Les précipitations à Casablanca ont été particulièrement faibles au cours des trois derniers mois de 2024, ne dépassant pas 38 mm. Ce volume est bien inférieur à la moyenne habituelle pour cette période. À titre de comparaison, l'année 2018, considérée comme la dernière année fortement pluvieuse, avait enregistré 219 mm de précipitations sur la même période, soit l'équivalent de toutes les précipitations cumulées durant l'année en cours.
La diminution des précipitations, couplée à l'augmentation des températures et à l'intensification de l'évapotranspiration, exerce une pression sans précédent sur les réserves des barrages marocains. Le barrage Al Massira, qui ne dépasse actuellement 2% de sa capacité, illustre parfaitement cette situation alarmante. L’année 2018 est la dernière année où le barrage a pu atteindre 75% de sa capacité. Cette situation alarmante est également observée au niveau d'autres barrages du centre du Maroc, tel que Bin el Ouidane, qui ne dépasse plus les 5% de sa capacité.
En plus de la diminution du couvert végétal, les observations d'imageries satellitaires révèlent, par rapport à l'année précédente (marquée également par une sécheresse), une poursuite de la contraction de l'activité agricole dans plusieurs régions du centre du Maroc. Cette diminution est particulièrement visible au niveau de Doukkala et Abda, témoignant de l'impact sévère de la sécheresse et la limitation des ressources en eau disponible, à l'approche de la saison d'hiver.
Par contre, la région de Settat connaît une reprise de l'activité agricole avec une augmentation des parcelles labourées par rapport à l’année dernière. Cependant, les rendements agricoles restent fortement tributaires des précipitations et le retour des températures à leur normal. En constat, l’amélioration des conditions climatiques dans les prochains mois qui décidera le sort de cette saison agricole dans cette région agricole importante.
Dar Si Aissa (Province de Safi) : 29-novembre-2024/23-novembre-2023

Boulaouane (Province d'El Jadida) : 01 décembre 2024/02 décembre 2023

Sidi Bennour (Province d'El Jadida) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Tiflet (Province de Khemisset) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Envrions Ben Ahmed (Province de Settat) : 05 décembre 2024/03 décembre 2023

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