Fact-checking. Non, la nouvelle ligne maritime Agadir-Dakar ne remplacera pas le passage de Guergarate
Avec une capacité initiale de transport de 120 camions par bateau et une fréquence d'un bateau par semaine, la nouvelle ligne maritime Agadir-Dakar offre une alternative efficace au transport routier. Cependant, nuance : il ne s'agit pas de concurrencer ou de se substituer au passage de Guergarate où l'essentiel du flux de transport des marchandises restera concentré, rassure Driss Boutti, président de la CGEM Souss-Massa.
Le mercredi 11 décembre, des protocoles d’accord ont été signés par la région Souss-Massa avec la société britannique Atlas Marine pour le lancement d’une nouvelle ligne maritime commerciale reliant Agadir à Dakar. Une alternative efficace au transport routier puisqu'elle permettra une traversée en seulement deux jours et demi, alors que le trajet par route, via le passage de Guergarate, nécessite entre 7 et 10 jours avec de nombreux risques liés aux conditions de la circulation.
Beaucoup ont vu dans le lancement de cette ligne maritime un message indirect adressé par le Maroc à la Mauritanie, en raison de l'augmentation, par cette dernière, de ses droits de douane sur les produits agricoles marocains.
En fait, selon des sources de l'Association marocaine des producteurs et exportateurs vers l'Afrique, il n'y a pas de hausse de droits de douane, et s'il y en a eu, ce n'est plus le cas à présent. Les tarifs douaniers sont les mêmes qu'auparavant. La question reste néanmoins posée : la nouvelle ligne maritime va-t-elle concurrencer ou se substituer au passage routier de Guergarate ?
8% du flux des marchandises qui passent par Guergarate
"Il n'en est rien !", estime Driss Boutti, président de la CGEM Souss-Massa. Au départ, la ligne maritime Agadir-Dakar ne représentera que 8% du flux de transport des marchandises qui passent par Guergarate, explique-t-il à Médias24.
"Si l'on considère la capacité actuelle de transport qui est de 120 camions par semaine, la ligne maritime va permettre le transport de 6.000 camions annuellement, ce qui demeure minime par rapport au flux annuel de camions qui passent par Guergarate qui est de l'ordre de 74.000 camions", note-t-il.
"Même si nous augmentions la capacité de transport, ce qui nous ramènerait éventuellement à un pourcentage de 12% à 18% du flux de transport dans le passage de Guergarate, nous ne pourrions pas subvenir à toute la demande", précise en outre notre interlocuteur.
L'idée n'est donc pas de remplacer, mais plutôt de venir en renfort afin d'optimiser et de diversifier les modes de transport dans le but de multiplier les échanges commerciaux, souligne Driss Boutti. La nouvelle ligne maritime encouragera en effet les grandes entreprises structurées qui ne transportaient pas auparavant leurs marchandises par Guergarate.
120 camions par bateau
Quant au fonctionnement de la ligne maritime, le président de la CGEM Souss-Massa nous explique que 99% du transport concernera a priori les camions, avec une capacité de 120 camions par bateau. "Il y a toutefois la possibilité d'intégrer également quelques conteneurs et voitures. Quant à la fréquence, nous démarrerons avec un bateau par semaine. Nous augmenterons graduellement la fréquence en cas de demande élevée".
La nouvelle ligne maritime ne reliera pas uniquement Agadir à Dakar. "L'idée est de faire d'Agadir un hub logistique. Il y aura d'autres bateaux par la suite qui relieront, avec des camions, Agadir à Cadix (Espagne), ce qui permettra de desservir en quelque sorte l'Europe du Sud ; ainsi qu'Agadir à Portsmouth (Angleterre), ce qui permettra de relier le Maroc à l'Europe du Nord", précise Driss Boutti.
Dakar, une destination stratégique pour la ligne maritime
Saluant le lancement de cette ligne qu'ils revendiquaient depuis un moment en raison des dégâts que subissaient leurs produits (généralement périssables) sur la route, les producteurs et exportateurs vers l'Afrique s'attendaient néanmoins à ce qu'une escale en Mauritanie soit intégrée à la nouvelle ligne maritime, nous confie Mohamed Zimrani, président de l'Association marocaine des producteurs et exportateurs vers l'Afrique.
"Pas d'escale prévue pour le moment en Mauritanie. Des escales pourront être envisagées à Nouadhibou ou dans d'autres ports si, demain, les besoins en transport l'exigent. La compagnie britannique Atlas Marine est ouverte à l'idée d'explorer d'autres horizons. Il est important de rappeler que le choix s'est porté sur le Sénégal puisque ce pays, par rapport à d'autres, nous offre une ouverture sur huit pays, et donc sur tout le corridor du Sahel", conclut Driss Boutti.
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